Le Minnay de Manet : portrait de chien au temps de l’impressionnisme

Le 04 février 2021, par Anne Doridou-Heim

L'apparition de ce portrait de chien d’Édouard Manet, une boule de poils rapidement brossée, parfaitement traçable et totalement inédite, devrait faire courir les amateurs !

Édouard Manet (1832-1883), Portrait de Minnay, huile sur toile, 32,5 x 24,5 cm (détail).
Estimation : 220 000/280 000 € 

Aucune huile sur toile d’Édouard Manet n’était apparue sur le marché parisien depuis mai 2007 (source Artnet). Ce petit chien à la trombine résolument impressionniste devrait donc marquer les enchères de son empreinte. Et puis, il ne s’agit pas de n’importe quel chien ! Le modèle est dûment renseigné. Manet a peint – ou plutôt brossé – le Portrait de Minnay vers 1879, pour l’offrir à sa maîtresse, qui n’était autre que la fille de M. Gauthier-Lathuille, propriétaire du non moins célèbre cabaret des Batignolles, sujet de la peinture Chez le père Lathuille (musée des beaux-arts de Tournai). L’établissement, qui ferma définitivement ses portes en 1905, était situé avenue de Clichy, non loin du café Guerbois. Il est alors l’un de ces nouveaux lieux de sociabilité dans lesquels les artistes aiment à se retrouver et discuter de ce monde en pleine mutation. Il semblerait que le cabaretier se soit lié d’amitié avec le peintre, puisque ce dernier lui a offert différentes œuvres, dont le portrait de Marguerite, sa fille, appelé aussi La jeune fille en blanc, conservé au musée des beaux-arts de Lyon. Même s’il n’est en rien un artiste animalier, Édouard Manet a aimé introduire des animaux domestiques dans ses dessins et estampes, mais aussi dans ses tableaux, notamment les plus célèbres. On sait son attachement pour les chats. Ils sont un motif familier d’amusement et d’affection, presque toujours la marque d’une amitié littéraire. On retrouve par exemple un chat noir s’étirant aux pieds d’Olympia, un autre tigré jouant avec des oranges aux côtés de la Jeune femme couchée en costume espagnol. Par ailleurs, La Femme au perroquet accueille le volatile perché près d’elle, le chien du modèle boit à l’arrière du Portrait de Marcellin Desboutin, alors qu’un chiot se blottit dans les bras de Victorine Meurent, son modèle préféré des années 1860, dans Le Chemin de fer… Ce sont autant de synonymes de vie, de prétextes à des études de mouvements et d’invitations à promener son regard dans le tableau en dehors du sujet principal. Ils sont souvent des clins d’œil d’amitiés mais aussi des échos aux maîtres admirés des siècles passés. Au cours de la période 1875-1883, on ne compte pas moins de huit portraits canins. Tous rapidement esquissés, comme il lui était coutume de le faire, et parfois nommés «Bob», «Tama» – un épagneul japonais que des amis avaient ramené de leur périple au pays du Soleil-Levant –, ils montrent la patte du maître de l’impressionnisme. Avec Minnay, quelques coups de pinceaux, jouant des blancs et des noirs savamment ébouriffés, esquissent une lumineuse et sympathique frimousse poilue. Dans cet exercice, encore plus que dans les œuvres abouties, Manet s’autorise une grande liberté de touche et cela lui va bien. En 1928, le marchand Paul Rosenberg, que l’on ne présente plus, avait écrit à Marguerite pour lui demander de fixer un prix à Minnay. Sans doute ne sut-il pas la brosser dans le sens du poil car elle avait choisi de conserver son tableau et c’est aujourd’hui sa descendance qui le met en vente. Pour le bonheur d’un nouveau maître… ou maîtresse !

vendredi 26 février 2021 - 02:00 - Live
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