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L’amour à mort

Le 14 février 2019, par Sophie Reyssat

Alors que l’exposition consacrée à Madagascar par le musée du quai Branly - Jacques Chirac vient de s’achever, le peuple de la grande île revient sur le devant de la scène, grâce à cette dispersion consacrée aux arts premiers. Un cortège de statues de bois évoquera ainsi les Sakalaves  de leur nom malgache, Sakalava , dont…

L’amour à mort
Madagascar, début du XXe siècle. Accouplement amoureux érigé à l’angle des tombeaux sakalaves et vezo, bois érodé à patine de pluie, h. 80 cm.
Estimation : 6 000/7 000 

Alors que l’exposition consacrée à Madagascar par le musée du quai Branly - Jacques Chirac vient de s’achever, le peuple de la grande île revient sur le devant de la scène, grâce à cette dispersion consacrée aux arts premiers. Un cortège de statues de bois évoquera ainsi les Sakalaves  de leur nom malgache, Sakalava , dont le royaume s’est constitué au tournant du XVIIe siècle sur le rivage occidental. Les couples d’amoureux, tel celui proposé, ont fait connaître leur art. Symboles de vie par excellence, ils ornaient les tombeaux auprès de statues d’hommes et de femmes, mais aussi d’oiseaux. Véritables projections de la société malgache, les nécropoles sont des lieux révélateurs. L’ethnologue Jacques Lombard souligne ainsi que l’emplacement de résidence des défunts n’est pas choisi en raison de sa proximité avec le village, mais de l’endroit où la communauté s’est constituée. Grâce à la cartographie des sites funéraires, on observe par ailleurs que les tombes s’organisent par quartier et suivent une hiérarchie similaire à celle des villages. L’anthropologue Sophie Goedefroit Andolo précise de son côté que l’emplacement nord-est, symboliquement valorisé, est réservé au fondateur du groupe et de la lignée, nécessairement masculin. Ainsi, en progressant vers le sud-ouest, on rencontre les cadets, puis les femmes. Les tombeaux représentent donc les archives généalogiques de la communauté, qui s’exprime par ailleurs à travers l’art funéraire. D’abord abstrait, puis figuratif, mais essentiellement animalier, il a évolué vers la représentation de personnages pour aboutir à celle des couples. Avec la colonisation et les bouleversements consécutifs des hiérarchies sociales, chacun a aspiré à une sépulture prenant pour modèle les tombeaux royaux en pierre, reproduits en bois et ornés de sculptures par les artistes malgaches. Les femmes elles-mêmes ont eu de nouveaux tombeaux. Le souvenir sculpté de leurs élégantes silhouettes, l’une portant une jarre sur la tête, les autres arborant des coiffures en forme de couronnes, séduira entre 2 500 et 6 000 €. 

arts premiers
dimanche 17 février 2019 - 14:15 (CET) - Live
21, avenue de Balzac - 94210 La Varenne-Saint-Hilaire
SVV Lombrail Teucquam