Le rêve amoureux inaccompli de Prud’hon

Le 10 juin 2021, par Anne Doridou-Heim

Figure de proue de l’impossible amour de Pierre-Paul Prud’Hon pour son élève Constance Mayer, ce dessin offre une nouvelle promesse de bonheur, qui, cette fois, ne s’échappera pas…

Pierre-Paul Prud’hon (1758-1823), Étude pour la jeune femme en avant de la barque du tableau « Le Rêve du bonheur », pierre noire, estompes et rehauts de craie blanche sur papier anciennement bleu, 27 22 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €, 
Adjugé : 69 120 €

Figure double que celle de Pierre-Paul Prud’hon. Côté face, la gloire d’un peintre classique s’il en est, remarqué par Bonaparte avant d’être adulé par la famille impériale dont il exécute des portraits de Joséphine, puis du roi de Rome. Il va même jusqu’à enseigner le dessin à Marie-Louise. Côté pile, une vie intime contrariée, avec l’amour interdit qu’il vit avec la jeune peintre Constance Mayer (1775-1821), sa collaboratrice depuis 1803 pour laquelle il exécute des dessins emplis de grâce préfigurant le romantisme. Le peintre est surtout une figure solitaire dans cette France rompue au néoclassicisme et au génie davidien, dont il n’a jamais cherché à se rapprocher. Après avoir été l’élève de Joseph-Benoît Suvée, puis de Jean-Baptiste Greuze, Constance entre dans son atelier pour y découvrir le secret de ce qu’elle nomme une « peinture d’âme ». Elle a 28 ans et l’artiste est subjugué : « Dès qu’on l’avait vue, on ne pouvait en oublier le rayonnement. » Son portrait révèle en effet une beauté fraîche et naturelle. Mais l’épouse de Prud’hon est une femme très difficile, qui finit par sombrer dans la folie pour être enfermée sur ordre de Napoléon. Constance vient alors s’installer au foyer et s’occupe des cinq enfants du couple. Cependant, toujours marié, Prud’hon ne peut l’épouser. En 1819, elle livre Le Rêve du bonheur, un tableau aujourd’hui dans les collections du musée du Louvre. Sur une embarcation, un homme observe sa compagne et leur nourrisson endormi alors que de l’autre côté une femme aidée de deux putti, une personnification de l’amour, mène la barque. Voici une œuvre emblématique des espérances déçues de Constance. Si c’est bien elle qui l’exécute, on ne connaît pas moins de quatorze études de Prud’hon pour cette composition à la charge émotionnelle très forte, dont celle-ci exécutée pour la jeune femme à l’avant de la barque. En 1821, Constance qui ne supporte plus cette situation, se suicide et le peintre, brisé, sombre dans la mélancolie, ne répond plus aux commandes du nouveau régime et ne lui survit finalement que deux courtes années. Affichant un pedigree remarquable – elle a fait partie des collections de Boisfremont, Power et Lecomte – cette feuille a été présentée lors de la vente Grencer à la galerie Charpentier le 27 mars 1933. Elle y avait été adjugée 1 350 fr, soit l’équivalent de 980 €. Ces dessins originellement sur papier bleu sont des fulgurances, ils expriment le meilleur de son œuvre et révèlent que Pierre-Paul Prud’hon est un passeur, montrant le chemin à celui qui voudra emprunter la barque du bonheur. Il est tentant de le suivre, non 

mardi 22 juin 2021 - 14:00 - Live
Salle 6 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Tessier & Sarrou et Associés
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