Laurent Salomé, un nouveau visage à Versailles

Le 23 juin 2017, par Claire Papon

Troisième site culturel le plus visité de France, le château compte parmi les plus illustres réalisations françaises. Et depuis quelques mois, un nouveau directeur, Laurent Salomé. Rencontre.

Laurent Salomé
© Collection RMN-GP © Photo Mirco Magliocca

À tout juste 53 ans, Laurent Salomé a été nommé le 1er décembre dernier à la direction du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. Diplômé de l’École supérieure de commerce de Paris et de l’École du Louvre, ce natif de Neuilly-sur-Seine avait d’abord envisagé une carrière de gestionnaire d’entreprise. C’était sans compter sur une bourse obtenue pour aller étudier à l’université d’été de Pérouse… Le choc est décisif, total, immédiat et radical lors de ce premier voyage en Italie. Pour Laurent Salomé, plus question de travailler ailleurs que dans le domaine de l’art. Ce spécialiste de la peinture et du dessin des XVIIe et XVIIIe siècles, major du concours de conservateur des Musées de France, débute sa carrière au musée de Grenoble en 1990. Cinq ans plus tard, il est nommé directeur de celui des beaux-arts de Rennes, puis prend la tête, en 2001, des musées de Rouen. En 2011, il devient le  premier  directeur scientifique de la Réunion des Musées nationaux-Grand Palais. Une trajectoire sans fausse note pour celui qui, à ce jour, a déjà organisé une centaine d’expositions.
Comment abordez-vous vos nouvelles fonctions ?
J’avais très envie d’un lieu avec une personnalité forte, d’un lieu très symbolique. C’est la définition même de Versailles ! Malgré le poids de l’histoire et de la notoriété, il reste énormément à comprendre, à inventer, tout n’a pas encore été écrit, loin de là. Les chantiers évoluent, les choix esthétiques et stratégiques aussi. J’espère pouvoir faire bouger les choses, faire changer la vision générale de Versailles.
Quelle est la vôtre justement ?
Par inclination personnelle, j’ai tendance à voir dans Versailles, même s’il s’agit de l’œuvre d’un monarque absolu, ce rêve poétique d’harmonie avec la nature, une vision du monde qu’on met en pratique, le fonctionnement d’une société très codifiée, très autoritaire. Mais en réalité ce qui compte ici, c’est cette sorte de rêve de monde idéal, rêve de l’antique, mystère de la vie. Versailles, c’est une méditation en permanence. Ce qui se dégage, c’est ce sentiment d’être hors du temps, la sérénité, les atmosphères, les lumières, et pas du tout un lieu de pouvoir.

 

La façade ouest du château, côté jardins. © Thomas Garnier
La façade ouest du château, côté jardins.
© Thomas Garnier

Quel est votre objectif principal ?
Être toujours plus vrai dans la transmission de ce qu’est Versailles ! C’est-à-dire, pas seulement montrer le château du Roi-Soleil, le cœur de l’Ancien Régime, mais présenter l’histoire du domaine après la Révolution. Nous aurons, en 2018, une grande année Louis-Philippe. Les XIXe et XXe siècles sont passionnants également. Nous nous devons de travailler sur le lien avec notre époque, sinon Versailles devient un lieu complètement figé. Recréer la vraie dimension de palais idéal plutôt que de palais historique…
Vous êtes très attaché au dialogue entre art ancien et création contemporaine. Comment va-t-il se traduire ?
En octobre prochain  et jusqu’au 3 janvier 2018  se tiendra l’exposition «Voyage d’hiver», qui réunira une douzaine d’artistes, français et internationaux. Le parcours devrait être moins spectaculaire que les années précédentes, mais très subtil. Il s’agira d’installations, certaines sonores, dans les bosquets, que l’on pourra, pour la première fois, visiter en hiver. Il n’y a pas de raison que l’art contemporain n’entre plus dans le château, mais il y a mille façons d’avoir une présence et un regard d’artiste…
Le mécénat a une longue tradition à Versailles. Quels sont les projets dans ce domaine ?
Le hameau de la Reine sera inauguré début 2018 avec l’aide de la maison Dior. La fondation genevoise Philanthropia soutient le grand projet de restauration de la chapelle, qui va bientôt débuter. La Société des amis de Versailles est, elle aussi, très active, avec, entre autres, la restauration, en ce moment, de la Salle des gardes de la reine, ainsi que du cabinet de la méridienne d’un raffinement extrême, emblématique de la personnalité de Marie-Antoinette. Le mécénat américain se poursuit grâce à la Versailles Foundation d’une part  chambre de Louis XVI  et les American Friends  plafond de la salle des gardes de la Reine de Noël Coypel, qui rouvrira en 2018. Sans oublier le chantier du Salon de la Paix qui va commencer avec le mécénat de Renault et durera jusqu’au printemps 2019.

 

Vue des jardins vers l’ouest, avec les parterres et le grand canal. © Thomas Garnier  
Vue des jardins vers l’ouest, avec les parterres et le grand canal.
© Thomas Garnier

 

Que pensez-vous de la nomination de Françoise Nyssen, femme très engagée depuis longtemps dans l’édition, mais aussi dans la création, comme ministre de la Culture ?
C’est un choix très inattendu, une idée originale et formidable. C’est une vraie femme de culture !

Suite au scandale touchant le château dans l’affaire des faux meubles XVIIIe, une réforme de la chaîne d’acquisition dans les musées nationaux, accompagnée d’un vademecum rappelant la déontologie à respecter, a été décidée le 24 mars dernier. Est-ce une bonne décision ?

Des mesures sur les procédures d’acquisition ont été prises, mais je pense que c’est un sujet annexe par rapport à celui du scandale colossal concernant le marché de l’art. Et puis, il y a le côté extravagant du personnage central de cette affaire, reconnu comme expert et professeur d’université, et qui, aujourd’hui, continue à parader. Je trouve cela très choquant ! On nous a donné de soi-disant provenances qui se sont révélées inventées et des factures d’objets différents. Il s’agit d’une affaire criminelle avec des faussaires, de la fraude fiscale, du blanchiment d’argent, dont tout porte à croire que nous ne connaissons que la partie émergée de l’iceberg ! Mais l’enquête progresse à très grands pas et je suis confiant. Les acteurs du marché vous disent avec un air cynique et beaucoup de légèreté qu’ils connaissent le sujet par cœur, que de telles pratiques sont courantes. Le vrai problème est celui de cette complaisance, plus que celui des procédures d’acquisition que nous veillons à améliorer. Que les dossiers d’analyse soient beaucoup plus précis, que les conservateurs instruisant les dossiers d’acquisition soient particulièrement attentifs à l’historique des objets, je trouve cela très bien, même si cela ne suffira pas à nous protéger. Le paradoxe est là : on nous demande d’acheter des objets dont l’historique soit le plus complet et précis possible, sans que la transparence de la provenance soit toujours de mise. Un commissaire-priseur doit souvent respecter, à la demande de ses clients, l’anonymat d’une provenance. On ne peut l’obliger, pas plus qu’un marchand, à nous la révéler, sauf si elle est historique ! Renforcer les moyens scientifiques est une bonne chose mais ils ne sont pas la panacée et les analyses en laboratoire vont prendre plus de temps. Peut-être allons-nous acquérir moins souvent des œuvres dont on apprend seulement qu’elles passent en vente grâce à La Gazette ! Ce qui a manqué très clairement dans cette affaire, c’est peut-être la collégialité des compétences des uns et des autres et une trace de leurs avis. Même si le parcours idéal n’existe pas…

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