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La statue équestre de Louis XIV par Coysevox

Publié le , par Armelle Fémelat

La ville de Rennes vient d’acquérir le modèle réduit de la statue équestre de Louis XIV par Antoine Coysevox. Une acquisition exceptionnelle, rendue possible par son classement en tant qu’objet d’intérêt patrimonial majeur.

© MC Thibaut CHAPOTOT La statue équestre de Louis XIV par Coysevox
© MC Thibaut CHAPOTOT

Qui a eu la chance de déambuler dans la cour Puget du Louvre depuis le 11 mai a pu y découvrir une réduction de la statue équestre de Louis XIV par Antoine Coysevox (1640-1720). Elle y est exposée jusqu’au 5 septembre, « mise en regard de la réduction par François Girardon du monument disparu de la place Vendôme, permettant un dialogue inédit entre deux très grands sculpteurs du règne de Louis XIV par œuvre équestre interposée », se réjouit Valérie Carpentier, conservatrice en charge des sculptures européennes du XVIIe siècle au musée du Louvre. Disposée sur un piédestal rectangulaire en conglomérat de marbre vert de 120 cm de hauteur, la statuette de 94 cm rejoindra ensuite le musée des beaux-arts de Rennes, où elle sera dévoilée lors des Journées du patrimoine, les 17 et 18 septembre. Conservateur chargé des collections anciennes du musée breton, Guillaume Kazerouni admire « la très grande qualité de la fonte en bronze, confirmée par les analyses réalisées au C2RMF et dont les quelques défauts ont permis une datation à la fin du XVIIe siècle ». Il loue par ailleurs « la très grande qualité de la ciselure. Le style est enlevé, grâce notamment aux envolées de la perruque et du manteau, un peu baroques. Celle-ci est plus vibrante que les autres statues équestres du Roi-Soleil, celle de Girardon à Paris par exemple. Ce qui a d’ailleurs du sens au regard des liens entre la Bretagne et la royauté… C’est un roi un peu tonique, qui bouge, qu’on a visiblement voulu montrer là » !  À Rennes, l’effigie royale trônera dans la salle de l’immense Descente de Croix de Charles Le Brun. L’arrivée programmée de la sculpture a été l’occasion de repenser la muséographie du parcours. La Bretagne offrant à Louis XIV le projet de sa statue équestre et Triomphe de la France sur les mers, les deux bas-reliefs en bronze fondus par Coysevox en 1693 pour le piédestal du monument breton, viendront encadrer la statuette. « Ce qui permettra d’associer le Premier peintre, le Premier sculpteur et le roi lui-même ! » s’enthousiasme Guillaume Kazerouni. À leurs côtés sera aussi présenté « le buste de Monsieur du Vaucel par Coysevox, en réserve jusqu’à présent, et dont le Louvre possède le pendant féminin ».


La renommée de Coysevox
Né à Lyon en 1640, Antoine Coysevox compte, avec ses neveux Nicolas et Guillaume Coustou et bien sûr François Girardon, parmi les sculpteurs français les plus importants de sa génération. Il est actif à Versailles dès 1671, où il réalise des copies d’après l’antique pour les jardins. Reçu à l’Académie de peinture et de sculpture en 1676, il est le premier sculpteur à en être nommé directeur au début du XVIIIe siècle. Ce portraitiste de renom en réalise deux à l’effigie du Roi-Soleil : la statue pédestre pour l’hôtel de ville de Paris (musée Carnavalet) et celle équestre que lui commandent les États de Bretagne en 1686, et qu’il réalisera entre 1688 et 1689. C’est son œuvre la plus monumentale avec les impétueux chevaux de marbre, terminés en 1702 pour l’abreuvoir du château de Marly (Mercure et La Renommée montée sur Pégase, musée du Louvre). Conservée dans une collection aristocratique britannique de longue date – une source atteste sa présence à la fin du XIXe siècle –, la réduction équestre est arrivée sur le marché il y a plus de trois ans. Guillaume Kazerouni se rappelle avoir reçu un courrier de la maison de ventes Christie’s lui présentant cette œuvre, qu’elle avait identifiée comme étant une réduction de la statue équestre bretonne. « On ne pouvait pas ne pas faire d’offre ! » Restait à trouver la forme et la manière… La seule solution pour acquérir une telle pépite est de la faire reconnaître œuvre d’intérêt patrimonial majeur. La loi sur le mécénat du 4 janvier 2002 a en effet étendu le dispositif fiscal jusque-là réservé aux trésors nationaux à tout bien culturel dont l’acquisition présente un « intérêt majeur pour le patrimoine national au point de vue de l’histoire, de l’art ou de l’archéologie ». Et ouvre le droit, pour l’entreprise mécène ayant doté une collection publique, à une réduction d’impôt égale à 90 % du montant du versement effectué.
 

 


Une œuvre majeure
Débutent alors une folle aventure et une course contre la montre. Grâce à l’aide de nombreux scientifiques, Guillaume Kazerouni parvient à constituer un épais dossier en un temps record. En particulier, il rassemble une série de documents, dont la gravure de Jean-François Huguet figurant l’inauguration du monument sur la nouvelle place du Palais le 6 juillet 1726 (conservée au musée des beaux-arts de Rennes), qui permettent d’attribuer la statuette à Coysevox lui-même. « Pour cocher les cases d’un objet patrimonial d’intérêt majeur, résume l’historien de l’art, il fallait démontrer un intérêt historique et un intérêt artistique, non seulement régional mais également national, et que l’artiste soit important. La dimension historique s’est avérée particulièrement convaincante puisqu’il s’agit de la seule effigie royale conçue au XVIIe siècle installée en Bretagne. C’est en outre un chef-d’œuvre de Coysevox et l’une des plus grandes fontes monumentales de cette époque, avec celle de la statue équestre contemporaine de Girardon. Le fait que les éléments du socle soient conservés au musée de Rennes depuis sa création – en 1801 – a également constitué un argument de choc. » La commission consultative des trésors nationaux rend un avis favorable en octobre 2019. Reste alors à trouver la ou les entreprises acceptant de financer l’objet d’art estimé 2,37 M€… Mission délicate que le musée réussit à mener à bien. Un mécène unique se porte acquéreur : Bruno Caron, président et fondateur du groupe agroalimentaire Norac. « L’œuvre nous a semblé symboliquement importante pour Rennes », explique ce mécène discret, actif dans le monde de l’art contemporain. Et d’insister sur l’importance historique du monument disparu, installé sur la place du Parlement de Bretagne, reconstruite après l’incendie de 1720. Une histoire politique complexe, fruit des relations tendues entre le pouvoir royal et la Bretagne. En faisant commander un tel monument par l’entremise de Jules Hardouin-Mansart, le roi marquait – comme dans une dizaine d’autres grandes cités, toutes rattachées au royaume tardivement, ce qui n’est évidemment pas un hasard – sa volonté d’imposer une image forte de l’État centralisé, à son effigie ! Initialement prévu pour être installé à Nantes, le monument commandé par les États de Bretagne en 1686 sera finalement inauguré à Rennes en 1726, près de quarante ans après avoir été achevé. Démontée en 1793, la statue colossale en bronze a été fondue pour fabriquer des canons. Sa réduction est un objet rare, la seule statue équestre de Louis XIV par Coysevox conservée. Outre son indéniable qualité artistique, elle arbore des dimensions exceptionnelles pour une réduction. « De telles réductions coûtaient une véritable fortune, précise Guillaume Kazerouni. Elles étaient généralement produites tout de suite après l’œuvre monumentale, à la demande du roi lui-même ou de commanditaires très fortunés. Depuis longtemps, on pense que celle du monument de Rennes a pu être commandée par le duc de Chaulnes, gouverneur de la Bretagne sous Louis XIV, mais aucun inventaire ni aucune source ne l’attestent. Cela fait de belles possibilités de recherche ! »

à lire
Valérie Carpentier-Vanhaverbeke et Alexandre Maral, Antoine Coysevox : le sculpteur du Grand Siècle, musée de Versailles-Arthéna, 2020, 575 pages, 139 €.
Guillaume Kazerouni, Antoine Coysevox, le monument équestre de Louis XIV à Rennes, musée des beaux-arts de Rennes, coll. « Cahier des collections », 2022.


à voir
Au musée du Louvre, Paris Ier, tél. : 01 40 20 50 50.
www.louvre.fr

Jusqu’au 5 septembre, puis au musée des beaux-arts de Rennes,
20, quai Émile-Zola, Rennes (35), tél. : 02 23 62 17 45.
À partir du 17 septembre.
mba.rennes.fr
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