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La Toulouse médiévale au musée de Cluny

Publié le , par Sarah Hugounenq

Bénéficiant d’un prêt exceptionnel du musée des Augustins de Toulouse, le musée de Cluny , à Paris, se penche sur la période gothique de la cité occitane, injustement oubliée.

Vierge à l’Enfant dite Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, calcaire polychromé, Toulouse,... La Toulouse médiévale au musée de Cluny
Vierge à l’Enfant dite Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, calcaire polychromé, Toulouse, musée des Augustins.
© MAIRIE DE TOULOUSE, MUSÉE DES AUGUSTINS / DANIEL MARTIN

À l’orée de ce XIVe siècle, la peste noire et la guerre de Cent Ans ravagent le royaume de France. Pourtant, Toulouse, loin de Paris et dépourvue des fastes de la cour royale et princière, connaît une profusion créative étonnante. C’est cette incongruité artistique tombée dans les limbes de l’histoire de l’art que retrace le musée national du Moyen Âge (voir l'article Séverine Lepape réveille le musée de Cluny de la Gazette n° 18 du 6 mai, page 184). La Ville rose a profité par ricochet de l’installation de la papauté à Avignon à partir de 1308, imprégnant le Midi de ses prélats mécènes, tandis que le rayonnement de son université attire l’élite du royaume. Dans les thermes gallo-romains de Cluny, un florilège de sculptures, peintures, orfèvrerie et enluminures témoigne d’une floraison de tous les arts dans la ville languedocienne. Exposées pour la première fois hors de leur terre natale, les trois figures de saints grandeur nature de la chapelle de Jean Tissendier, évêque de Rieux, impressionnent par leur expressivité et la fraîcheur de leur polychromie d’origine. La tendresse de leur calcaire explique en partie la délicatesse des détails, de la boucle des sandales au jeu de cornets et tuyaux des drapés, en passant par les rouleaux virtuoses de leur barbe. Le justaucorps modelant la musculature du torse est non seulement remarquable pour son aspect sculptural, mais témoigne aussi en filigrane d’une étape importante de l’histoire de la mode : l’invention révolutionnaire du bouton. « On décèle un style toulousain très sûr et décoratif, que l’on retrouve dans les enluminures. L’association de fonds colorés parsemés de motifs géométriques blancs est caractéristique de cette région pour laquelle nous avons identifié un enlumineur, Jean de Toulouse », explique Béatrice de Chancel-Bardelot, conservatrice générale et co-commissaire de l’exposition avec Charlotte Riou, conservatrice au musée des Augustins de Toulouse. Fermée au public en raison de travaux de rénovation jusqu’en 2025, l’institution n’aura malheureusement pas le plaisir de présenter au public occitan ces découvertes. Car plus qu’un ravissement esthétique, le parcours et le catalogue qui l’accompagne mettent en exergue l’important travail de recherches et d’études qui a conduit à l’exhumation d’un passé aussi prestigieux que méconnu. Loin de se limiter à un foyer local de création, Toulouse devient au XIVe siècle un centre important et un carrefour où se mêlent les influences artistiques. D’un côté, la circulation des artisans et des œuvres imprègne Toulouse des codes esthétiques en vogue sur le reste du territoire. La tendance naturaliste de la sculpture se retrouve dans les portraits du majestueux crucifix avec l’orant du cardinal Guilhem Peire Godin, son donateur, du musée des Augustins, dans le style du Trecento. De l’autre côté, la précieuse monumentalité des figures du triptyque en ivoire de Saint-Sulpice-la-Pointe trahit la diffusion du gothique parisien sur ces terres éloignées. À l’inverse, les productions toulousaines irriguent le royaume et au-delà. Le célèbre ange-reliquaire au poinçon toulousain est ainsi passé par les inventaires d’Anne de Bretagne puis les collections royales avant de rejoindre le musée du Louvre. Le prêt exceptionnel du panneau de la Crucifixion de la cathédrale de Pampelune, de production toulousaine, atteste lui aussi d’un rayonnement au-delà des frontières languedociennes. Bien que la capitale occitane n’ait pas prévu de présenter cette exposition, le parcours de 85 œuvres sonne comme une mise en bouche avant de redécouvrir in situ les sculptures et fresques d’une cité réduite à tort à son art roman.

« Toulouse 1300-1400. L’éclat d’un gothique méridional »,
musée de Cluny, 28, rue du Sommerard, Paris 
Ve, tél. : 01 53 73 78 00.
Jusqu’au 22 janvier 2023.
www.musee-moyenage.fr
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