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Les armures de samouraïs

Publié le , par La Gazette Drouot

Aussi rutilantes qu’effrayantes, elles personnifient ces guerriers du Japon médiéval, fidèles au-delà de la mort, et contribuent à leur saga millénaire.

Armure de guerrier japonaiset ses deux coffres de rangement, Japon,début époque Edo... Les armures de samouraïs

Armure de guerrier japonaiset ses deux coffres de rangement, Japon,début époque Edo (1615-1868).
Paris, Drouot, 28 novembre 2014. Boisgirard-Antonini SVV.
Adjugé : 22 500 € frais compris.

En ce début de XXIe siècle, matérialiste et inquiet, certaines légendes font encore rêver. C’est le cas de celle relatant l’épopée des samouraïs, ces guerriers japonais prêts à tout pour leur seigneur. Les écrits, la filmographie et le fameux hara-kiri ont grandement contribué à propager l’image d’hommes qui plaçaient l’honneur au-dessus de leur vie. Mais qui sont-ils vraiment, ces combattants d’un autre temps ? Leur origine remonte au XIIe siècle, dans un Japon en proie aux guerres civiles. Au départ simple milice protectrice – leur nom venant du verbe « saburau », qui signifie « servir » –, ils se sont rapidement imposés par leur discipline, leur instruction et la force de frappe de leur sabre, trouvant leur raison d’être dans les grands affrontements féodaux et claniques des XVe et XVIe siècles.La bataille finale de l’unification du pays, qui s’achève dans les ruines du château d’Osaka en 1615, leur ouvre une nouvelle histoire. Les empereurs successifs les appellent à leur service, leur réservant en temps de paix des fonctions administratives. Symboles de leur autorité et de leur caste, leurs armures et leurs sabres ont traversé les siècles et les océans, pour devenir aujourd’hui les pièces maîtresses des plus belles collections d’art japonais. L’arrivée des bateaux du commodore Perry, en 1853, sonne le glas de ces guerriers. Dans un dernier combat qui voit s’affronter les partisans du shogun à ceux de l’empereur Mutsuhito, le pays s’ouvre au monde et à la modernité : c’est l’ère du Meiji, ou « ère des lumières ».

 

Tsuba (kawari gata) en fer en forme de lapin lunaire, Japon, époque Edo(1615-1868), h. 8,5 cm.Paris, Drouot,7 mai 2015. Tessier & Sarrou S

Tsuba (kawari gata) en fer en forme de lapin lunaire, Japon, époque Edo(1615-1868), h. 8,5 cm.
Paris, Drouot,7 mai 2015. Tessier & Sarrou SVV. Cabinet Portier.
Adjugé : 3 968 € frais compris.

Katana, étui et tsuba, Japon,XVIIe siècle, l. de la lame 71,7 cm.Paris, Drouot, 17 décembre 2014. Thierry de Maigret SVV. Cabinet Portier.

Katana, étui et tsuba, Japon,XVIIe siècle, l. de la lame 71,7 cm.
Paris, Drouot, 17 décembre 2014. Thierry de Maigret SVV. Cabinet Portier.
Adjugé : 4 750 € frais compris.



Le bushido
Le samouraï est soumis au bushido (« voie du guerrier »), un code d’honneur drastique qui exige de tout membre une dévotion entière à lavie militaire. La souffrance physique en est une règle, et la mort au combat en héros, le but le plus noble. Le grand privilège de ces hommes est de pouvoir porter la paire de sabres « daisho », constituée d’une lame longue (katana) et d’une courte (wakizashi). Au cours de la période Edo (1615-1868), sabres, armures, casques et bannières outrepassent leurs fonctions militaires pour devenir des signes de richesse et de rang. La beauté de ces armes et des cérémonies qui exaltent le pouvoir exercent sur le peuple une fascination propre à conforter l’ordre en place. Les katana sont fréquents dans les salles de ventes, soit dans les vacations dédiées aux arts duJapon, soit dans celles consacrées aux armes. Les résultats les concernant sont généralement compris entre 3 000 et 10 000 €. Plus rares sontles paires complètes, dont un exemple a été adjugé 10 500 € chez Beaussant-Lefèvre le 4 avril 2012. Le tsuba, petite garde, pour lequelles forgerons et armuriers rivalisaient d’ingéniosité, usant des techniques les plus variées et lesplus raffinées, leur est indispensable. La garde du sabre protégeait la main du sabreur des coups de l’adversaire et évitait, dans le même temps, que celle-ci ne glisse du manche vers la lame. En fer le plus souvent, ou en sentoku (alliage de cuivre),elle est rehaussée de laque, d’or et d’argent.

Au fil des siècles, sa fonction ornementale prend le dessus. L’arme devient un accessoire de mode, dont les porteurs changent la garde en fonction deleur humeur. Cela entraîne un foisonnement des écoles d’artisans à Kyoto et à Edo, pour fournir unedemande croissante. De nombreuses collections dédiées aux tsuba existent. Elles sont en effet faciles à constituer, puisque l’on peut trouver ces petits objets à partir de 100 € pour les plus simples, ceux ayant perdu leur décor laqué ou n’en ayant jamais eu – produits en grand nombre. Les modèles les plus élaborés ou les plus originaux, comme l’un en forme de lapin lunaire et à l’œil incrusté de nacre, vendu le 7 mai dernier à Drouot (3 968 €, Tessier& Sarrou SVV), ou un autre figurant un serpentenroulé, présenté le 15 avril à Drouot toujours(4 757 €, Thierry de Maigret SVV), se situent plutôt à hauteur de quelques milliers d’euros. Les prix peuvent même s’envoler pour une signature prestigieuse, notamment celle de la famille Goto. La vente de la collection de la baronne Gérard,chez Ader - Picard - Tajan le 27 novembre 1989, est ainsi restée dans les souvenirs. Elle proposait un ensemble signé des plus grands noms : Asama,Goto, Hamano, Soten, Umetada... et une enchère de 240 000 francs s’est posée sur un délicat modèle, orné d’un oiseau aux ailes déployées et de raisin. La prudence est toutefois de mise : la productiondes tsuba de style Edo a commencé au XIXe siècle...et plus un artisan était apprécié, plus il était copié.
 

Armure complète en fer laqué, dans son coffre, Japon, époque Edo (1615-1868),h. totale 177 cm.Château de Cheverny, vente « Garden Party »

Armure complète en fer laqué, dans son coffre, Japon, époque Edo (1615-1868),h. totale 177 cm.
Château de Cheverny, vente « Garden Party » du 9 juin 2013. Rouillac SVV. Cabinet Portier.
Adjugé : 16 110 € frais compris.



L'armure en entier et en détail
Que serait un guerrier sans son armure ? L’intérêt pour ces pièces spectaculaires est plus récent, mais il a pris une ampleur sans précédent depuis le début des années 2000. Par « armure », il faut entendre un certain nombre d’éléments précisément nommés. Tout d’abord, une cuirasse (dô), composée de plaquettes horizontales liées les unes aux autres par des cordelettes de couleurs, afin d’assurer au porteur plus de confort et de flexibilité. Ensuite, des protections pour le bas des jambes, les épaules et les mains, une jupe (haidate), un casque (kabuto), un protège-cou et deux masques : le premier, le yodarekake, préserve la nuque et la gorge, et le second, lemempo, couvre les yeux et doit produire un sentiment d’effroi. Chaque élément est une œuvre d’art à part entière. Prenons l’exemple du casque. En fer, il est laqué et doté d’un ornement frontal, le maedate, qui peut prendre des aspects spectaculaires. En témoignentcet incroyable croissant de lune allongé de l’ensemble vendu chez Boisgirard-Antonini, le 28 novembre 2014 ou un grand triangle de bois argenté sur un autre, proposé par la même maison le 20 novembre 2013 (13 125 € pour l’armure entière). Les casques ont un aspect décoratif indéniable, et séduisent bien au-delà des collectionneurs d’art japonais. Ils sont fréquents en vente et atteignent entre 3 000 et 7 000 €. Les panoplies complètes, et présentées dans leurs coffres de rangement, se négocient quant à elles à partirde 15 000 €. Celle vendue à Cheverny en 2013 en est la parfaite illustration : elle bénéficiait d’un joli pedigree, puisque rapportée au XIXe sièclepar un explorateur. Les armures nous éclairent un peu plus sur ces guerriers nobles et fidèles dont l’emblème était le sakura, la délicate fleur de cerisier, et nous ramènent à la vision d’un Japon au printemps éternel.

 

Casque en fer renforcé de clous, dans une caisseaux armoiries des Tokugawa,JaponParis, Drouot,12 juin 2015. Aguttes SVV.M. Fleury.Adjugé :

Casque en fer renforcé de clous, dans une caisseaux armoiries des Tokugawa,Japon
Paris, Drouot,12 juin 2015. Aguttes SVV.M. Fleury.
Adjugé : 7 905 € frais compris.

Casque de guerrier en fer laqué en forme de pêche, orné de plumes en métal, Japon.Paris, Drouot, 14 juin 2013. Boisgirard-Antonini SVV.Adj

Casque de guerrier en fer laqué en forme de pêche, orné de plumes en métal, Japon.
Paris, Drouot, 14 juin 2013. Boisgirard-Antonini SVV.
Adjugé : 6 250 € frais compris.

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