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Le verre émaillé au musée de la Renaissance d’Écouen

Le 25 novembre 2021, par Sophie Reyssat

Ce gobelet sur pied, à décor doré et émaillé, est emblématique des verreries produites à la Renaissance, sur lesquelles l’exposition d’Écouen jette un nouvel éclairage.

Le verre émaillé au musée de la Renaissance d’Écouen
Gobelet sur pied aux putti montés sur des dauphins affrontés, verre incolore, émaux polychromes, dorure, h. 19,3 cm, diam. max. 13,2 cm. Paris, musée du Louvre, département des Objets d’art.
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Franck Raux

Appartenant aux collections du Louvre, ce gobelet est l’une des pièces maîtresses de l’exposition « Émailler le verre à la Renaissance. Sur les traces des artistes verriers, entre Venise et France » d’Écouen. Il est en effet caractéristique des productions vénitiennes, tant par sa forme et son décor que par sa fabrication. Avec sa coupe tronconique mise en valeur par un haut pied, il évoque un calice gothique orfévré, objet religieux inspirant une verrerie qui se veut tout aussi précieuse. Celle-ci a été réalisée en trois temps,la coupe et le pied étant façonnés indépendamment du nœud central soufflé dans un moule à côtes, l’ensemble étant ensuite assemblé à chaud. Une fois refroidie, la pièce passe entre les mains du peintre chargé de son ornementation d’or – un bandeau d’écailles – et d’émail apposé au pinceau. Le verrier achève la pièce, portée à température de façonnage par la délicate recuisson, et travaillée devant le four pour fixer les émaux. L’analyse scientifique du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF, voir Gazette n° 3 du 19 janvier 2018) a montré que le bleu avait été obtenu à partir de cobalt, tandis que le blanc était dû à un émail opacifié par de petits cristaux d’oxyde d’étain associé à de l’oxyde de plomb. Si la forme du gobelet s’inscrit dans la continuité du Moyen Âge, son décor puise ses références au cœur de l’Antiquité. Françoise Barbe, conservatrice en chef au département des Objets d’art du Louvre, précise que « les peintres émailleurs qui décorent ces objets, qui ne sont pas des verriers, sont formés dans un centre et entourés par d’autres artistes peignant sur bois ou à fresque. Ils ont donc le goût pour certains sujets à la mode, comme les Métamorphoses d’Ovide, les Triomphes de Pétrarque, et les scènes à l’antique avec des monstres marins, des putti chevauchant des dauphins dans des paysages imaginaires, avec souvent de l’eau au premier plan ». Réservés aux objets destinés à une clientèle aisée, les décors historiés restent rares sur les gobelets, plus généralement incolores. Aurélie Gerbier, conservatrice du patrimoine au musée national de la Renaissance, rappelle que Venise produisait déjà de petits gobelets émaillés de la fin du XIIIe siècle jusqu’au milieu du XIVe siècle. « Cette tradition disparaît cependant pendant un siècle, et renaît grâce à la mise au point de la technique du cristallo, qui permet d’obtenir un verre très limpide et d’une grande pureté (voir Gazette n° 45 du 18 décembre 2020, page 166), et à la production de verre émaillé et doré, à laquelle est attaché le nom des Barovier.» Les archives mentionnent les noms de décorateurs actifs à Murano, sans qu’il soit possible de leur attribuer des œuvres précises, aucune verrerie ne portant de marque, date ou signature. Elles signalent également une dizaine d’ateliers dans la seconde moitié du XVe siècle, et le double à la fin du XVIe siècle. Une croissance qui témoigne du succès de leur production –largement exportée –, et explique la diffusion de leurs méthodes de fabrication et la multiplication des ateliers européens produisant des verreries « à la façon de Venise ». Objet parmi les plus prestigieux de la Renaissance, le gobelet sur pied faisait partie de la vaisselle d’apparat, mais il avait également sa place dans les studioli, aux côtés des ouvrages aux reliures précieuses et des objets d’art. Représentatif de la culture de son époque, on le retrouve dans la main de l’une des filles de Loth, dans un tableau d’Albrecht Altdorfer de 1537, conservé au Kunsthistorisches Museum de Vienne.

à voir
« Émailler le verre à la Renaissance.  Sur les traces des artistes verriers, entre Venise et France »,
musée national de la Renaissance - château d’Écouen (95), tél. : 01 34 38 38 50.
Jusqu’au 14 février 2022.

www.musee-renaissance.fr

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