Le Petit-Gennevilliers, une banlieue encore verdoyante

Le 26 mai 2017, par Anne Foster

En 1881, Gustave Caillebotte achète une maison sur les bords de Seine. Il peut s’adonner à ses autres passions, la voile et le jardin, qu’il s’empresse de traduire en peinture. Témoignage champêtre  avant l’industrialisation.

Gustave Caillebotte (1848-1894), Vue du Petit-Gennevilliers depuis le «fossé de l’Aumône», vers 1889, huile sur toile, 73 x 60 cm.
Estimation : 200 000/300 000 €

Lorsque vous passerez entre les ponts d’Argenteuil et de Colombes, essayez d’imaginer des villas cossues, entourées de jardins fleuris, de vertes prairies bordées d’arbres où paissent encore des vaches. La Seine est animée de barques, de canots et de voiliers. Gustave Caillebotte avait su apprécier le charme du Petit-Gennevilliers en rendant visite à Manet, qui habitait la demeure familiale rue de la Croix-des-Vignes, et suivant les endroits où Monet plantait son chevalet. Il leur suffisait de traverser le fleuve. Caillebotte s’y installe en 1881, agrandit la propriété pour édifier des serres et développer son jardin descendant en pente douce vers la rive. Architecte et concepteur de bateaux, il y implante le chantier naval Luce. Il devient ainsi l’un des pionniers de l’industrialisation de cette banlieue. Pour l’heure, l’artiste y reçoit ses amis impressionnistes, Renoir et Monet notamment, le critique d’art et écrivain Octave Mirbeau, qui partage sa passion des fleurs, ou le jeune Signac, féru de voile lui aussi, avec qui il rend visite par bateau à Seurat, travaillant à la Grande-Jatte. Il est nommé président du club nautique, élu conseiller municipal du Petit-Gennevilliers en 1888. Les titres de ses œuvres reflètent ses activités préférées : Madame Renoir dans le jardin du Petit-Gennevilliers, Les Soleils, jardin du Petit-Gennevilliers, Champs au Petit-Gennevilliers, Bateaux à l’ancre sur la Seine, La Seine à la pointe d’Épinay, Les Roses, jardin du Petit-Gennevilliers, Régates à Argenteuil, La Plaine de Gennevilliers vue des coteaux d’Argenteuil… et celle proposée prochainement en vente, Vue du Petit-Gennevilliers depuis le «fossé de l’Aumône». Seuls un quartier et une rue de ce nom gardent le souvenir du site. Ce tableau fut offert par le peintre en cadeau de mariage à Edmond B. (1848-1914), un ami du Cercle de la Voile de Paris. L’une de ses trois filles, Suzanne, en hérita, et le légua à sa fille Marguerite. Sans héritier, celle-ci le transmit à Dominique, la fille de son frère Jean. Peint vers 1889, il donne à voir un lieu idyllique par un jour d’été, comme l’indiquent les meules de foin fauché. En contrebas d’une sorte de digue, des peupliers dressent leur silhouette bruissant de feuilles papillonnant au soleil ; de légers nuages paressent dans un ciel bleu, quelques toits indiquant au loin le Petit-Gennevilliers. Caillebotte a choisi de représenter un paysage encore champêtre, calme et verdoyant, loin des bruits de la capitale où Edmond B. habitait et possédait un magasin d’import-export. Le chantier naval est acquis en 1895 par la Société des moteurs Gnome et Rhône, ainsi que la maison du peintre, préservée jusqu’en 1944.

mardi 20 juin 2017
Deuil-la-Barre-Montmorency - 77, rue Cauchoix - 95170
Valérie Régis - HDV de la Vallée de Montmorency
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