Le noir dans tous ses états au Louvre-Lens

Le 23 juin 2020, par Virginie Chuimer-Layen

Au Louvre-Lens, le noir fait son show à travers «Soleils noirs», exposition protéiforme et résiliente en hommage à un territoire et son histoire.

Carolus-Duran (1837-1917), La Dame au gant, 1869, huile sur toile, 228 164 cm, musée d’Orsay.
© RMN-Grand Palais musée d’Orsay - Hervé Lewandowski

Tout était presque prêt avant son ouverture prévue le 25 mars, mais lorsque la fermeture des musées de France a été décidée, le couperet est tombé : les dernières œuvres attendues ne viendraient pas et il fallait décrocher les pièces en place. Or, alors que la direction ne l’attendait plus, un grand portrait collectif du XVIIe siècle du musée d’Amsterdam est arrivé de manière inespérée, tandis que certains musées locaux palliaient l’absence d’une douzaine d’œuvres du Prado, du MoMA et d’établissements polonais. En outre, toutes les institutions engagées se sont montrées solidaires en prolongeant les prêts de six mois, sans sourciller. Réinventée, cette exposition, célébrant la couleur du ferment minier de la région – cette année marquant le 300e anniversaire de la découverte de la première veine de charbon à Fresnes-Sur-Escaut – présente 180 œuvres de l’Antiquité à nos jours, à travers un regard thématique sur différents états du noir. Des «visions» anachroniques, teintées de contrepoints et de rapprochements portés par la peinture, le dessin, la sculpture, la gravure, mais aussi l’installation, la vidéo, le cinéma et la mode.
Histoires de noirs
À côté d’un fossile houiller inaugurant le parcours, le thème est exploré sous l’angle du mythe avec notamment «Panoptès», série de sculptures en marbre noir de Laurent Grasso, où l’œil scrutateur du berger Argos Panoptès semble prévenir de ce que l’on découvrira dans les salles suivantes. On plonge alors dans l’obscurité de la nuit, d’un ciel dont le soleil s’est enfui et de ses effets avec, entre autres, le mystérieux tableau La Solitude, d’Alexander Harrison, la vidéo Orage, d’Ange Leccia, ou encore un Concetto spaziale de Lucio Fontana, relatant la vision d’un ciel étoilé. Une première respiration intervient avec un dispositif sur la fabrication de la teinte, avant de poser la question de l’éclipse, du contrejour, de l’imperceptible, avec des toiles telles qu’Ombres portées d’Émile Friant ou la Vue d’une cascade à travers des rochers de Joseph Vernet. Vient la section sur le rapport pluriel du noir au sacré, sur la peur et le mal qu’il induit, par le prisme de sculptures et peintures de toutes époques, évoquant également un certain romantisme noir et un noir rédempteur. En témoignent le Transi de Guillaume Lefranchois en pierre de Tournai du XVe siècle, conservé au musée des beaux-arts d’Arras, ou encore la Vanité attribuée à Philippe de Champaigne, au musée de Tessé du Mans. L’exposition sonde également les codes sociaux d’un colori textile évolutif, marquant autant la société aisée – témoin la virtuose Dame au gant de Carolus-Duran – que celle des plus modestes. Enfin, le Tas de charbon de Bernar Venet nous renvoie irrémédiablement à cette terre du Nord, comme les photos de mineurs, mais aussi au noir radical et absolu dans l’art contemporain. Une couleur dont s’emparent les nouveaux réalistes, l’artiste conceptuel américain Ad Reinhardt et son Ultimate Painting n° 6, ou Pierre Soulages et son premier polyptyque outrenoir, Peinture 202 x 453 cm, 29 juin 1979. Évoqué ainsi, le propos de l’événement semble se disperser et, paradoxalement, manquer d’exhaustivité : quid du noir dans les autres cultures, ou encore du modèle noir en peinture ? Soutenue cependant par des textes fouillés, réunis dans un beau catalogue, et par des œuvres d’artistes parfois tombés dans l’oubli, l’exposition remaniée revendique le parti, à quelques exceptions près, de restreindre son étude à l’art occidental.

«Soleils noirs», musée du Louvre-Lens,
99, rue Paul-Bert, Lens 
(62), tél. : 03 21 18 62 62.
Jusqu’au 25 janvier 2021.
www.louvrelens.fr
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