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Les 200 ans du musée des beaux-arts de Dole

Publié le , par Valentin Grivet

Doté d’une belle collection de peintures anciennes et d’art contemporain, le musée des beaux-arts de Dole, dans le Jura, fête son bicentenaire avec une exposition et un redéploiement complet de son parcours permanent.

Les 200 ans du musée des beaux-arts de Dole
Simon Vouet, La Mort de Didon, vers 1642, huile sur toile (détail).
© Musée des beaux-arts de Dole/Henri Bertand

Riche de plus de quatre mille peintures, sculptures, dessins, gravures et objets archéologiques, le musée des beaux-arts de Dole fait partie de ces institutions de taille moyenne qui regorgent de trésors méconnus. Son bicentenaire est l’occasion d’en révéler une large partie, en deux accrochages conçus en miroir. Le premier, au rez-de-chaussée, réunit un florilège d’œuvres qui illustrent les facettes de son histoire, évoquent le cercle d’érudits qui a présidé à sa fondation, les lieux qu’il a occupés et le travail des conservateurs successifs qui, jusqu’à aujourd’hui, ont contribué à forger son identité. « Je ne voulais pas que cet anniversaire soit une commémoration, plutôt un jeu qui permette de mettre en lumière l’éclectisme et la cohérence de nos collections, de reconsidérer des œuvres, d’en sortir certaines des réserves et d’en restaurer d’autres, comme le Portrait de Mme Tony Faon-Dragon de Pierre Gabriel Truchis de Varennes, de 1887, ou une scène de naufrage peinte au XVIIe siècle par Bonaventura Peeters, qui n’avait encore jamais été présentée au public », explique Amélie Lavin, à la tête de l’établissement depuis 2013. En dialogue avec Samuel Monier, responsable des collections et des expositions, la conservatrice a opté pour un accrochage thématique, qui mélange allègrement les époques et les styles, en puisant dans le fonds d’art ancien et la collection d’art contemporain, initiée au début des années 1980. Le Portrait en buste d’une concubine impériale du XVIIIe siècle, attribué à Jean-Denis Attiret – considéré comme la « Joconde » du musée –, Les Femmes de marins de Jules Adler, le Buste d’une jeune élégante de Jules Louis Machard, ou les paysages franc-comtois d’Auguste Pointelin, côtoient des tableaux d’Erró, de Jean Messagier ou de Philippe Cognée, et des sculptures d’Hans-Peter Feldmann ou de Jamie Fitzpatrick.

 

Pieter Van Boucle, Nature morte aux fruits et légumes, vers 1650, huile sur toile. © Musée des beaux-arts de Dole/Henri Bertand
Pieter Van Boucle, Nature morte aux fruits et légumes, vers 1650, huile sur toile.
© Musée des beaux-arts de Dole/Henri Bertand

Dons, legs et mystères
« Cette exposition, qui inclut nombre de pièces habituellement présentées dans le parcours permanent, a induit la refonte de celui-ci », poursuit Amélie Lavin, qui a procédé à un raccrochage complet des premier et troisième étages, dicté par un principe inédit : les œuvres apparaissent par date de leur entrée dans les collections, soit une par année, de 1821 à 2021. En résultent des juxtapositions nées du hasard, qui, dans la plupart des cas, sont bienvenues. D’une Vierge à l’Enfant du Maître de Saint-Gilles du XVe siècle à une Vanité de l’école de Leyde d’après Dürer du XVIe, de L’Évanouissement d’Atalide (XVIIIe siècle) de Charles Antoine Coypel aux réalistes Adieux du marin (1893) d’Edmond Picard, ce parcours ménage son lot de surprises. Avec aussi ce fascinant Silence, un portrait de l’école florentine du XVIe siècle, qui n’a pas encore livré tous ses secrets. « Il s’agit d’un dépôt du Louvre de 1863, qui était resté dans les réserves, très encrassé, et qu’une restauration engagée il y a quatre ans a permis de redécouvrir. Sans doute est-ce une partie d’un tableau plus grand, qui a dû être découpé », explique la conservatrice. Qui sont les autres personnages que l’on devine autour de la figure principale ? Pourquoi cette femme, de son doigt barrant sa bouche, invite-t-elle à se taire ? Mystère… Le fil chronologique met en évidence la manière spécifique dont la collection s’est construite. « À l’inverse de beaucoup de musées des beaux-arts, celui de Dole ne doit pas l’origine de son fonds à des saisies révolutionnaires. Il n’y a eu presque aucun dépôt de l’État avant 1869 », souligne Amélie Lavin. Le musée est né sous l’impulsion du peintre et sculpteur Jean Séraphin Désiré Besson (1795-1864), enseignant à l’école de dessin de Dole, et de Jean Joseph Pallu (1797-1864), chargé de la bibliothèque municipale. Les deux hommes sauront convaincre le maire, Léonard Dusillet (1769-1857), que la création d’un musée contribuerait à redorer l’image de l’ancienne capitale déchue de la Franche-Comté. Celui-ci prendra place dans une salle de l’hôtel de ville avant de rejoindre l’ancien collège des Jésuites, puis, en 1980, le bâtiment que l’on connaît aujourd’hui : le pavillon des Officiers, construit au XVIIIe siècle d’après des plans de l’architecte Antoine-Louis Attiret (1713-1783), et réhabilité par Louis Miquel, un élève de Le Corbusier. Composée à l’origine d’un corpus de tableaux appartenant à Besson, la collection s’enrichit tout au long du XIXe siècle et dans les premières décennies du XXe au gré des acquisitions – la superbe Nature morte aux fruits et légumes (vers 1650) de Pieter Van Boucle, le Buste de Voltaire en marbre de François-Marie Rosset (1743-1824), le Saint Louis en prière (1789) de Jean-Charles Nicaise Perrin – et, surtout, d’une succession de dons et legs de notables dolois ou parisiens. Désireuse de soutenir le musée naissant, madame de Chavagnac offre ainsi, dès 1828, La Mort de Didon (vers 1642) de Simon Vouet, une toile majeure de l’artiste (prêtée au Mucem, à Marseille, pour l’exposition « Salammbô » jusqu’au 7 février 2022). À sa mort en 1881, le peintre Gustave Brun confie son fonds d’atelier à l’institution et, en 1911, le legs Eugène Chalon fait entrer six cents peintures du XVIIe au XIXe siècle. La moitié d’entre elles sont de sa main – de médiocre qualité, à l’exception des Gloires de la Ville de Dole pour son point de vue historique –, l’autre moitié comprenant plusieurs tableaux importants, tels Junon sollicitant les Enfers (vers 1620) attribué à Jan Tengnagel, Mare en forêt (XIXe siècle), attribué à Narcisse Diaz de la Peña, ou Le Chemineau, dont la question de l’attribution à Gustave Courbet fait encore débat.


 

Atelier florentin, Tête de femme ou Le Silence, milieu du XVIe siècle, huile sur bois (détail). © Musée des beaux-arts de Dole/Henri Berta
Atelier florentin, Tête de femme ou Le Silence, milieu du XVIe siècle, huile sur bois (détail).
© Musée des beaux-arts de Dole/Henri Bertand

Les contemporains aux côtés des anciens
Dominé par la peinture française, italienne et hollandaise, ce fonds d’art ancien constitue l’essentiel des collections jusqu’en 1982. Cette année-là, le musée entre dans une nouvelle ère. Fraîchement nommé conservateur, François Cheval fait de la création contemporaine une priorité. L’époque est celle des premiers Fonds régionaux d’art contemporain (Frac) et de la décentralisation culturelle encouragée par Jack Lang. La collection qu’il initie, développée ensuite par Anne Dary, s’articule autour de deux axes : le nouveau réalisme, avec Arman, Jacques Villeglé, Raymond Hains, et la figuration narrative, représentée par Gilles Aillaud, Hervé Télémaque, Jacques Monory, sans oublier deux artistes récemment disparus, Bernard Rancillac et Gérard Fromanger (qui a bénéficié d’une rétrospective au musée en 2005). Depuis, l’ensemble s’est enrichi d’un dépôt de la collection du fonds culturel et artistique du groupe Bel et d’achats d’œuvres de Bernard Moninot, de Serban Savu, de Martin Dammann. « Chaque conservateur a fait évoluer le musée, en respectant le travail de ses prédécesseurs. Il y a une vraie cohérence sur la durée », constate Amélie Lavin. Malgré une baisse significative de budget qui rend difficile tout projet d’acquisition, la directrice entend continuer à compléter le fonds : « J’ai sollicité le soutien de l’État et le musée va recevoir un important dépôt du Centre national des arts plastiques. Je tiens à faire entrer des artistes – femmes en particulier – que nous avons exposés, mais dont nous ne conservons pas d’œuvres. » Une vingtaine de pièces de Mimosa Echard, d’Iris Levasseur, de Nina Childress, de Guillaume Pinard, rejoindront bientôt les salles pour dix ans. La prochaine exposition, organisée par Samuel Monier, sera quant à elle dédiée à la peintre Dominique d’Acher (1929-1991). Après deux cents ans d’existence, le musée de Dole semble bel et bien poursuivre son histoire.

à voir
« 200 ans d’histoire. 1821-2021 », musée des beaux-arts,
85, rue des Arènes, Dole (39), tél. : 03 84 79 25 85.
Jusqu’au 13 mars 2022.
www.doledujura.fr
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