Le Grand Palais veut décrocher la lune

Le 22 février 2018, par Vincent Noce

Près d’un demi-milliard d’euros. C’est le coût du chantier de restauration qui va entraîner la fermeture du Grand Palais fin 2020, jusqu’en 2023. Le propos en sera refondé pour associer arts et sciences.

Grand Palais, la terrasse, simulation 2018.
© LAN


La ministre de la Culture a dévoilé le 12 février le grand chantier qui va commencer au Grand Palais. Il entraînera, à partir de décembre 2020, la fermeture pour au moins trois ans d’un édifice qui accueille les expositions nationales, la FIAC, la Biennale Paris, Paris Photo, les spectaculaires défilés de Chanel ou encore le Saut Hermès. L’établissement n’a pas encore trouvé l’hébergement qu’il pourrait proposer à ces manifestations de prestige, qui lui assurent un revenu confortable. Confrontés à rude concurrence, ces salons artistiques n’avaient pas besoin de cette incertitude. L’idée un peu étrange d’arrimer un grand embarcadère sur la Seine n’a pas été retenue. L’esplanade de la tour Eiffel ou le Champ-de-Mars seraient logiques, outre leur légitimité, puisqu’ils accueillaient des pavillons lors des Expositions universelles, mais les discussions avec la Ville ne sont pas simples. En tout cas, les expositions seront suspendues, même si l’établissement compte bien accentuer celles qu’il organise en province. Cette opération formera le chantier culturel majeur des années à venir, le budget prévu se montant à 466 M€, financés pour 160 M€ par le plan d’investissement, 150 M€ d’un emprunt de l’établissement du Grand Palais (RMN-GP), complétés par 128 M€ du ministère. Chanel apportera 25 M€ (déductibles à 90 % de ses impôts), ce qui en fait le plus important mécénat du moment, et Velux contribuera à la réfection de la coupole. Quand Jean-Paul Cluzel avait proposé cet ambitieux projet, il y a huit ans, Frédéric Mitterrand, alors ministre, lui avait lancé un ironique «bonne chance». Il revient à l’ancien président de la RMN-GP d’avoir suggéré la solution d’un emprunt, en profitant des taux historiquement bas. Sa durée est de trente ans. La charge ne sera pas négligeable pour l’établissement, qui devra se serrer la ceinture. Son coût ajouté à la perte de revenus occasionnée par les fermetures s’élève sur les deux premières années à 30 M€, sans compter les retards. Cette habitude bien française risque cependant d’être mise à mal, car l’ouverture des jeux Olympiques en 2024 constitue une date butoir. Le Grand Palais, au cœur de Paris, où sont attendus quatre millions de visiteurs, doit accueillir les compétitions d’escrime et de taekwondo.
Impéritie
C’est peu de dire que ces bâtiments, érigés pour l’Exposition universelle de 1900, ont souffert du temps et de l’impéritie gouvernementale. On suppose une pointe d’ironie dans le bref remerciement adressé par Sylvie Hubac, qui a succédé à Jean-Paul Cluzel, à Renaud Donnedieu de Vabres pour les réparations effectuées sous son ministère, en 2005. Il avait fallu attendre douze ans après la chute d’un boulon qui avait entraîné la fermeture de la nef. Ayant rejeté l’initiative prise par Jean-Jacques Aillagon  son prédécesseur  de rechercher des mécénats de compétence pour une restauration et une modernisation d’ensemble, il s’était concentré sur la restauration de la verrière, laissant le reste se dégrader. Outre l’inadaptation de l’infrastructure et l’usure des structures métalliques, cet édifice de trois mille tonnes repose sur trois mille quatre cents pieux de chêne. Il ne dispose pas de plateforme pour l’arrivée et la montée des œuvres d’art, ce qui va être un apport majeur du chantier  mais aucun parking n’est prévu. De larges espaces en péril ne pouvaient être exploités. Aucun dispositif thermique n’existe sous la nef  les invités du dîner de gala de la Biennale des Antiquaires, un soir de canicule, s’en souviennent… La chaleur sera désormais recyclée en énergie. Les parties historiques seront rétablies et restaurées, autour d’un axe, appelé «route des palais», allant des Champs-Élysées à la Seine ; en accès libre, celle-ci conduira à toutes les activités. Présenté par Umberto Napolitano, de l’agence LAN, le projet a séduit. L’architecte a habilement exposé l’intelligence urbaine de ce palais que la République offrit aux arts et qui a été découpé et abîmé par dix-sept occupants depuis.
Célébrer la Lune
Le contenu aussi doit être relancé autour d’un échange entre sciences et arts, en réintégrant le palais de la Découverte. Ayant tiré la leçon de quelques déboires, le Grand Palais s’est enfin doté d’un directeur scientifique en la personne d’Emmanuel Coquery. Celui-ci compte privilégier des expositions thématiques, associant éventuellement arts et sciences. C’est le cas de celle, prévue au printemps 2019, consacrée à la Lune, pour le cinquantième anniversaire des premiers pas de l’homme sur le satellite, et qui devrait donner lieu à une fête le 20 juillet. Elle sera suivie de l’art en Russie de 1917 à 1953, d’une nouvelle présentation de Toulouse-Lautrec avec les musées d’Orsay et de Montauban et, plus originale, de la première rétrospective El Greco, montée par le musée de Chicago. À sa réouverture, le Grand Palais voudrait tenir des expositions toute l’année et rester ouvert sept jours sur sept.

 

Grand Palais, balcons de la Nef, simulation 2018.
Grand Palais, balcons de la Nef, simulation 2018. © LAN