Les chimères marines en bronze attribués à Pietro Tacca

Le 01 juillet 2021, par Philippe Dufour

Maître de la grande statuaire princière et royale du début du XVIIe siècle, le sculpteur florentin prouve avec ce «modello» insolite qu’il sait aussi faire montre d’une fantaisie toute baroque.

Attribué à Pietro Tacca (1577-1640), Florence, XVIIe siècle. Modello en bronze à patine médaille, h. 22 cm.
Estimation : 60 000/65 000 €, 
Adjugé : 76 200 €

L’engouement pour les grotesques – qui constituent l’un des corpus d’ornementation les plus prisés de la Renaissance – trouve son origine dans la découverte accidentelle, à la fin du XVe siècle, des fresques foisonnantes de la Maison dorée de Néron, à Rome. Art de l’hybridation et de la métamorphose permanentes, où des personnages de fantaisie semblent naître des rinceaux mêmes, ce décor opulent devait inspirer les œuvres les plus étranges aux artistes italiens. À l’image de notre groupe en bronze à patine médaille, formé de deux étonnantes figures composites, représentées dos à dos et agenouillées sur leurs jambes, elles-mêmes terminées par des queues entremêlées ! Car il s’agit bien ici de monstres marins, comme l’indiquent corps, têtes et bustes ornés d’écailles, dont les crêtes dorsales se relèvent en volutes affrontées. Attribué à Pietro Tacca, le duo s’avère être un modello, soit l’étude préparatoire pour les deux fontaines que l’on peut admirer sur la place de la Santissima Annunziata, à Florence. À l’origine, ces deux éléments urbains n’étaient pas destinés à y trôner : vers 1630, le sculpteur les a réalisés pour accompagner le grand monument dit «des Quatre Maures», érigé piazza della Darsenna sur les quais de Livourne…Les fontaines aux grotesques n’y seront finalement jamais installées, et resteront dans la capitale de la Toscane.
Entre maniérisme et souffle baroque
Né à Carrare, c’est en 1592 que le jeune Pietro Tacca se rend à Florence pour se former auprès de Jean de Bologne. Neuf ans plus tard, il prend la place du bras droit de ce dernier, le Français Pierre Franqueville qui a dû regagner Paris. Mais ce n’est qu’à la mort du grand maître maniériste, en 1608, que Tacca commence véritablement à se faire connaître, en dirigeant l’atelier et surtout en terminant les commandes inachevées de Bologne, reçues de différents princes européens ; parmi elles, l’imposante statue équestre en bronze du grand-duc Ferdinand Ier de Médicis à Florence, celle du roi Henri IV pour
le Pont-Neuf à Paris, ou encore l’effigie de Philippe 
III d’Espagne pour Madrid. Bientôt, l’artiste s’affirme lui-même comme un maestro de la grande statuaire, en livrant ce qui demeure sans doute son chef-d’œuvre : les effigies – également en bronze – des fameux Maures enchaînés aux quatre coins du monument dédié à ce même Ferdinand Ier statufié par le sculpteur Giovanni Bandini. L’ensemble est un hommage au prince chrétien, grand maître de l’ordre des Chevaliers de Santo Stefano, et à ce titre vainqueur des pirates barbaresques qui ravageaient les côtes méditerranéennes de l’Ouest. La force qui se dégage des prisonniers aux expressions douloureuses, réalisés entre 1623 et 1626, témoigne du nouvel esprit baroque dont Pietro Tacca, après des débuts maniéristes, se fera l’un des meilleurs représentants… Cette tension contenue semble également émaner du modello aux monstres marins, qui – il faut le souligner – a bénéficié d’un rapport d’analyse d’ancienneté effectué par le laboratoire Ciram, en date du 12 septembre 2016.

dimanche 11 juillet 2021 - 14:00 - Live
Louviers - 28, rue Pierre-Mendès-France - 27400
Prunier
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