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La vigne et le vin magnifiés par Jean Dupas

Publié le , par Philippe Dufour

Ce dessin inédit s’avère comme une redécouverte majeure pour la connaissance du maître bordelais : il évoque une fameuse fresque célébrant le vin, l’un de ses premiers chefs-d’œuvre.

Jean Dupas (1882-1964), La Vigne et le Vin, dessin au fusain et estompe avec mise... La vigne et le vin magnifiés par Jean Dupas
Jean Dupas (1882-1964), La Vigne et le Vin, dessin au fusain et estompe avec mise aux carreaux, marouflé sur toile, 100 x 280 cm (détail).
Estimation : 20 000/30 000 €
Adjugé : 68 750 €

D’avril à octobre 1925, l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris aligne ses pavillons entre l’esplanade des Invalides et le Grand Palais, comme autant de vitrines des grandes nations invitées et de chacune des régions de France. Parmi les plus surprenants, se détache celui des vins français, constitué de quatre tours massives édifiées par l’architecte Charles Plumet. L’une d’entre elles abrite le Pavillon de Bordeaux : à l’intérieur, les visiteurs peuvent découvrir quatre fresques imposantes, célébrant les principales ressources économiques de l’Aquitaine. Elles ont été réalisées sur toile par des peintres originaires de la capitale girondine, Camille de Buzon, François-Maurice Roganeau, Jean Despujols et Jean Dupas. À ce dernier, échoit le thème bordelais le plus emblématique : «La vigne et le vin». D’une palette sobre, peinte dans des tons de grisaille rehaussés de rouge, sa composition s’anime de figures symboliques longilignes, nues ou habillées, qu’une description de l’époque permet d’identifier. Ainsi, de gauche à droite, se succèdent : la Joie, la Force, l’Esprit, l’Appel, le Vin, les Hommes, l’Invitation, les Vendanges, une Sorcière préparant le feu pour l’alambic, la Divine liqueur, et enfin l’Alcool. Ces allégories très sophistiquées affichent les canons de la beauté féminine, selon un Jean Dupas qui a su allier la grâce du maniérisme de la Renaissance au cubisme de son temps, avec ses corps allongés aux postures à la Jean Goujon, ses visages ovales et ses cous étirés.
Un chaînon manquant
Naturellement, la composition monumentale (306 840 cm) de l’exposition de 1925 – la première commande de cette envergure pour Jean Dupas – a été précédée de dessins préparatoires aux dimensions plus restreintes. Celui qui resurgit aujourd’hui, exécuté au fusain et à l’estompe avec mise aux carreaux sur papier marouflé sur toile, s’avère comme très abouti ; il constitue sans aucun doute la dernière étape avant la toile définitive, en tous points semblable. L’histoire de sa redécouverte n’en est pas moins étonnante, puisque ce n’est que très récemment que Me Antoine Briscadieu a retrouvé la feuille, encadrée ; elle se cachait dans une remise de la villa Herrera à Biarritz, une somptueuse demeure art déco édifiée pour le Chilien Jorge Oscar Herrera, roi du guano et du cigare. Entreposé là par les derniers propriétaires de la maison, le dessin oublié, véritable manifeste du style de Dupas, va se révéler être totalement inédit, avant d’être inclus au catalogue raisonné de ses œuvres… De son côté, la fresque, présentée dans le hall du pavillon de l’Exposition, devait être achetée en 1926 – ainsi que les trois autres l’accompagnant – par la ville de Bordeaux, qui en décorera les murs de l’amphithéâtre de l’Athénée municipal. Ce cycle restera en place jusqu’en 1973, date à laquelle il entrera dans les collections du musée d’Aquitaine, dont La Vigne et le Vin s’affirme désormais comme l’un des fleurons les plus spectaculaires !

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