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La Gazette Drouot Art et patrimoine - Patrimoine

Le Centro Botín, vaisseau amiral de Santander

Le 17 mai 2018, par Mikael Zikos

Près d’un an après son ouverture, ce centre d’art de Cantabrie, signé Renzo Piano, peaufine son identité régionale et un programme d’expositions tourné vers l’international.

Le Centro Botín, vaisseau amiral  de Santander
Les espaces librement accessibles au public du Centro Botín.
Photo : Enrico Cano

Les premières sculptures expérimentales de Joan Miró favorisaient les mélanges de cuivre et les collages, intégrant parfois des objets trouvés, comme dans L’œil attire les diamants (1974). Le sculpteur et peintre originaire de Barcelone avait même imaginé, au début des années 1960, une œuvre pérenne pour sa ville natale, finalement réalisée en taille réduite, et un projet de «monument pour une île», resté à l’état de dessin. Aujourd’hui, plus d’une centaine de pièces rares issues des plus grands fonds d’œuvres de l’artiste comme celui de la fondation Maeght sont réunies pour la première fois dans «Joan Miró. Esculturas 1928-1982», au Centro Botín. L’événement, réalisé en collaboration avec le petit-fils du maître  et qui aurait pu être convoité par de nombreuses institutions internationales , a été pensé sur mesure pour ce nouveau centre d’art situé à Santander, à une heure de Bilbao en voiture et à quatre bonnes heures de train depuis Madrid. L’expérience très intuitive de la sculpture de Miró prolonge même l’originalité de ce bâtiment achevé l’an dernier par Renzo Piano. Une œuvre organique et raisonnée selon l’architecte italien, auteur du nouveau tribunal de Paris et à qui l’on doit l’extravagant mais fonctionnel Centre Pompidou, livré avec Richard Rogers en 1976 et désormais partie intégrante du patrimoine parisien. Futur symbole de la capitale de Cantabrie, une région réputée pour la qualité de ses spécialités culinaires, le Centro Botín représente l’aboutissement culturel et social de la Fundación Botín, créée en 1964 par celui qui fut jusqu’à sa mort en 2014 aux commandes de Banco Santander dans la famille Botín depuis 1857 , Emilio Botín Sanz de Sautuola (1934-2014), et son épouse, Carmen Yllera. C’est une fierté de plus pour ce puissant groupe bancaire international dirigé depuis le décès de son père par Ana Patricia Botín-Sanz de Santuola O’Shea , qui a résisté à la dernière crise financière, davantage que les habitants de Santander, imperturbables face aux aléas climatiques de la Côte basque, mais sous le coup d’une économie ralentie, comme dans tout le pays. Destination de villégiature de la bourgeoisie au début du XXe siècle, la ville est aujourd’hui reconnue pour son attractivité dans l’industrie de l’acier et d’autres secteurs tels que celui de l’aide à la personne. Ainsi, depuis 1964, la Fundación Botín est active dans les arts visuels, mais explore également de nouvelles formes de création de richesse dans la région.
 

L’architecture du centre d’art s’inscrit parfaitement dans la baie maritime de Santander.
L’architecture du centre d’art s’inscrit parfaitement dans la baie maritime de Santander. Photo : Stéphane Aboudaram

Entre art et éducation
Érigé pour 80 millions d’euros le chiffre demeure à ce jour une estimation , le Centro Botín est en réalité beaucoup plus qu’un centre d’art : ce projet urbanistique, d’une échelle inédite, a totalement modifié l’espace public de la ville. Le plan colossal de Renzo Piano incorpore en sous-sol la route qui séparait autrefois les jardins municipaux de la mer Cantabrique. Celle-ci est devenue un tunnel de 372 mètres de long, qui facilite le passage des treize millions de véhicules empruntant tous les ans cet important axe de circulation du nord de l’Espagne. Grâce à la construction du Centro Botín, le cœur de Santander est aujourd’hui relié à sa marina et offre un nouvel accès piétonnier vers le front de mer. Aussi, en doublant les espaces verts, le chantier a-t-il augmenté la qualité de l’air et réduit le bruit environnant. Dans ces quatre hectares, le centre n’excède pas la hauteur des arbres centenaires et s’impose naturellement comme une extension de la vie citadine. Son bâti, à l’allure d’un vaisseau spatial érigé à sept mètres du sol et coupé en deux volumes reliés par une passerelle , est revêtu de 270 000 petites soucoupes en céramique qui, par leurs reflets, prolongent l’horizon marin. L’intégralité de sa structure extérieure, faite d’escaliers et de petites places, est d’ailleurs accessible librement. Le public peut ainsi profiter d’un panorama inouï. Un écran géant à LED a également été installé sur l’une des façades, afin d’y projeter des cycles de cinéma et de vidéos d’artistes en plein air. De quoi rendre complètement obsolètes les trois musées historiques de la ville, dédiés à la préhistoire et à l’archéologie, à l’exploration maritime et aux beaux-arts… Résultat : «Plus de 140 000 passes annuels à 2 € symboliques, donnant un accès permanent aux expositions du centre, ont été vendus aux seuls habitants de la région de Cantabrie», se félicite Íñigo Sáenz de Miera Cárdenas, directeur général de la Fundación Botín. «L’une des inspirations du Centro Botín est la nouvelle aile de l’Art Institute of Chicago (conçue par Renzo Piano en 2009, ndlr), à la différence que nous sommes au cœur d’une région et loin des mégapoles du monde de l’art», explique-t-il. Afin d’ouvrir la Cantabrie à la création contemporaine la fondation tenait jusqu’alors un petit espace d’exposition dans le centre de Santander, où elle faisait tourner sa collection depuis la fin des années 1980 , l’endroit met équitablement à profit un budget annuel de 35 millions d’euros au sein de ses 10 000 mètres carrés. Une partie est consacrée à l’art et l’autre à l’éducation ateliers, formations… «Le Centro n’a pour ainsi dire rien à voir avec les activités du Guggenheim de Bilbao, qui comprend une collection permanente et est au moins deux fois plus grand», souligne le directeur de la fondation.

 

Vue de l’exposition «Joan Miró. Esculturas 1928-1982».
Vue de l’exposition «Joan Miró. Esculturas 1928-1982». DR

Une véritable dynamique
Avec 2 500 mètres carrés de surface d’exposition plusieurs espaces répartis sur deux
plateaux , le centre a déjà accueilli une rétrospective des dessins de Francisco de Goya, grâce à un partenariat avec le musée du Prado, et un show tout aussi ambitieux du plasticien allemand Carsten Höller. Un dernier choix qui émane de la commission de conseil en arts plastiques de la Fundación Botín, codirigée par Vicente Todolí, ancien directeur de la Tate Modern de Londres et responsable de la programmation au HangarBicocca de Milan. Dans le parc, les éclairages de Höller et les bassins de Cristina Iglesias, sculptrice espagnole qui fera l’objet d’une exposition cet automne, ont aussi été spécialement commandés pour le lieu. Témoin de cette dynamique, l’exposition «Itinerarios XXIV» présente actuellement les résultats de la quatorzième bourse de la fondation, dédiée aux jeunes artistes, espagnols et étrangers. Sont alloués 23 000 € pour chacun des huit talents sélectionnés : une aide à la production supervisée par le directeur artistique du centre, Benjamin Weil, ancien commissaire des arts médiatiques au musée d’Art moderne de San Francisco et directeur artistique du centre d’art et de création industrielle LABoral, à Gijón (Espagne). Cette initiative permet à la fondation de choisir les œuvres appelées à enrichir sa collection, dévoilées au compte-gouttes dans ses nouveaux espaces. Elle s’inscrit également dans la suite des nombreuses pièces acquises auprès de figures internationales, comme Jannis Kounellis, et nationales, à l’instar du peintre abstrait Juan Uslé, une autre fierté artistique de Santander. 

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