Le repas sur l’herbe de Bruegel le Jeune

Le 29 octobre 2020, par Philippe Dufour

Mettant en scène, non sans une tendre ironie, des paysans se restaurant au cœur d’un village, le peintre anversois signe l’un des tableaux les plus appréciés de son répertoire, en son temps comme de nos jours.

Pieter II Bruegel, dit Bruegel le Jeune (1564-1638), Le Repas des paysans au village, signé en bas à gauche, panneau de chêne, deux planches, non parqueté, 43 58,5 cm.
Estimation : 500 000/700 000 

Le décor, champêtre, est campé par un hameau d’habitations aux murs de terre et aux hauts toits de chaume qui se reflètent dans une mare, flanquées de quelques masures. Au milieu de la scène, sur la prairie, des villageois festoient. Quatre femmes et un homme sont assis ou même agenouillés autour d’une grosse marmite et y plongent leurs cuillères, avant d’avaler leur part de ces agapes rustiques. La fantaisie et la minutie portée à la représentation du Repas des paysans au village n’indiquent qu’une seule main – confirmée par une signature bien présente –, celle de Pieter II Bruegel, dit aussi Bruegel le Jeune. Fils de Bruegel l’Ancien (1529-1569), l’artiste passe pour avoir longtemps été l’imitateur brillant des œuvres de son père, dont il a pu fournir, à l’occasion, des copies. Cependant, après avoir été reçu franc-maître en 1585 à Anvers, il saura élaborer un style personnel : d’abord avec sa fameuse thématique consacrée aux incendies, qui lui vaudra le surnom de «Bruegel d’Enfer», mais aussi en exploitant, à sa manière, la veine du paysage à la flamande. Une originalité certaine que soulignait déjà l’historien de l’art Georges Marlier dans son ouvrage sur l’artiste, paru en 1969 (éd. Robert Finck). Il y décrit l’une des versions de notre composition, exposée à la Galerie nationale de Prague, évoquant son «site ravissant si merveilleusement forestier et qui compte parmi les plus belles inventions du peintre». Le critique belge relevait aussi certaines influences, à l’image de l’«exécution des feuillages, qui n’est pas sans rappeler parfois Joos de Momper». Mais ce n’est pas la seule dette de Bruegel envers ses contemporains que l’on puisse déceler ici… On pense ainsi à Gillis Mostaert pour les petits personnages aux attitudes dansantes, et encore à Abel Grimmer pour la représentation, profondément humaine et sensible, de la paysannerie. Dans tous les cas, le sujet semble avoir constitué l’un des «best-sellers» de Bruegel le Jeune, qui l’a traité à plusieurs reprises à partir de 1625. Ainsi, outre notre panneau – acquis avant 1914 à Bruxelles par la famille des actuels propriétaires – et l’œuvre du musée de Prague, on en connaît d’autres répliques. Le grand spécialiste Klaus Ertz, dans sa monographie consacrée au peintre parue en 2000, en a répertorié trois supplémentaires… auxquelles vient s’ajouter une dernière, non signée mais validée par M. Ertz, vendue le 21 octobre dernier chez Legia Auction à Bruxelles.

dimanche 31 janvier 2021 - 14:00
Salle 14-15 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Mathias - Bournazel
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne