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Les “Néo-Romantiques” sous la plume de Patrick Mauriès

Publié le , par Christophe Averty

Passée dans les mailles de l’histoire de l’art, une génération d’artistes revit sous la plume érudite de Patrick Mauriès. Ils étaient néoromantiques, néo-humanistes, néomaniéristes… tous en rupture avec l’avènement de l’abstraction qui, avant-guerre, avait conquis cercles et cénacles artistiques. Jeunes gens de bonne famille,...

Les “Néo-Romantiques” sous la plume de Patrick Mauriès
 

Passée dans les mailles de l’histoire de l’art, une génération d’artistes revit sous la plume érudite de Patrick Mauriès. Ils étaient néoromantiques, néo-humanistes, néomaniéristes… tous en rupture avec l’avènement de l’abstraction qui, avant-guerre, avait conquis cercles et cénacles artistiques. Jeunes gens de bonne famille, russes pour certains, tel Pavel Tchelitchew, ils ont teinté leurs œuvres d’une fantomatique mélancolie, que l’auteur voit comme un effet oblique de la révolution russe. Grâce et gravité, dans le respect des maîtres anciens, habillent les toiles de Christian Bérard, figure emblématique de ce mouvement à contre-courant. Peintre, décorateur, illustrateur de mode, proche de Christian Dior qui s’improvise galeriste, de Jean Cocteau et des ballets russes, celui que l’on surnomme Bébé pour sa ressemblance avec le bambin joufflu d’une réclame de savon a porté dans maints domaines de la création, au théâtre, dans la mode et au cinéma, les couleurs des néoromantiques. Mais Patrick Mauriès ne se contente pas d’en louer la fulgurante carrière. L’auteur débusque, à travers les œuvres qu’ils ont laissées, les membres de cette alternative assemblée des années 1920. Des architectures déliquescentes d’Eugène Berman aux figures acides de son frère Léonide, des réinterprétations classiques de Francis Rose aux oniriques exotismes de Christopher Wood, s’affirme plus qu’un mouvement méjugé : un esprit dont l’humanisme embrasse l’héritage du passé et une méfiance, voire une crainte de l’avenir. Écrit comme un roman, Les Néo-Romantiques livre en filigrane une fine analyse des grands mouvements de l’art moderne, des rivalités et des conflits qu’ils ont suscités tout en réhabilitant un mouvement dit nostalgique, qui pourtant anticipe le retour d’une figuration où l’émotion, la volubilité des regards et la rigueur plastique des formes s’imposent. Cette lecture de l’histoire de l’art qui emporte – comme en atteste la topographie qui clôt l’ouvrage – de Paris à Londres, de Rome aux États-Unis, offre un beau voyage dans l’art de la nuance et les sentiments de la peinture.
 

Patrick Mauriès,
Les Néo-Romantiques, un moment oublié de l’art moderne en Europe et aux États-Unis 1926-1972,
Flammarion, 256 pages, 260 illustrations, 39,90 €.

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