Lé Phô, la grâce vietnamienne

Le 21 octobre 2016, par Anne Foster

Lé Phô fut l’un des premiers à s’inscrire à l’école des beaux-arts, à Hanoï. naît alors un style proche de la tradition vietnamienne et de la peinture occidentale.

Lé Phô (1907-2001), Jeune femme, encre et couleurs sur soie marouflée sur carton, 22 x 18 cm.
Estimation : 50 000/80 000 €

Pensive, presque mélancolique, la jeune fille d’une grande beauté penche légèrement la tête et soulève d’un geste gracieux un voile transparent. Lé Phô l’a peinte dans une gamme de blancs, rehaussée du noir de jais de la chevelure, sur un fond d’un vert doux. Elle est représentée en buste comme tant de portraits de la Renaissance italienne que l’artiste vietnamien admirait tant ; le traitement de la figure féminine n’appartient pas à la traditionnelle peinture de lettrés comme le gros plan, le cadrage sur une figure unique. L’individualisation est fort peu présente, le statut de la personne primant sur ses traits propres. Lé Phô, issu d’une famille aristocratique du Tonkin, a reçu une éducation raffinée mais ouverte sur le monde. Ainsi, après avoir étudié la calligraphie et la peinture de lettrés, il intègre l’école professionnelle créée à Hanoï et axée sur la formation aux métiers d’art vietnamiens : laque et peinture sur soie. Victor Tardieu (1870-1937), premier directeur de l’école des beaux-arts d’Indochine, à Hanoï, reconnaît dès 1925  date de l’entrée de Lé Phô , son talent et le choisit comme assistant pour préparer l’exposition coloniale qui se tiendra à Paris en 1931. Le jeune artiste découvre la capitale, voyage en Belgique, aux Pays-Bas et en Italie, où, pour sa plus grande joie, il peut étudier les œuvres des Primitifs italiens et des peintres de la Renaissance. On retrouve dans ses peintures sur soie ou sur toile cette élégance des madones de Fra Angelico et l’attention portée à la gamme de couleurs comme expression de la sensibilité. Un séjour à Pékin lui permet d’affiner sa connaissance de la peinture traditionnelle. En 1937, il s’installe à Paris où il poursuit une carrière internationale. La femme est au cœur de son œuvre : vaquant à ses occupations ou seule, ou tenant un enfant dans ses bras. Dans cette vacation, on remarque aussi une Mère et Enfant, encre et couleurs sur soie, estimée autour de 120 000 €, où Lé Phô place à l’arrière-plan un cavalier galopant sur un cheval blanc dans un paysage typique du Vietnam. La touche de pittoresque différencie cette maternité des Vierges à l’Enfant de peintres italiens. Il travaille ses figures avec un faible modelé, mais avec un dessin linéaire souple et délicat, et avec une palette de couleurs qui les lie à leur environnement, intérieur ou paysage. Les sujets intemporels et les gammes subtiles confèrent à ses peintures sur soie une harmonie dont on ne se lasse pas.

lundi 24 octobre 2016 - 14:00 - Live
Salle 5 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Aguttes
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