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La Tefaf se renouvelle en douceur

Publié le , par Alexandre Crochet

Notamment grâce à un nouveau contingent d’enseignes françaises, la vénérable foire d’art et d’antiquités de Maastricht rafraîchit sa palette. Tour d’horizon de ce cru 2018.

La Tefaf se renouvelle en douceur
Gaston Étienne Le Bourgeois, Lama, bronze monogrammé et signé 10 sur 20, fonte de Collin, modèle créé en 1919, l. 35, h. 20 cm.
Courtesy galerie Xavier Eeckhout

Qu’on se le dise, la Tefaf se tiendra encore pour un bon bout de temps à Maastricht. Alors que certains plaidaient pour un déménagement de la plus importante foire d’art et d’antiquités mondiale dans une capitale européenne, à Amsterdam ou ailleurs, ses organisateurs viennent de signer un nouveau contrat de dix ans avec la paisible cité néerlandaise, son centre des congrès (le MECC) et la province du Limbourg. À la clé : un lifting des lieux pour un total de trente millions d’euros, prévu sur plusieurs années, une montée en gamme de l’accueil hôtelier… «Nous avions une relation étroite avec Maastricht depuis trente ans. Une majorité d’exposants ont souhaité rester ici», confie Patrick Van Maris, président exécutif de la Tefaf. Ce nouvel accord envoie aussi un signal de stabilité à un marché de l’art en pleine évolution. Le lancement récent par la Tefaf de deux satellites à New York  l’un en octobre, pour l’art ancien, et l’autre en mai pour le moderne  a certes jeté un pont au-dessus de l’Atlantique et permis de se rapprocher des grosses fortunes américaines, mais ne risque-t-il pas de dissuader ces dernières de se rendre jusqu’aux lointains Pays-Bas ? «À Maastricht, il y a toujours de l’excitation ; le goût et les œuvres partent dans tous les sens, au contraire de la Tefaf New York Fall, plus aseptisée», estime le conseiller en dessins et tableaux anciens Nicolas Joly. En janvier dernier à Manhattan, lors de la vente d’Old Masters de Sotheby’s, plusieurs collectionneurs et conservateurs américains lui ont assuré avoir bien l’intention de faire à nouveau le voyage pour Maastricht…
Les Français en force
Cette année, la Tefaf se renouvelle, notamment grâce à l’arrivée de nombreux Français. Certains, tels Emmanuel Perrotin pour le contemporain, Oscar Graf en arts & crafts ou Chenel pour l’archéologie, étaient déjà présents à New York au printemps dernier. En design, le départ de L’Arc-en-Seine, qui préfère se rapprocher de sa clientèle américaine et exposer à la session new-yorkaise, est compensé par la venue de Jousse Entreprise, de Thomas Fritsch-Artrium ainsi que par celle du Bruxellois Marc Heiremans. Ils rejoignent des «anciens» tels Eric Philippe, Modernity ou François Laffanour. Ce dernier vient en particulier avec des pièces du Corbusier, de Pierre Jeanneret, de Charlotte Perriand, de l’architecte de culture mexicaine Luis Barragàn  marqué par le Bauhaus européen , de Jean Prouvé avec une importante table en métal à six tiroirs datée de 1939, ou encore de Jean Royère, dont on retient un amusant lampadaire à potence dit «fond perdu». Bernard Dulon présentera entre autres deux chefs-d’œuvre de l’art africain jamais passés aux enchères. D’abord, une exceptionnelle figure masculine d’ancêtre hemba, provenant de la République démocratique du Congo, au torse largement érodé. La sculpture a fait partie de l’exposition «Heroic Africans : Legendary Leaders, Iconic Sculptures» au MET de New York en 2011. À ses côtés, une merveille de onze centimètres : une tête en ivoire lega du bwami, elle aussi du Congo, aux yeux en coquillage. «Elle est considérée comme la plus belle de toutes», explique Bernard Dulon, et bénéficie d’un très beau pedigree : anciennement entre les mains de Charles Ratton, elle a figuré dans l’exposition «Primitivism in the 20th Century Art», organisée au MoMA à New York en 1984-1985 par William Rubin. Sur le même stand, un appui-tête en ivoire, également de provenance Charles Ratton, promet d’être l’un des clous de cette section arts premiers, à laquelle participent d’autres marchands de premier plan, dont Didier Claes ou Bernard de Grunne. Un peu plus loin, le stand de Xavier Eeckhout promet lui aussi d’être remarquable. Le marchand parisien exposera un saisissant lama en bronze créé en 1919 par Gaston Étienne Le Bourgeois, ami de Rembrandt Bugatti. Deux insignes volatiles en bronze d’une grande finesse escorteront ce sympathique mammifère des Andes : une grue aux yeux en lapis-lazuli et un pélican jamais vu sur le marché, signés Armand Petersen et fondus à seulement cinq exemplaires. Côté peinture d’après-guerre, Franck Prazan a choisi entre autres de proposer un focus sur Jean Fautrier, en clin d’œil à l’exposition en cours du musée d’Art moderne de la Ville de Paris, à laquelle sa galerie prête six tableaux. Les quatre toiles couvrent le parcours du pionnier de l’art informel, allant de la période noire de 1926 à 1961, avec un rare très grand format. Une peinture «silencieuse» exécutée en 1957 par Martin Barré, l’un des chouchous du marchand, figurera elle aussi en bonne place sur le stand.
Panorama de l’histoire de l’art
Comme à l’accoutumée, les quelque 280 marchands de la Tefaf balaieront toute l’histoire de l’art, depuis l’Antiquité jusqu’à ces dernières années. Avec souvent des œuvres fraîches sur le marché. En archéologie, Axel Vervoordt proposera une tête de Vénus en marbre du Ier siècle après J.-C., perdue de vue depuis les années 1960. Autre rareté : le Saint Aubin et saint Bernard de 1496, tempera de Filippino Lippi accrochée à la galerie Kollenburg. Ce panneau avait été peint pour le couvent de San Donato agli Scopeti, à Florence, pour remplacer celui  inachevé  de Léonard de Vinci ; il a ensuite appartenu aux Médicis. Dans le même registre, la galerie Lapiccirella dévoilera un tableau méconnu du sculpteur Antonio Canova, qui avait voulu jouer un tour à ses contemporains en exécutant un faux autoportrait de Giorgione. Et tous les goûts devraient être satisfaits, d’Egon Schiele, chez Richard Nagy, à Victor Vasarely à la Mayor Gallery. Enfin, les visiteurs pourront s’arrêter devant les œuvres du XVIIe siècle hollandais prêtées après restauration par l’Amsterdam Museum. Cette fois, seulement pour les yeux ! 

À savoir
Tefaf Maastricht
MECC, Maastricht, Pays-Bas
Du samedi 10 au dimanche 18 mars 2018.
www.tefaf.com 
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