Le rat de Banksy, héraut des temps modernes

Le 31 mai 2018, par Anne Foster

Choisir un symbole aussi dénigré tient du défi. Le rat devient l’alter ego de cet éternel contestataire anonyme. Un jour, quelqu’un fit remarquer à Banksy que son porte-parole, le rat, était aussi l’anagramme d’art.

Banksy (né en 1975), Drill Rat, 2002, acrylique et pochoir sur plâtre, 63 x 45 x 6,5 cm.
Estimation : 140 000/160 000 €

On se doutait que Banksy avait un sens de l’humour très particulier, que, derrière ses pochoirs dont il anime les murs ou autres supports urbains, peuvent se cacher plusieurs messages. Le principal étant toujours : combattre la société de consommation et ses sbires industriels et militaires. Ce rat foreur en est un témoignage. Un petit cours d’anglais est nécessaire. Drill, à la fois nom et verbe, prend diverses significations, selon sa juxtaposition avec un autre mot. Son sens premier, foret ou mèche, s’étend par association du mouvement répété à un exercice, notamment militaire. On peut aussi le comprendre comme une répétition d’un slogan à fin publicitaire. L’artiste utilise cette image incongrue d’un rat forant pour interpeler la conscience des passants. Voulez-vous être enrôlé bêtement ? Pensez-vous être capable de refuser cette société qui pense pouvoir vous faire consommer n’importe quoi, vous conduire à des violences ? Banksy a choisi une manière plus pacifique de faire passer son message par l’art sous diverses formes, dont la plus connue est le graffiti subversif et ironique. Ce pochoir peint à l’aérosol a été réalisé sur un pan de mur ; pour quelle raison et par qui a-t-il été détaché ? Le certificat de Pest Control, seul habilité à authentifier une de ses œuvres, mentionne qu’il a été offert par Banksy à un de ses amis. On le voit bien dans ce rôle d’éradicateur de la vermine publicitaire ou officielle qui, selon lui, cherche à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Tel ce charmeur de rats d’Hamelin, du conte des frères Grimm, Banksy nettoierait la ville, et pourquoi pas le monde, de tout ce qui le pollue visuellement et intellectuellement. Il n’y croit guère lui-même : sur un mur, un rat a peint cette phrase : «Si les graffiti avaient le pouvoir de changer quoi que ce soit, ils seraient déclarés illégaux.» Certains le considèrent comme un vandale, il pourrait leur répondre, qu’au contraire, il enjolive les murs de la ville des espoirs, des peurs, des buts, des angoisses et des rêves de ses habitants, lui en premier. Car ses enfants, son bestiaire qui inclut aussi bien des éléphants que des hirondelles, des singes et ces mal-aimés que sont les rats, font fleurir un sourire sur les visages des passants. Récemment, à New York, en contrepoint plein d’humour à la fresque géante dénonçant l’emprisonnement d’une artiste turque qui eut l’heur de déplaire aux censeurs, il a repris son rongeur favori, courant comme un cochon d’Inde dans la roue de sa cage, sur une horloge d’un mur d’un immeuble promis à la démolition. L’art et l’humour peuvent être des armes très efficaces.

vendredi 08 juin 2018 - 15:00 - Live
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