La tranquillité d’Amphitrite transcendée par Michel Anguier

Le 25 février 2021, par Philippe Dufour

Il émane une grande sérénité de l’attitude gracieuse de la déesse marine…Aussi, ce bronze s’inscrit parmi les «best-sellers» de Michel Anguier, apprécié tant par les connaisseurs de son temps que par ceux d’aujourd’hui, bientôt comblés par sa réapparition en salle.

Michel Anguier (1612-1686), Amphitrite tranquille, bronze à patine brun nuancé de rouge, h. 38 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

Comme ses quarante-neuf sœurs, Amphitrite, fille de Nérée et de Doris, est une Néréide. Elle règne sur les eaux salées aux côtés de son époux, Poséidon, le dieu grec de la mer et des océans. Dans l’Antiquité, elle est surtout figurée avec son parèdre, debout sur un char tiré par des chevaux marins, et précédée par son fils Triton jouant d’une conque. Même à l’époque romaine, où l’iconographie des mythes s’enrichit d’innombrables variations et inventions, il est rare qu’elle s’affiche seule sur la pierre et les mosaïques. Ce type de représentation demeure plutôt l’apanage de l’âge baroque, où les artistes des XVIIe et XVIIIe siècles s'emparent de sa figure isolée – et à peine voilée – pour orner parcs et bassins. Dans ce cas, pour la distinguer d’une autre déité nue (Vénus par exemple), on la montre souvent tenant un poisson… Pour faciliter son identification, notre souriante Amphitrite de bronze propose elle aussi quelques indices : l’eau qui s’écoule de la terrasse, le dauphin entre ses chevilles ou encore ce homard, s’agrippant à son poignet. Cette sculpture n’est pas une inconnue, et il s’agit même d’un grand classique de l’époque louis-quatorzienne, du nom d’«Amphitrite tranquille». On la doit à l’un des meilleurs artistes du temps, Michel Anguier. Après un long séjour à Rome, de 1641 à 1651, il rentre à Paris, où il travaillera pour les plus grands commanditaires, Anne d’Autriche et Nicolas Fouquet entre autres, façonnera les reliefs de la porte Saint-Denis ou encore ceux du maître-autel du Val-de-Grâce…
Les versions d’une sculpture très appréciée
En 1652, Michel Anguier se consacre à une série de statues de dieux et de déesses. D’après son biographe, Guillet de Saint-Georges (1624-1705), il façonne les «modèles de six figures, chacune de dix-huit pouces (soit 45,72 cm, ndlr), qui ont été jetées en bronze et représentent [pour l'une d'elles, ndlr, une Amphitrite tranquille […]. Ces figures sont aujourd’hui à M. Montarsis, joaillier du roi». De cet ensemble olympien, c’est la divinité marine qui sera la plus connue et la plus appréciée des collectionneurs, du vivant même d’Anguier. Elle sera bientôt reproduite dans différents matériaux et dimensions à partir de la statuette – cela contrairement à l’usage du moment qui est plutôt de réduire l’original. Ainsi, on en connaît deux grands modèles en marbre : le premier est autographe, commandé à Anguier par Fouquet, et le second, de la main de Nicolas Massé, qui le sculpta en 1680 pour Versailles – aujourd’hui au musée du Louvre. En bronze, quelques Amphitrite tranquille sont également répertoriées : les «grandes versions» pour commencer (h. 53 cm), dont un beau spécimen se trouve au Louvre, lui aussi. Quant au corpus dit des «petites versions» (h. 37 cm), il compte un illustre représentant parmi les trésors de la Grünes Gewölbe de Dresde. C’est à cette catégorie qu’appartient la figure réapparue aujourd’hui, une série des plus abouties en termes de qualité de ciselure ; et si, à l’examen, il est vraisemblable qu’elle ait été repatinée au XIXe siècle, on peut affirmer qu’il s’agit d’une très belle fonte des années 1700.

samedi 06 mars 2021 - 02:00
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