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Le choc des images

Le 29 juin 2018, par Caroline Legrand

Avec sa peinture figurative inspirée de la bande dessinée et des affiches, Chéri Samba a su attirer les regards sur ses œuvres… et faire réfléchir sur des sujets de société cruciaux. Le choc des couleurs, bientôt à Cannes.

Le choc des images
Chéri Samba (né en 1956), Le Pardon du pape Jean-Paul II, 2000, acrylique sur toile, signé et daté, 85 x 101 cm (détail).
Estimation : 15 000/20 000 €

Chéri Samba est désormais un artiste qui compte. Ses œuvres ont intégré les plus grands musées du monde, du Centre Pompidou au MoMA de New York, et il a fait l’objet de plusieurs expositions, notamment à Paris « J’aime Chéri Samba », en 2004 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Apprécié également des collectionneurs privés, le peintre congolais séduit par sa peinture populaire aux couleurs chaudes et aux sujets qui parlent à tous. Il n’hésite pas à aborder les questions politiques et sociales qui fâchent. «Tout petit que j’étais, j’essayais toujours de faire quelque chose pour attirer l’attention des gens»… Durant son enfance à Kinto M’Vuila, en République démocratique du Congo, Samba wa Mbimba N’zingo Nezumi Masi Ndo Mbassi  père forgeron et mère agricultrice  s’essaie à la bande dessinée, imite les illustrations et les caricatures de la revue Jeunes pour jeunes. Mais il n’aspire qu’à une chose : monter à Kinshasa pour rencontrer de vrais peintres. Autodidacte, Chéri Samba arrive dans la capitale en 1972. Il n’a que 16 ans lorsqu’il commence à travailler dans la peinture d’enseignes publicitaires. Trois ans plus tard, il s’installe dans son propre atelier et devient notamment l’illustrateur de la série «Lolo m’a déçu», publiée dans la revue Bilenge Info. Peu à peu, ses créations sont reconnues dans son pays, puis au-delà des frontières, notamment en France à partir de la fameuse exposition «Les Magiciens de la terre», en 1989 au Centre Pompidou et à La Villette. L’artiste sait se faire remarquer avec des peintures qui happent l’attention, avec la volonté d’«interpeller et moraliser les consciences». Un but atteint par des compositions mêlant des écritures relevant d’un vocabulaire populaire et des images volontairement crues. Elles traitent des grands sujets de société que sont la guerre, le racisme, la corruption, les inégalités, la sexualité, la maladie, dont bien sûr le Sida. Ce mal terrasse le continent africain depuis les années 1980, et pourtant l’Église, en la personne du pape Jean-Paul II, a choisi de fermer les yeux sur ces millions de gens qu’elle condamnait au profit du dogme religieux. Au premier plan de ce tableau, une femme nue s’offre au regard du spectateur, dans une position sexuellement provocante ; à ses côtés, un préservatif rayé d’une croix et, non loin à droite, un couple d’homosexuels nus ; en face de ces nouveaux Adam et Ève, pécheurs modernes pour l’Église, sur le côté gauche du tableau, un prêtre blanc force un couple d’Africains à lire la Bible. La scène est cependant dominée par le pape Jean-Paul II et deux hommes d’Église, un blanc et un noir, et ainsi légendée : «Le pardon du pape Jean-Paul II pour les péchés de la religion chrétienne». Une œuvre qui choque par l’utilisation de la nudité et qui rappelle sans détour la position du pape sur le sujet du préservatif, jugeant en 1989, «blessant pour la dignité humaine et moralement illicite de développer la prévention du Sida, basée sur le recours à des moyens et des remèdes qui violent le sens authentiquement humain de la sexualité et qui sont un palliatif pour ces troubles profonds où sont en cause la responsabilité des individus et celle de la société». Des propos qui tuèrent aussi sûrement que des armes dans les pays où les autorités religieuses sont très écoutées.

art contemporain
dimanche 08 juillet 2018 - 13:00 (CEST) - Live
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