Le métro, toujours un ticket d’avance !

Le 30 septembre 2016, par Anne Doridou-Heim

Arrêt station Drouot, à l’occasion des nuits blanches, pour découvrir ses souvenirs livrés aux enchères. Ils nous parlent d’un temps que l’on n’a pu connaître, mais qui ne manque pas de nostalgiques. Atmosphère, atmosphère !

Banquette d’une suite de trois banquettes doubles de voiture de seconde classe en lattes de bois sur pied en fonte, début du XXe siècle, 211,5 x 45 x 96,5 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 12 décembre 2011. Lucien Paris OVV.
Adjugé : 1 875 € la suite

La première ligne du métropolitain a été livrée pour desservir l’Exposition universelle de 1900. Beau symbole. Pourtant ce ne fut point une mince affaire. Elle naissait des entrailles de cinquante années de projets avortés les uns à la suite des autres, opposant les partisans du métro souterrain, retenu à Londres dès 1863, et ceux du réseau aérien, construit à New York en 1868. Le Conseil de Paris se montra hostile au premier projet, développé par monsieur de Kérizouet, qui avait pour but l’approvisionnement des Halles et que la Révolution de 1848 étouffa définitivement. Retour à l’envoyeur. Seul en demeure un ouvrage, publié par son auteur, dont un exemplaire broché vendu chez Pierre Bergé & Associés le 5 avril 2011  lors de la dispersion de la bibliothèque d’Alain Fourquier, un amoureux de Paris et de son histoire  a atteint la modeste somme de 366 €…
 

Hector Guimard (1867-1942), vers 1900 cartouche de garde-corps d'accès extérieur de station de métropolitain parisien, fonte de fer ajourée laquée ver
Hector Guimard (1867-1942), vers 1900 cartouche de garde-corps d'accès extérieur de station de métropolitain parisien, fonte de fer ajourée laquée vert, 76 x 64,5 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 19 mai 2014. Lucien Paris OVV.
Adjugé : 1 875 €
Israëlis Bidermanas, dit IZIS (1911-1980), Près du métro, place d’Italie, Paris, 1er mai 1968, tirage argentique d’époque, 28,2 x 21,5 cm. Paris, Drou
Israëlis Bidermanas, dit IZIS (1911-1980), Près du métro, place d’Italie, Paris, 1er mai 1968, tirage argentique d’époque, 28,2 x 21,5 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 23 mai 2013. Yann Le Mouel OVV. Mme Esders.
Adjugé : 2 974 €























Un nom prédestiné
Mais, pendant que Paris tergiverse, après Londres et New York, Chicago se dote à son tour d’un chemin de fer urbain en 1892, puis Budapest, en 1896. Il était temps de réagir. Un homme au nom prédestiné, Fulgence Bienvenüe, va sauver notre capitale. L’État et la Ville se mettent enfin d’accord, et confient à cet ingénieur des Ponts et Chaussées d’origine bretonne la mission de mener à bien ce projet d’utilité publique. Le 19 juillet 1900, la ligne 1 qui relie la porte Maillot à celle de Vincennes est inaugurée. Suivront, en 1910, les lignes 2, 3, 4 et 5.

 

Album de 79 photographies sur la construction du métropolitain parisien, collées, de différents formats, in-4°. Paris, Drouot-Richelieu, 5 avril 2011.
Album de 79 photographies sur la construction du métropolitain parisien, collées, de différents formats, in-4°. Paris, Drouot-Richelieu, 5 avril 2011. Pierre Bergé & Associés OVV. M. Forgeot.
Adjugé : 4 380 €
Jacques Villeglé (né en 1926), Métro Chaussée d’Antin, 1980, affiches lacérées marouflées sur toile, 54 x 73 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 12 juin 2013
Jacques Villeglé (né en 1926), Métro Chaussée d’Antin, 1980, affiches lacérées marouflées sur toile, 54 x 73 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 12 juin 2013. Millon OVV.
Adjugé : 19 036 €


















De Guimard à l’art contemporain
Le métropolitain parisien a ses passionnés. Lesquels pourront profiter de l’association entre l’entreprise RATP et la maison de ventes Lucien Paris pour son événement annuel, «Paris mon amour», le 4 octobre prochain (voir aussi page 57), nous permettant aussi de revenir sur cette histoire. Quatre PILI (panneau indicatif lumineux interactif) en provenance des collections de la RATP seront en effet vendus et le produit, utilisé au bénéfice de la restauration et de la valorisation de son riche patrimoine industriel. À défaut de PILI, impossible de se perdre avec les paroles de la chanson écrite et interprétée par Pierre Perret en 1992, Bercy-Madeleine, qui égrène une à une toutes les stations du métro. Dans un vocabulaire, à lui unique, défile l’histoire de «La petite Madeleine que j’ai connue à Saint-Lazare» et qui avait «le Saint-Placide et un sacré Buzenval». Incontournable aussi, l’homme qui a gravé son nom dans cette histoire, Hector Guimard (1867-1942). En 1900, il se voit confier le chantier de la construction des gares des premières stations, celles de la Bastille et de l’Étoile. Beaucoup d’autres suivront, pour lesquelles il conçoit divers types de pavillons, des édicules et des entourages, puis des candélabres, des supports d’enseigne et les balustrades des rampes d’accès. Sous l’aspect de la fonte de fer à patine verte à décor feuillagé stylisé, l’architecte introduit un champ végétal à Paris. C’est le triomphe de la ligne courbe et dynamique. Un véritable musée à ciel ouvert, qui est encore admiré cent ans plus tard et que le monde nous envie. Et pourtant, l’architecte s’est vu écarter du dossier, officiellement pour raisons financières, mais aussi suite à une cabale menée par la presse, l’accusant de dénaturer des sites historiques par son art jugé excentrique ! 1913 signe la fin de ses réalisations pour la Compagnie du métropolitain parisien. Sur les 167 entrées créées, 86 existent encore. Elles sont aujourd’hui protégées par les Monuments historiques et devenues des emblèmes de la capitale, au même titre que les fameuses fontaines Wallace. Les nostalgiques peuvent se procurer des éléments provenant des édifices démontés entre 1908 et 1974. Ainsi, le 14 novembre 2012 chez Aguttes, sept plaques d’ornement réunies en un ensemble de sept mètres de long atteignaient 24 127 €. Alors qu’un cartouche de garde-corps seul réalisait 1 875 € le 19 mai 2004 chez Lucien Paris, toujours à Drouot. L’art contemporain s’est depuis invité à la fête. Lundi prochain, chez Lucien Paris encore, une plaque de garde-corps sera proposée, mais cette fois «customisée» par Jérôme Mesnager (né en 1961) de l’une de ses célèbres silhouettes blanches en mouvement.

 

André Devambez (1867-1944), Quai de métro, heure de pointe, vers 1910, lithographie, 45,6 x 18,3 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 8 novembre 2011. Ader OV
André Devambez (1867-1944), Quai de métro, heure de pointe, vers 1910, lithographie, 45,6 x 18,3 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 8 novembre 2011. Ader OVV. M. Roman.
Adjugé : 1 550 €
Le Métrolic, jeu de société, Paris, E. Dubuc, vers 1920-1925. Paris, Drouot-Richelieu, 5 avril 2011.Pierre Bergé & Associés OVV. M. Forgeot. Adjugé :
Le Métrolic, jeu de société, Paris, E. Dubuc, vers 1920-1925. Paris, Drouot-Richelieu, 5 avril 2011.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. Forgeot.

Adjugé : 1 126 €


















L’art s’empare du phénomène
L’engouement de la population de parisienne pour le métropolitain fut  et restera  d’une ampleur inattendue. En cinq mois d’exploitation, à compter du 19 juillet 1900, quatre millions de voyageurs l’empruntent. André Devambez réalise vers 1910 un dessin, qui sera édité en lithographie, montrant le quai du métro aux heures de pointe, non sans humour. Les collectionneurs férus de ce moyen de transport et de ses heures de gloire se disputent aussi des photographies anciennes  un album de 79 clichés relatant sa construction se feuilletait à 4 380 € le 5 avril 2011 chez Pierre Bergé & Associés , des médailles commémoratives, des banquettes de voiture de seconde classe, du meilleur effet décoratif, et même un modèle original de poinçonneuse, pour des résultats compris entre quelques centaines et quelques milliers d’euros. Et afin de poursuivre le voyage à la maison, pourquoi ne pas se lancer dans une partie de Métrolic ? Le jeu, qui se joue à deux, reçut la médaille d’or au concours Lépine en 1922. Un exemplaire dans sa boîte d’origine s’échangeait à 1  126 €, dans la même vacation du 5 avril 2011. Les années 1970, en plus d’être celles de la reconnaissance de la valeur historique du patrimoine métropolitain, signent le retour de l’art contemporain sur les quais. Jacques Villeglé (né en 1926) arpente les couloirs à la recherche d’affiches lacérées (publicitaires, politiques, de spectacles…) qui, juxtaposées, composent son vocabulaire graphique. Chez Millon, le 12 juin 2013, celle titrée Métro Chaussée d’Antin, datée 1980, s’arrachait à 19 036 €. La porte était ouverte au street art, et tout spécialement à Nasty (né en 1974). Cet artiste s’approprie les fameuses plaques émaillées de la RATP et les plans de métro, sur lesquels il joue avec la typographie de son nom, à la bombe aérosol aux couleurs acidulées. Ce sont pour lui des «morceaux» de Paris et des témoins d’une époque. Lorsqu’ils se retrouvent sur le marché des ventes publiques, ils s’échangent entre 2 000 et 5 000 €. Enfin, les paroles d’Édith Piaf nous invitent encore et toujours à poursuivre le voyage en compagnie «des midinettes qui trottinent, des ouvriers qui cheminent, des dactylos qui se pressent, des militaires qui s’empressent, des employés qui piétinent, des amoureux qui butinent». On a envie d’attraper ce «métro qui flânait sous Paris, doucement s’élance et puis s’envole, s’envole sur les toits de Paris»…

 

Nasty (né en 1974),  Sans titre, 2007, peinture aérosol sur plan de métro parisien marouflé sur carton, 99 x 126 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 11 juin 
Nasty (né en 1974),  Sans titre, 2007, peinture aérosol sur plan de métro parisien marouflé sur carton, 99 x 126 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 11 juin 2014.
Digard Auction OVV.

Adjugé : 2 149 €
Poinçonneuse du métropolitain parisien en aluminium, 17 x 11,4 x 3,5 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 14 décembre 2009.Lucien Paris OVV. Adjugé : 620 €
Poinçonneuse du métropolitain parisien en aluminium, 17 x 11,4 x 3,5 cm. Paris, Drouot-Richelieu, 14 décembre 2009.
Lucien Paris OVV.

Adjugé : 620 €


























 

303
Nombre de stations de métro à Paris pour 205 km
de lignes et plus de 1,5 milliard d’usagers par an (source RATP).


à savoir
Conférence à drouot l’histoire du métropolitain parisen et de son patrimoine
Samedi 1er octobre, salle 9, à 19 h par Monsieur Yo Kaminagai du département Maîtrise d’ouvrages des projets de la RATP.
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