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Le nouveau roman d’Hélène Bonafous-Murat

Le 11 novembre 2021, par Nicolas Bousser

Avec son nouveau roman, l’expert en estampes Hélène Bonafous-Murat dresse un tableau du Paris des années 1850, au capitalisme débridé, dont le héros est un rescapé du massacre de la rue Transnonain, immortalisé par Daumier.

Le nouveau roman d’Hélène Bonafous-Murat

 

Ils sont douze, douze à avoir perdu la vie le 14 avril 1834, rue Transnonain à Paris. Soupçonnés d’être des opposants au régime de Louis-Philippe, les habitants d’un immeuble furent massacrés par la troupe. D’autres furent grièvement blessés. Marquante, sanglante fut cette journée bientôt inscrite dans la grande histoire. « Ce n’est pas précisément de la caricature, c’est de l’histoire, de la terrible et triviale réalité », dira plus tard Baudelaire à propos de la lithographie créée par Honoré Daumier suite à cet événement, avant d’ajouter : « Dans cette mansarde froide il n’y a que silence et mort. » Charles Hû, alors âgé de 6 ans, y perdit non seulement son père mais aussi un bras. D’une victime réelle de ce triste fait divers, décédée à l’âge de 25 ans le 10 avril 1853, Hélène Bonafous-Murat tisse avec Le Jeune Homme au bras fantôme un récit fictif dans le Paris des années 1850, alors en proie à de profondes mutations. La capitale justement constitue le premier protagoniste. Le Paris des années 1830, rue Transnonain, mais surtout celui des années 1850. La ville en pleine expansion forme alors une étrange et épaisse galaxie dans laquelle évoluent des individus en mal de succès. Le véritable Charles Hû connut probablement une vie au ban de la société car handicapé et orphelin. Sa mort jeune semble l’indiquer. Mais en lieu et place de cette existence faite d’errance et de désillusion, Hélène Bonafous-Murat brosse le portrait d’un jeune homme écorché habité par une fureur de vivre. Bien décidé à se faire une place dans cette société qui lui a tant pris, il devient bientôt rédacteur des petites annonces qui peuplent alors les journaux, à l’image du Charivari. Tout vendre, c’est-à-dire n’importe quoi, à n’importe qui, voilà l’objectif de ces courts écrits livrant bientôt le jeune Hû à de profonds questionnements. Au-delà du tableau de Paris et des arcanes parfois sombres de la presse dépeints par l’autrice, la bande qui entoure le protagoniste n’est pas dénuée d’intérêt. Du fantasque mais profondément meurtri Francisque Bruneaux, camarade d’infortune ayant lui aussi perdu gros le 14 avril 1834, à Norbert et Fritz Estibal en passant par le préfet Gisquet, ces figures s’appuient sur des personnages ayant réellement existé. Comment ne pas songer en effet à Chateaubriand et Hugo, qui tout deux citent Gisquet, préfet de police de Paris entre 1831 et 1836, dans leurs œuvres magistrales que sont les Mémoires d’outre-tombe et Les Misérables ? Avec cette fresque de la vie parisienne, Hélène Bonafous-Murat expose et développe non seulement les traits d’une génération brisée, mais également d’une nouvelle capitale, étrange et opaque, dans laquelle tout n’est que vitesse et effervescence. Charles Hû connaît ici une existence qui lui fut en réalité inaccessible. La petite histoire croise la grande dans un tohu-bohu d’individualités fantasques, dures et meurtries.

à lire
Hélène Bonafous-Murat, Le Jeune Homme au bras fantôme,
éditions Le Passage, 288 pages, 19 €.

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