Le commandant Charcot et le muséum

Le 16 septembre 2016, par Joëlle Garcia

Parmi les collections polaires de la Bibliothèque centrale du Muséum national d’histoire naturelle, archives, manuscrits, photographies, publications et objets témoignent de la coopération scientifique entre Charcot et l’institution.

Pierre Le Conte (1894-1946), menu du 11 août 1926 servi à bord du Pourquoi-Pas ?, encre et aquarelle, Muséum national d’histoire naturelle, Paris.
© mnhn Direction des bibliothèques et de la documentation

C’est avec le soutien du Muséum que Jean-Baptiste Charcot prépare sa première expédition antarctique (1903-1905). Au cours de la navigation et de l’hivernage dans les glaces, plus de mille kilomètres de côtes nouvelles sont reconnus et relevés ; 75 caisses d’observations, de notes, de mesures et de collections géologiques, botaniques et zoologiques entrent ainsi au Muséum. Ce succès permet à Charcot de faire construire le Pourquoi-Pas ?, un navire spécialement équipé pour la navigation dans les mers polaires et la recherche scientifique, pourvu de trois laboratoires et d’une bibliothèque. Après deux ans d’exploration (1908-1910), l’expédition rapporte la découverte de terres nouvelles, de multiples observations de météorologie, de physique du globe et de biologie, et d’importantes collections naturalistes. Les documents et matériaux récoltés concernant les sciences naturelles sont centralisés au Muséum, dans le laboratoire du professeur Louis Joubin, zoologiste et océanographe. Les observations des collaborateurs de Charcot et les études par les spécialistes des collections recueillies lors des deux expéditions antarctiques ont permis de nombreuses découvertes : vingt volumes de résultats scientifiques ont été publiés.
 

Point d’interrogation du Pourquoi-Pas ?, fragment de plaque en métal fixé sur support bois, Muséum national d’histoire naturelle, Paris.
Point d’interrogation du Pourquoi-Pas ?, fragment de plaque en métal fixé sur support bois, Muséum national d’histoire naturelle, Paris.© Mnhn Direction des bibliothèques et de la documentation

Le labo au bord de l’eau
Après-guerre, Charcot demande l’appui de Louis Mangin, directeur du Muséum, pour poursuivre ses travaux. Le Pourquoi-Pas ? devient propriété du Muséum ; un laboratoire de recherches maritimes de l’École pratique des Hautes Études, dont Charcot est le directeur, est installé à son bord. Le navire-laboratoire se tourne vers l’exploration méthodique des mers boréales, parcourant l’Atlantique Nord, les mers d’Islande et du Groenland, avec une incursion en Méditerranée en 1923. Embarquent à son bord les scientifiques les plus éminents, qui effectuent des sondages, des prélèvements d’échantillons, des observations dans tous les domaines : océanographie, météorologie, hydrographie, géologie, zoologie, botanique, géographie, cartographie, ethnologie, anthropologie… Sur les conseils de Charcot, le laboratoire maritime du Muséum trouve, en 1920, une nouvelle localisation à Saint-Servan. Le Pourquoi-Pas ?, qui y est amarré, sert alors de laboratoire maritime flottant au Muséum pendant un an. En 1934, le laboratoire est transféré à Dinard, où est également ouvert un musée de la Mer. Charcot contribue à l’enrichissement du musée, donnant des dessins, des photographies, des publications, ainsi qu’une maquette du Pourquoi pas ?, réalisée à l’échelle 1/33 par Joseph Gautier, fils du constructeur du navire. En 1934-1935, c’est grâce au Pourquoi-Pas ? que Paul-Émile Victor effectue, pour le musée d’Ethnographie du Trocadéro, sa première mission au Groenland. Le 12 septembre 1936, au retour d’une nouvelle campagne, le médecin du bord adresse, depuis Reykjavík, à son correspondant Paul Budker, attaché au laboratoire des pêches coloniales du Muséum, une carte postale où il annonce «une excellente campagne sans glace, fructueuse au point de vue hydrographique et zoologique». Le 16 septembre, le navire sombre au large de l’Islande, seul le maître timonier survit au naufrage. Dès 1937, le Muséum organise une exposition-hommage au musée de la Mer de Dinard. Elle préfigure une exposition permanente qui présente notamment les objets et documents donnés par Charcot de son vivant, ainsi que des fragments de l’épave du Pourquoi-Pas ? : la roue du gouvernail brisée, un canon, des fragments de plaques ornementales, un canot, des bouées couronne, des instruments scientifiques… Après la fermeture du musée en 1996, et la vente de la villa Bric-à-brac qui l’abritait, cet ensemble a rejoint la Bibliothèque centrale du Muséum. Y est également préservée des rigueurs du climat polaire la plaque originale posée à Port Circoncision (île Petermann, Antarctique) pour commémorer l’hivernage de 1909. Quelques objets ont été déposés à la station de biologie marine de Dinard (Cresco).
Une aventure humaine

À la Bibliothèque centrale, l’aventure du commandant Charcot se lit aussi à travers les archives du Muséum et du musée d’Ethnographie du Trocadéro, les papiers scientifiques (notes, dessins, documents préparatoires aux publications) et les correspondances des différents savants qui y étaient attachés, les manuscrits et photographies du fonds Paul-Émile Victor, les photographies du naturaliste Louis Gain documentant les différentes campagnes dans l’Antarctique (1908-1910), aux îles Féroé (1924) et au Groenland (1931). La richesse des collections conservées au Muséum illustre l’importance de l’aventure scientifique et humaine menée par le commandant Charcot au temps des pionniers de la recherche polaire française.

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