Le temps des cerises

Le 10 mars 2017, par Anne Foster

Le renouveau de la nature est célébré au printemps, saison des amours. Un jeune lieutenant s’éprend d’une belle, et les tourtereaux s’en vont «cueillir en rêvant des pendants d’oreilles». Bien plus tard, il offre à ce premier amour une bague.

Bague en pomponne à anneau plein, le chaton ciselé de feuillages accueillant sous verre une scène en ivoire ciselée en relief représentant un homme et une femme cueillant des cerises près d’un temple antique, sur fond d’ivoire peint en grisaille, époque Empire, dim. du chaton 2 x 1,5 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €

Une mince silhouette, des cheveux mi-longs bruns à châtains et des lèvres bien dessinées n’étaient pas les seuls atouts d’un lieutenant, par ailleurs impécunieux. Ses yeux de braise attiraient toute personne rencontrée, et notamment les jeunes filles… Cet officier adolescent se nomme Napoleone Buonaparte. Issu de la noblesse de robe italo-corse, il peut obtenir à l’âge de 10 ans, en 1779, une bourse de Louis XVI pour intégrer l’école militaire royale de Brienne-le-Château (Aube). Cinq ans plus tard, il entre à l’École militaire de Paris et est reçu sous-lieutenant (42e sur 58). Il est alors affecté au régiment d’artillerie de La Fère, en garnison à Valence, qu’il rejoint en novembre 1785. Très rapidement, l’officier est introduit dans la meilleure société, notamment chez Anne, née Carmaignac, épouse de Philippe Grégoire du Colombier. Pour un militaire, Bonaparte est avide de lecture, de mathématiques, d’histoire notamment de celle de la Corse, qu’il projette d’écrire , adepte de Rousseau et très fleur bleue. Madame du Colombier, mère de plusieurs filles, n’aurait pas accepté d’introduire un jeune homme à la réputation douteuse dans sa famille… Car elle l’invite non seulement dans ses salons de Valence, mais aussi dans sa propriété de Basseaux. Vous l’aurez deviné, de beaux vergers ornent le parc du domaine, et Charlotte Pierrette Anne, dite «Caroline», est de quelques années l’aînée du timide officier. Les jeunes gens partent «au piquant» du matin, se souviendra plus tard l’Empereur dans son exil à Sainte-Hélène, pour cueillir des cerises. Une idylle s’esquisse, chaste et réservée. Des congés parfois prolongés en Corse et l’envoi du régiment à Auxonne mirent fin à ce premier émoi amoureux. Ils se revirent cependant en 1791, sans renouer leurs liens d’antan. Caroline épousa l’année suivante M. Garempel de Bressieux, qui l’emmena vivre dans un château près de Lyon. Un autre destin attendait Bonaparte, qui toutefois devait garder un souvenir agréable et nostalgique de ces jeunes années. Au camp de Boulogne, à la fin de l’an XII, il reçut de la dame une lettre de recommandation pour son frère. Il répondit courrier par courrier et lui adressa ce gentil reproche de ne pas être venue le voir à Lyon «pendant que j’y étais, car j’aurai toujours un grand plaisir à vous voir»… Avis suivi l’année suivante : lors d’un arrêt de celui-ci dans sa ville, avant le sacre de Milan, elle se présenta et obtint de son ancien soupirant tout ce qu’elle voulut. Il lui offrit même une bague, au décor gravé d’un couple cueillant des cerises… Bien avant le chansonnier, Napoléon pouvait avouer : «J’aimerai toujours le temps des cerises,/Et le souvenir que je garde au cœur».

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