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Le temps généreux de la moisson selon Henry Moret

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Avec cette peinture de 1891, Henry Moret donne une vision synthétique à la Bretagne authentique et se prépare à récolter son blé.

Le temps généreux de la moisson selon Henry Moret
Henry Moret (1856-1913), Batteuses au fléau ou Batteuses de blé, 1891, huile sur toile marouflée sur carton, 37 50 cm.
Estimation : 180 000/220 000 
Adjugé : 248 000 €

Le sujet est apaisant. C’est une scène comme il s’en déroulait dans toutes les campagnes à l’heure des moissons, sous le soleil estival. On pourrait presque entendre les paysannes chanter. Et pourtant, ce qui intrigue, c’est le traitement qu’en fait son auteur, le chantre de la Bretagne Henry Moret. On aime ses falaises habillées de bruyère plongeant dans le bleu de la mer, mais il avait également une affection pour les travaux des champs, et le thème est même récurrent dans l’œuvre de cet artiste finalement plus divers qu’il n’y paraît. Si l’on sait son installation à Lorient en 1875 – il n’a pas encore 20 ans – après une solide formation classique à Paris et son compagnonnage avec Gauguin, Filiger et Sérusier, sa quête de solitude, de discrétion même, et son retour vers l’impressionnisme à la toute fin du XIXe siècle l’ont tenu à part. C’est oublier pourtant qu’il fut un témoin privilégié — voire un acteur — de l’éclosion du synthétisme, et qu’à ce jeune mouvement il a livré quelques-unes de ses plus belles œuvres. Ces Batteuses au fléau ou Batteuses de blé, peintes en 1891, en sont un émouvant exemple. La simplification des figures témoigne de son intérêt pour le traitement décoratif des formes. On est bien au temps où l’artiste gravite dans le groupe formé autour de Paul Gauguin à Pont-Aven. Lui qui décrivait des paysages dans une veine héritée de Corot et des peintres de Barbizon libère alors totalement sa palette, ose des cadrages audacieux, généralise l’aplat de couleur et fait un usage plus ou moins appuyé du cerne. Cependant, de cet événement majeur de l’histoire de l’art, il ne garde que la dimension formelle et à aucun moment ne se laissera aller à des sujets symboliques. Son inclination naturelle le porte vers le paysage, ainsi que l’écrit le critique Henry Éon en 1901 : «Le plus simplement possible, Henry Moret ouvre une fenêtre sur la nature.» Il va donc opérer une jonction entre deux mouvements que pourtant tout oppose, le synthétisme et l’impressionnisme, et c’est en cela qu’il va produire sa modernité. Exposée à maintes reprises – tout d’abord à la galerie Le Barc de Boutteville à Paris en 1892 pour la deuxième exposition des «Peintres impressionnistes et symbolistes», la dernière fois à l’Atelier Grognard à Rueil-Malmaison en 2013 («Les peintres de Pont-Aven autour de Paul Gauguin») –, cette peinture est prête pour une généreuse moisson.

samedi 07 mai 2022 - 14:00 (CEST) - Live
Hôtel des ventes, 26, rue du Château - 29200 Brest
Thierry - Lannon & Associés
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