La tapisserie de Bayeux

Le 12 novembre 2020, par Carole Blumenfeld
Xavier Barral i Altet et David Bates, La Tapisserie de Bayeux, éd. Citadelles & Mazenod, 256 pages, 690 €.

Lauréat du prix du SNA 2020, ce livre est une prouesse éditoriale appelée à devenir une publication de référence. À l’intérieur du beau coffret, un leporello se déploie sur 32,10 mètres, soit 46 % du format de la broderie de 70 mètres de long, qui n’avait jusqu’à présent jamais été reproduite de la sorte : la qualité des images est tout simplement remarquable. Le coffret renferme aussi un ouvrage où l’historien de l’art français Xavier Barral i Altet et l’historien anglais David Bates, spécialiste des histoires sociales et culturelles de la France et de la Grande-Bretagne aux Xe, XIe et XIIe siècles, entrecroisent leurs recherches sur ce monument du patrimoine mondial qui divise encore les deux écoles, même si les avancées récentes de la recherche et les échanges érudits entre spécialistes se multiplient. Pour Xavier Barral i Altet, la broderie pourrait être née du vœu d’Adèle de Blois, fille de Guillaume le Conquérant et mère du roi Étienne d’Angleterre, pour honorer son père « dans le cadre d’un mouvement de réappropriation de la mémoire et des gestes du Conquérant », probablement autour de 1120-1122, avant qu’Adèle ne se retire au prieuré de la Sainte-Trinité de Marcigny-lès-Nonnains. Si l’historien de l’art français insiste pour bien distinguer le contexte culturel de conception de celui de la création, les arguments souvent mis en avant depuis les années 1950 – et repris par son collègue –, qui pencheraient en faveur d’une confection à Cantorbéry, ne tiennent pas. Or, pour David Bates, la broderie – qu’il considère plus ancienne et dont le projet aurait été orchestré par l’évêque Odon, demi-frère de Guillaume – ne doit pas être vue comme une réalisation « anglaise » ou « normande » mais, au contraire, comme le fruit de réseaux tissés de part et d’autre de la Manche et d’influences étendues à toute l’Europe. Mais c’est bien à Cantorbéry où se firent jour justement les premiers efforts concertés pour élaborer le nouveau récit historique rendu nécessaire par l’issue de la bataille d’Hastings, que tout aurait été pensé. La richesse de ces débats savants est à la mesure de cette œuvre qui fascine toujours autant les spécialistes et le grand public. Un ouvrage néamoins réservé –  autant par son prix que par son niveau d’érudition –  à un public forcément restreint.
 

Objets sacrés Publié à l’occasion d’une exposition au musée Fenaille de Rodez, cet ouvrage est la synthèse des recherches sur le sujet, de
Objets sacrés
Publié à l’occasion d’une exposition au musée Fenaille de Rodez, cet ouvrage est la synthèse des recherches sur le sujet, depuis la redécouverte de cet art jusqu’aux dernières analyses scientifiques. Le catalogue de 91 chefs-d’œuvre est introduit par une dizaine d’essais sur l’histoire, la symbolique, la restauration, la technique ou les orfèvres eux-mêmes. Sous la direction de Laurent Fau et Aurélien Pierre, Objets sacrés. L’orfèvrerie en Rouergue, XIII
e-XVIe siècles, éd. du musée Fenaille, 304 pages, 35 €.
Peindre l’architecture Réservé aux spécialistes et professionnels, la publication des cinq conférences données par l’historienne de l’art
Peindre l’architecture
Réservé aux spécialistes et professionnels, la publication des cinq conférences données par l’historienne de l’art et de l’architecture au musée du Louvre au début de l’automne vient combler un vide. Consacrés à un domaine peu exploré, ces cinq chapitres dressent un large et savant panorama sur un sujet passionnant. Sabine Frommel, Peindre l’architecture durant la Renaissance italienne, éd. Hazan, 272 pages, 62 illustr., 25 €.


 

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Tout Duchamp-Villon
Il manquait à l’œuvre de Raymond Duchamp-Villon (1876-1918) un catalogue raisonné complet : c’est chose faite, grâce à la volonté des ayants droit de cette célèbre famille d’artistes. Une biographie et deux essais précèdent l’inventaire des 138 sculptures connues (dont 395 exemplaires ont été tirés) et de l’œuvre graphique, suivis des traditionnelles annexes. Un outil précieux pour les amateurs comme pour les professionnels mais aussi un très bel ouvrage, pour la qualité de son iconographie et de son impression. Collectif, Raymond Duchamp-Villon, 560 pages, 280 illustr.,bilingue français-anglais, 199 €.
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