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Léger, Milhaud et Bolivar : le peintre, le compositeur et le Libertador

Publié le , par Caroline Legrand

Fernand Léger et Darius Milhaud travaillèrent de concert à partir de 1943 sur ce fantastique projet d’Opéra dédié à Simon Bolivar. En témoigne cette gouache.

Léger, Milhaud et Bolivar : le peintre, le compositeur et le Libertador
Fernand Léger (1881-1955), Viva Bolivar, vers 1949, gouache signée au dos, 24 31 cm (détail).
Estimation : 12 000/18 000 

Le 12 mai 1950, se joue à l’Opéra Garnier la première du Bolivar de Darius Milhaud, sous la direction du chef d’orchestre André Cluytens. L’auteur des décors et des costumes n’est autre que Fernand Léger. Cette gouache, réalisée vers 1949 et munie du certificat du Comité Léger, ainsi que les trois autres œuvres présentées lors de cette vente comptent parmi les études préparatoires à ce projet. Le célèbre compositeur poursuit avec cette partition sa série des opéras sur l’histoire américaine, qu’il avait débutée en 1928 avec Christophe Colomb et poursuivie deux ans plus tard avec Maximilien. Dans cet opus en trois actes et dix tableaux, il s’intéresse à la vie du Libertador, de la mort de son épouse en 1803 à sa propre disparition, survenue en 1830, avec pour point d’orgue, à partir de 1813, son combat pour l’indépendance des pays d’Amérique du Sud, du Venezuela au Pérou en passant par la Colombie. Ainsi, pour l’épique passage des Andes, Léger peint de gigantesques toiles de fond, allant jusqu’à fabriquer des décors mobiles pour l’épisode mémorable du tremblement de terre… d’une inventivité tout à fait révolutionnaire. Bolívar est alors considéré comme une figure héroïque, indifférente à la gloire et humaniste, à laquelle les militants communistes de l’entre-deux-guerres se référaient bien souvent. Pour Darius Milhaud, ce lien avec le Libertador remonte à sa jeunesse, durant laquelle il séjourna au Brésil, en 1916, en tant que secrétaire de Paul Claudel, alors ministre plénipotentiaire à Rio de Janeiro. Un voyage qui laissa une influence tant musicale que politique.
Deux artistes en exil
Après avoir composé la musique d’une pièce de théâtre, en 1936 à la Comédie-Française, sur Simón Bolívar, le compositeur renoue avec ce sujet lors de son exil forcé – il est de confession juive – aux États-Unis à partir de 1940. En pleine guerre, chacun n’aspire-t-il pas à la liberté ? Germe alors dans son esprit l’idée de cet opéra. Il confie à son épouse Madeleine Milhaud la pièce d’après Jules Supervielle, et s’adresse à Fernand Léger, également exilé, pour les décors et les costumes en 1943. Les deux artistes se connaissent depuis le début des années 1920, travaillant l'un comme l'autre pour les Ballets suédois. Le musicien encense le peintre, avouant : «J’avais pour lui une grande admiration, il affirmait par sa palette aux couleurs vives et pures, contrastées, une personnalité qui glorifiait la vie moderne, les machines, les usines, sans négliger cependant un profil ravissant, un trousseau de clés, des fleurs»… Ils collaboreront à plusieurs reprises et, selon Milhaud, Léger accomplit «sa plus grande réalisation théâtrale» avec Bolivar. Si le projet n’a pu se concrétiser à New York, il le sera à Paris quelques années plus tard : le peintre, alors, connaît l’ultime période de sa carrière, marquée d’un style fait de signes simplifiés et de couleurs franches dont la lisibilité permet une communication directe, propice à clamer son attachement à la réalité contemporaine et à la lutte sociale. Celui-ci s’était matérialisé dès 1945 sous la forme d’une carte d’adhésion au Parti communiste français.

samedi 18 décembre 2021 - 14:00 (CET) - Live
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