Le minimalisme totémique de William Turnbull

Le 10 juin 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Sculpteur et peintre écossais, William Turnbull est connu pour sa sculpture figurative et minimaliste. Elle décline la figure féminine sur un vocabulaire emprunté aux idoles primitives.

William Turnbull (1922-2012), Female Figure, 1989, bronze patiné, numéroté 2/6, monogrammé et daté sur un des côtés de la base, 184 29 27,5 cm.
Estimation : 80 000/ 120 000 € 

C’est à Paris, où il vit de 1948 à 1950, que William Turnbull rencontre Alberto Giacometti et Constantin Brancusi. À en juger par les formes longilignes de cette Female Figure en bronze patiné, dans une position hiératique, membres soudés au corps, la leçon fut féconde. Lorsqu’il arrive dans la capitale française, il sort tout juste de la Slade School of Fine Art de Londres. Pendant ses études londoniennes, il avait pris le temps d’analyser longuement le répertoire des sculptures cycladiques et africaines au British Museum. Dès les années 1950, de retour en Angleterre, il opère une synthèse entre ces formes archaïques et ce qu’il avait observé chez Giacometti. En découlent des sculptures qui se rapprochent sur le plan formel des idoles primitives. Ces représentations, simplifiées à l’extrême, s’offrent au regard d’un seul tenant. D’une frontalité totémique, la Female Figure de 1989 affiche ainsi une réduction aussi radicale qu’expressive de la figure féminine. Le tout auréolé d’une dignité quasi sacrée. Telle une statuette de fertilité, elle s’impose comme un archétype de la forme humaine, le travail en série permettant à l’artiste de développer le même répertoire de motifs : celle des Female Figure, de 1988 à 1990, signe une rupture avec ses expériences en argile, plus proches de l’esthétique cycladique. Turnbull est en permanence à la recherche d’une tension entre équilibre et immobilité : une énergie élémentaire traverse cette pièce. Cette Female Figure est une réaffirmation des formes qu’il avait définies dans les années 1950, et exposées lors de sa première rétrospective à la Tate en 1973 : Totemic Figure et Screwhead, toutes deux de 1957, définissent les codes à la fois rudimentaires et modernes qu’on rencontre dans ses pièces plus tardives. Cette rétrospective avait plongé l’artiste, alors âgé d’à peine 51 ans, dans une profonde remise en question, le poussant à travailler, un temps, de manière plus figurative.
Un grand minimaliste
Female Figure renoue donc avec l’esthétique des pièces des années 1950-1960. Cette économie de moyens qui nous interpelle dans ses œuvres sculptées se retrouve également dans ses peintures, fortement influencées par Rothko et Still alors même qu’il devient un membre clé de l’Independent Group, aux côtés de Richard Hamilton et d’Eduardo Paolozzi. Il organise ses premières expositions personnelles à la Hanover Gallery, présentant la sculpture en 1950, puis la peinture en 1952. Par la suite, il expose dans des galeries londoniennes (dont la Waddington à partir de 1967) et à l’étranger. Ses œuvres ont été présentées à la Biennale de Venise, en 1952 et 1957, et à la Carnegie International de Pittsburgh, en 1958 et 1961. William Turnbull a probablement apporté la contribution britannique la plus significative au langage minimaliste. De nombreuses collections publiques conservent aujourd’hui ses œuvres, dont la Tate Gallery à Londres et le Hirshhorn Museum, à Washington. Le marché n’est pas en reste, puisque le 11 mai dernier à l’Hôtel Drouot, Head 2 de 1992 (h. 32 cm) créait la surprise lors de la dispersion de la collection Sylvie Guerlain en obtenant 101 283 € (Fraysse & Associés OVV). La conquête de ce grand bronze s’annonce d’ores et déjà totémique.

vendredi 25 juin 2021 - 14:00 - Live
Salle 5 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Kâ-Mondo
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