Le Rockbund Art Museum

Le 26 mai 2017, par La Gazette Drouot

Située dans le mythique quartier du Bund, à Shanghai, l’institution dédie ses espaces à l’art contemporain et met en valeur sa dimension historique et patrimoniale.

La façade art déco du RAM, à Shanghai.
© Carole Barbé-Boudehen


Issu de la vague d’ouverture au monde qui caractérise la Chine du début des années 2000, le Rockbund Art Museum (RAM) a ouvert ses portes, comme la plupart de ses homologues, en 2010. Incarnant une continuité de son âme artistique, cet établissement situé au cœur historique et culturel de la mégapole, le quartier du Bund, est installé dans l’ancien bâtiment de la Royal Asiatic Society, qui elle-même fut l’hôte du premier musée moderne du pays, l’ancien Shanghai Museum. Achevé en 1933, ce bâtiment de style art déco, doté à l’époque d’une salle de conférences, d’une bibliothèque et d’un musée, a développé des pôles internationaux de recherche scientifique, d’échanges culturels et d’éducation publique. Structure unique dans la région, la Royal Asiatic Society est alors considérée comme le lieu culturel le plus influent d’Extrême-Orient. À sa fermeture, en 1952, elle réaffecte ses impressionnantes collections  comptant plus de vingt mille spécimens naturels, près de sept mille objets historiques et quelque quatorze mille livres  au Muséum d’histoire naturelle de la ville, au nouveau Shanghai Museum et à la bibliothèque Zi-ka-wei, créant ainsi la collection de base de ces trois institutions toujours existantes. En 2005, le quartier du Bund est réhabilité, tout en respectant son patrimoine historique et culturel. La création d’un musée d’art contemporain au sein de l’ancienne Royal Asiatic Society vient donc perpétuer la vocation culturelle du bâtiment. Ainsi la conception du RAM est-elle lancée dès 2007. L’architecte britannique David Chipperfield est chargé de la restauration : en maintenant un style minimaliste, il marie éléments d’architecture occidentale avec le paysage urbain local, intègre des éléments décoratifs traditionnels chinois et crée ainsi un style architectural hybride unique.
 

Vue intérieure du RAM. © David Chipperfield Architects, Simon Menges, Christian Richters Rockbund Project & Rockbund Art Museum
Vue intérieure du RAM.
© David Chipperfield Architects, Simon Menges, Christian Richters Rockbund Project & Rockbund Art Museum

Une institution de renommée internationale
Le RAM devient alors le moteur du projet «Rockbund Urban Renaissance», qui vise à rénover les édifices patrimoniaux et à revitaliser le milieu culturel de l’extrémité nord du Bund, avec des programmes artistiques, d’affaires et de loisirs. Bien que sans collection permanente, cas habituel pour un musée en Chine, celui-ci est entièrement voué à soutenir la production artistique contemporaine, émergente ou établie, tant nationale qu’occidentale. L’établissement conçoit exclusivement des expositions temporaires et développe en parallèle un ensemble de programmes inédits, embrassant aussi bien arts visuels que design, architecture et danse. Ce lieu devient celui où artistes et conservateurs peuvent développer ensemble, et c’est l’une de ses particularités, des projets aux exigences spécifiques et souvent engagés. L’implication profonde de son équipe vise à dynamiser les scènes artistiques chinoise et internationale. Le choix des événements est ainsi marqué par la pertinence et l’équilibre «Cai Guo Qiang : Peasant Da Vincis » (2010), «Paola Pivi : Share, But It’s Not Fair » (2012) , contribuant à la production d’œuvres inédites in situ  Model Home de Michael Lin (2012)  et invitant les commissaires d’exposition à toujours revisiter leur pratique. À l’image des nouveaux musées d’art contemporain qui fleurissent un peu partout en Chine, le RAM fonctionne comme une plate-forme d’échanges. Le fait de ne pas détenir de collection est un stimulus constant, un défi pour la créativité de l’équipe, la recherche d’inédit et le renouvellement des genres. Les plates-formes de recherche et d’éducation récemment lancées permettent au musée de collaborer avec des universités et des fondations et sous-tendent un large éventail d’activités  conférences publiques, séminaires, projets de conservation, publications, forums, projections, spectacles, ateliers, programmes éducatifs  qui font de l’établissement une source de diffusion conséquente des connaissances dans l’espace public. Le Rockbund Art Museum met ainsi un point d’honneur à lier la pratique de l’art contemporain à d’autres domaines de la connaissance, comme la théorie de l’art, l’anthropologie, la sociologie, l’histoire de l’art, etc. Son programme d’éducation s’efforce de créer des liens significatifs entre ses projets et le public, de présenter des pratiques artistiques et sociales et de stimuler la réflexion et l’échange entre différentes disciplines et groupes humains. Le lieu se veut site d’apprentissage et de débats, accessible à l’ensemble du public, et place l’esprit critique au centre de son fonctionnement.

 

L’exposition « I don’t Know the Mandate of Heaven» de Song Dong, 2017. © Carole Barbé-Boudehen
L’exposition « I don’t Know the Mandate of Heaven» de Song Dong, 2017.
© Carole Barbé-Boudehen

Une direction impliquée et une ligne forte
Commissaire d’exposition, critique et historien de l’art, le Français Larys Frogier dirige le Rockbund Art Museum depuis 2012. L’ancien directeur de La Criée à Rennes, dont la vision est de considérer l’art comme inséparable des mutations que le monde connaît, a su impliquer l’établissement dans des défis artistiques et sociaux, privilégiant des expositions en forme de questionnements et d’enquêtes sur l’Asie et le monde. Composé de cinq membres et renouvelé tous les deux ans, le comité consultatif qui l’entoure garantit au musée «la rigueur académique, le professionnalisme et l’internationalisation», en planifiant stratégie et développement académique, et promouvant la collaboration et les échanges entre celui-ci et ses homologues étrangers. Le RAM s’est également associé au programme artistique du groupe Hugo Boss, et a ainsi lancé le Hugo Boss Asia Art, en 2013. Ce prix distingue tous les deux ans des artistes émergents asiatiques et reste dans la ligne du directeur du RAM, également président du jury. En effet, cette récompense vise à développer des combinaisons et des confrontations sur le long terme avec des artistes dont les problématiques questionnent des sujets complexes. L’Asie y est considérée comme un espace d’interrogations, une construction en perpétuel mouvement, plutôt qu’une zone monolithique à identité fixe. Selon Larys Frogier, «l’Asie est constituée d’une multitude de sites, à activer et analyser en fonction de ses mutations actuelles, de son développement futur et, bien sûr, selon l’articulation de ses constructions historiques». L’ensemble de la ligne du RAM va bien dans ce sens, à travers le choix de ses intervenants, ses expositions, ses programmes et ses collaborations.
Le RAM aujourd’hui et demain
Après avoir accueilli, en 2016, la première exposition en Chine consacrée au cubano-américain Felix González-Torres (1957-1996), le musée a présenté cette année «I don’t Know the Mandate of Heaven», une monographie majeure du célèbre artiste chinois Song Dong (né en 1966). Début juillet, le Français Philippe Parreno (né en 1964) est ensuite invité à investir l’ensemble du bâtiment, dans une exposition qui sera sa première dans le pays. Le quartier du Rockbund Art Museum, pont entre l’âme de Shanghai et son renouveau, voit naître de plus en plus d’espaces artistiques, dont de nombreuses galeries  celle de Magda Danysz est la dernière en date à s’y être établie. Au croisement du canal Suzhou et de la rivière Huangpu, c’est tout naturellement que l’endroit a été baptisé «Waitanyuan», littéralement «source du Bund»… Un nom qui s’accorde incontestablement avec son nouveau dynamisme culturel, et qui n’est pas près de se tarir.

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