Le Maître de Vyssi Brod, figure centrale de la peinture praguoise

Le 20 novembre 2019, par Caroline Legrand

Méconnu en France, le Maître de Vyssi Brod est une figure centrale de la peinture praguoise du milieu du XIVe siècle, quand la Bohême était le cœur de la vie politique et culturelle européenne. Itinéraire.

Maître de Vyssi Brod (Bohême vers 1350), La Vierge et l’Enfant en trône, panneau de dévotion, peinture à l’œuf sur panneau de bois fruitier, 22 20 cm.
Estimation : 400 000/600 000 

Quel chemin a conduit ce panneau de bois de vingt-deux centimètres de hauteur de sa Bohême natale jusqu’à Dijon ? Nul ne le sait, pas même les propriétaires, qui le conservent dans leur famille depuis trois générations. Il faut dire qu’il n’était pas simple de faire le lien avec l’un des grands maîtres de la peinture médiévale (voir l'article Avant-première Deux primitifs redécouverts : Cimabue et le maître de Vissy Brod , Gazette n° 32, page 23). L’équipe du cabinet Turquin dut faire preuve de patience pour aboutir à cette attribution : leur spécialiste de peinture primitive, Marianne Lonjon, émit la première l’hypothèse d’un artiste praguois du XIVe siècle. Éric Turquin s’est ensuite rendu sur place, à la rencontre des œuvres de ce maître anonyme, actif en Bohême vers 1350, et baptisé du nom du retable provenant du couvent cistercien de Vyssi Brod, dans le sud, dont les neuf panneaux se trouvent aujourd’hui à la galerie nationale de Prague. D’autres peintures lui sont également attribuées, comme la Madone de Vysehrad, également conservée à Prague, et la Madone de Kladsko, visible au Berlin-Dahlem Staatliche Museum. Entre ces figures et la Vierge et l’Enfant en trône de Dijon, les rapprochements sont nombreux, notamment l’agencement des draperies, mais aussi l’expressivité des visages et les gestes tendres entre la mère et l’enfant ; ce dernier tient le pouce de Marie, tout en attrapant son pied avec l’autre main, un geste éminemment naturel. «Cette délicatesse dans l’expression des sentiments est caractéristique du travail du Maître de Vyssi Brod» confirme l’expert. Une évolution stylistique qui apparaît alors à Prague sous l’influence du gothique international.
Prague, centre de l’Europe
La Bohême de cette époque est un véritable melting-pot culturel, les plus grands artistes européens étant attirés par la cour de Charles IV (1316-1378). Issu de la maison de Luxembourg, envoyé sept années en France parfaire son éducation à la cour de son parrain Charles le Bel, ce souverain devient empereur du Saint-Empire romain germanique en 1346 ; il fera de sa capitale, Prague, le centre de l’Europe. D’Italie, de France ou du nord de l’Europe, de nombreux artistes arrivent dans le pays à sa suite. Le Maître de Vyssi Brod serait l’un d’entre eux, certains spécialistes lui prêtant toutefois des origines bohêmes. Sa peinture, synthèse des différents styles de l’époque, mêlant la recherche spatiale italienne et la minutie propre aux miniaturistes français (tels les frères de Limbourg), pourrait l’identifier comme un artiste de France, passé par exemple par Avignon où de nombreux peintres siennois sont venus travailler à la cour papale. Particulièrement présent dans cette œuvre, le lien entre le Maître de Vyssi Brod et l’art de l’enluminure est encore établi par le fond architecturé révélé par une radiographie ; il a été dissimulé sous un ciel noir étoilé, peint au XVIIIe siècle, afin de concentrer l’attention sur la figure de la Madone. Le prochain propriétaire de cette peinture tentera-t-il une restauration pour lui redonner son lustre d’antan ? À suivre…

samedi 30 novembre 2019 - 15:30
Dijon - 44, rue de Gray - 21000
Cortot et Associés
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