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Les bestioles s’exposent au Rijksmuseum d’Amsterdam

Publié le , par Armelle Fémelat

Le Rijksmuseum d’Amsterdam invite à envisager le monde à hauteur d’insectes, de reptiles et autres petites bêtes. Servie par une scénographie spectaculaire, l’exposition en présente une éclairante histoire culturelle.

Albrecht Dürer (1471-1528), Lucane cerf-volant, 1505, aquarelle et gouache, 14,2 x 11,5 cm,... Les bestioles s’exposent au Rijksmuseum d’Amsterdam
Albrecht Dürer (1471-1528), Lucane cerf-volant, 1505, aquarelle et gouache, 14,2 11,5 cm, Malibu, J Paul Getty Museum.
© The J. Paul Getty Museum, Los Angeles

Qui n’a jamais été pris de frayeur à la vue d’une araignée velue ou d’un serpent luisant ? Divers objets d’art jouent sur ce sentiment d’effroi commun dans la culture occidentale, tel ce memento mori en ivoire, en forme de cadavre dévoré par la vermine du Parisien Chicart Bailly (vers 1520-1530), ou le spectaculaire manteau d’infamie en bois sculpté par Jacobus Van der Hoeven et Ambrosius Visscher (1688). Classés au bas de la hiérarchie des êtres vivants depuis Aristote, symboles de mort et de péché associés à la putréfaction dans la symbolique chrétienne médiévale, les bestioles se muent doucement en objets de curiosité et de délectation esthétique à partir de la Renaissance. Le double mouvement d’attraction-répulsion qu’elles génèrent, ce paradoxe entre dégoût et admiration esthétique, si bien peint par Rubens dans sa Tête de Méduse (1617-1618), anime artistes et savants depuis le XVIe siècle. L’étrangeté des bestioles est exploitée dans de nombreuses créations maniéristes puis baroques, ces artificialia qui prennent place auprès des merveilles naturelles – les naturalia – dans les Kunstkammern des princes. À commencer par le cabinet de curiosités de Rodolphe II à Prague, où se trouvaient la table d’ornement de l’orfèvre Wenzel Jamnitzer (1549) et le gobelet à couvercle de Nikolaus Pfaff (1611). L’esthétique grouillante de la vie des sous-sols est parfois restituée grâce à la technique du moulage d’après modèles vivants, employée par Bernard Palissy. Incessants à partir du XVIe siècle, les croisements entre arts et sciences sont au cœur du propos et de la scénographie. Initié à la Renaissance, un inexorable mouvement d’observation toujours plus rapproché de la nature s’installe, donnant lieu à des représentations naturalistes virtuoses – du lucane cerf-volant aquarellé d’Albrecht Dürer (1505) aux planches des albums de Joris Hoefnagel (vers 1570-1600) et Henricus d’Acquet (1656-1706). Au même moment, les collections naturelles prospèrent, dont les insectes sont les superstars. La frontière entre art et science est ténue, voire inexistante : les artistes ont toujours été partie prenante des grandes découvertes comme démonstration nous en est faite ! Récemment redécouverts, des spécimens issus de la collection d’Albertus Seba, pharmacien zoologiste du début du XVIIe siècle, sont présentés en vis-à-vis des planches du recueil illustrant les collections de son cabinet. L’invention du microscope vers 1620 permit d’accéder à un monde minuscule insoupçonné. Focus est fait sur certaines femmes spécialisées dans l’étude et la représentation des insectes : Cornelia de Rijck, Rachel Ruysch ou Maria Sibylla Merian, cette dernière allant jusqu’au Surinam pour étudier et illustrer la reproduction des insectes. L’histoire coloniale de la République hollandaise est bien sûr évoquée, avec une série de paysages de Frans Post et de planches de recueils scientifiques. Le parcours s’achève avec une évocation du sottobosco, sous-genre de la nature morte dévolu aux créatures des sous-bois, apparu au mitan du Siècle d’or. Son inventeur, Otto Marseus Van Schrieck, était lui-même éleveur d’amphibiens et de reptiles. En contrepoint, l’installation Webs of At-tent(s)ion du studio Tomás Saraceno & Arachnophilia, nous exhorte à renouveler notre regard sur ces créatures qui nous entourent. Comme les 700 fourmis géantes du projet Casa Tomada du Colombien Rafael Gómez Barros, allégorie de la résilience des populations déplacées. Et il y a urgence : nulle vie possible sur terre sans bestioles !

« Crawly creatures », Rijksmuseum, 1, Museumstraat, Amsterdam
tél. : +31 20 6747 000.
Jusqu’au 15 janvier 2023.
www.rijksmuseum.nl

 
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