Le loto, du leurre à la lueur

Le 20 septembre 2018, par Vincent Noce
 

Le Loto pour le patrimoine est la seule mesure en faveur de notre héritage culturel octroyée depuis l’élection présidentielle. Nous la devons au sympathique volontarisme de Stéphane Bern, lequel ne cache pas combien il doit batailler contre l’immobilisme et la mauvaise volonté du ministère de la Culture, pour lequel le patrimoine est la dernière roue d’un carrosse passablement déglingué. Le bilan en ce domaine de Françoise Nyssen est navrant, notamment dans son abdication face à la loi Elan. Sa survie miraculeuse à un second remaniement suscite une désillusion générale. Emmanuel Macron a bien des arguments techniques, comme le refus d’un remaniement donnant l’impression de céder à la défaveur des événements ou la crainte de bousculer les savants calculs de la parité. Mais il devient difficile d’écarter une troisième hypothèse, plus sombre : la culture ne compte pas pour lui, en tout cas pas davantage que les effets de réthorique dont il parsème ses discours. Ce propos ne trouvant pas corps, il n’a pas à se soucier de disposer de relais efficaces. Si tel était le cas, Françoise Nyssen aurait de beaux jours devant elle et Stéphane Bern pourrait donner de la consistance à sa menace récurrente de démission. Nous n’en sommes encore qu’à un maigre avatar de la loterie britannique. Limitée à un jeu dans l’année, la version française rapporterait moins de 20 M€. Sur 15 € d’un ticket à gratter, 1,5243 € servira à cette cause patriotique (on ne peut manquer de ressentir de l’admiration pour le goût impérissable de l’administration française pour le détail). 71 % de cette somme sont répartis en gains, le reste dans les frais et taxes.

Un bulletin à 10 €, plus attractif en termes de gains, aurait suscité une meilleure participation et peut-être aidé à sensibiliser les jeunes.

En revanche, on se demande si le ministère de la Culture a été en mesure d’apporter le moindre conseil, car ce tarif élevé risque de revêtir une portée symbolique. Il refait jouer en sourdine ce refrain désagréable que, au fond, l’entretien du patrimoine serait «une affaire de riches». Un bulletin à 10 €, plus attractif en termes de gains, aurait suscité une meilleure participation et peut-être aidé à sensibiliser les jeunes. Le Loto peut aussi ressembler à ce foulard rouge qu’agite le prestidigitateur pour détourner les regards de ses entourloupes. Ce serait le cas si l’État persistait à geler le double de ce revenu en subventions pour le patrimoine. Pour 2017, 319 M€ avaient été inscrits au budget d’entretien des monuments historiques ; 276 M€ ont été effectivement engagés. L’année précédente, ces crédits étaient passés de 312 M€ prévus à 269  M€ effectivement investis. Les églises ou les châteaux privés sont particulièrement affectés, puisque sur le faible montant de 22 M€ qui leur avait été alloué, un tiers n’a jamais été dépensé. Néanmoins, après un quinquennat socialiste calamiteux, le réveil des consciences est bienvenu. Les opérations de mécénat lancées pour chaque monument non seulement pourront profiter à hauteur de 94 % du don au patrimoine, frais déduits, mais le gain est assuré, puisque les deux tiers pourront être déduits de l’impôt sur le revenu. La création en avril d’une Fondation pour les monuments historiques, le premier fonds échappant à la bureaucratie étatique, ou encore le rapprochement de la Fondation du patrimoine avec des associations comme la Demeure historique, pour la défense du patrimoine privé, nourrissent l’espoir d’une mobilisation dans laquelle la société pourrait se rassembler.

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