Le lion, soleil du roi

Le 17 janvier 2019, par Anne Foster

Appropriation de la puissance féline par les monarques des premières Cités-États, la chasse au lion est un motif fréquent de l’art du Proche-Orient. Symbole divin, il garde les palais et les temples, orne les trônes, prête ses formes au moindre objet.

Art pré-achéménide, VIIIe-VIe siècle av. J.-C. Modèle de rhyton zoomorphe en argent, l. 24 cm, poids 439 g.
Estimation : 450 000/500 000 €

La gueule ouverte sur ses crocs, ce lion pourrait inspirer la peur. En fait, pour notre regard d’Occidental, il fait figure d’un gros matou, plutôt souriant. Ses moustaches stylisées, ses petites oreilles se dressant parmi une crinière qu’indique une répétition de triangles, ses paupières voilant partiellement son regard, offrent une représentation assez proche de la réalité. L’habitat de Panthera leo persica, voisin du roi des savanes africaines, s’étendait de l’Inde à la Syrie. La crinière en est moins touffue, les oreilles dégagées. Il règne sur un territoire comprenant quelques groupes de femelles et se nourrit de cerfs et de bétail, comme l’avait noté Hérodote, rapportant l’attaque de dromadaires d’une caravane de Xerxès, lors de la seconde guerre médique (480-479 av. J.-C.). Sa chasse révèle le courage, le goût du danger et la virilité des souverains depuis Sumer jusqu’à l’Empire perse. La force et la majesté du lion traduites par des rugissements formidables qui emplissent d’épouvante toute créature vivante sont autant d’attributs fortement désirés par un monarque. Ainsi anime-t-il les bas-reliefs des palais de Babylone, Persépolis et Suse. Les orfèvres et les sculpteurs utilisent son effigie sur des mors de chevaux, des plats, des bijoux, et en reprennent les formes pour des poids comme celui en bronze visible au Louvre, dit «lion de Suse», très proche de ce rhyton en argent. Le rayonnement artistique babylonien se propage aux royaumes voisins comme ceux des Mèdes, des Perses, des Élamites, qui vont être réunis par la dynastie achéménide. À l’époque de création de cette pièce apparaît (vers 688 av. J.-C.) le nom d’un roi d’Anshan, Achéménès. Ses descendants vont engager la conquête des territoires environnants, jusqu’à Cyrus II le Grand, qui s’empare de la Médie en 550, point de départ de leur empire. Les artisans s’installant dans la région apportent avec eux leur savoir-faire particulier et leur répertoire iconographique. D’après certaines inscriptions, les orfèvres les plus recherchés étaient les métallurgistes mèdes. Ces populations d’origine nomade, issues d’Asie centrale, appréciaient les parures et la vaisselle d’or et d’argent… ce qu’avaient noté les Grecs. Hérodote, toujours lui, rapporte également que «les Perses (…) n’élèvent aux dieux ni statues, ni temples, ni autel (…) Ils ont coutume d’offrir des sacrifices à Zeus au sommet des montagnes les plus élevées ils donnent le nom de Zeus à toute l’étendue de la voûte céleste.» Le lion est alors tout à fait approprié : n’est-il pas la représentation du Soleil, chez les Assyriens et les Perses ?

vendredi 22 février 2019 - 14:00 - Live
Salle 1-7 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Pierre Bergé & Associés
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