La preuve par Troyes

Le 19 avril 2019, par Claire Papon

Le 15 mars dernier, le musée troyen des beaux-arts et d’archéologie rouvrait ses galeries de peinture rénovées. Une première étape dans le vaste projet de modernisation des institutions culturelles engagé par la cité auboise.

Élisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842), Portrait de Joséphine de Baussancourt, huile sur bois.
© Troyes, musée des beaux-arts et d’archéologie Photo C. Bell, Ville de Troyes

L’Autoportrait avec saint Luc peignant la Vierge est le testament artistique de Pierre Mignard (1612-1695) natif de Troyes par le double hommage qu’il rend d’une part à Raphaël, auquel il emprunte le motif de la Vierge à l’Enfant (d’après la Vierge à la rose conservée au musée du Prado) , d’autre part à la communauté des peintres placée sous le patronage de saint Luc dont l’artiste se réclamait face à Le Brun, de l’Académie royale. Il est aussi l’un des fleurons des collections du musée des beaux-arts et d’archéologie. C’est donc tout naturellement qu’il a repris sa place sur les cimaises. Sur les 1 500 pièces que possède l’établissement, dont un millier de peintures, trois cents sont aujourd’hui présentées. Des tableaux et des dessins pour l’essentiel, mais aussi des sculptures, des émaux, des miniatures, des objets de curiosité, de la Renaissance au XIXe siècle. Soixante-dix tableaux ont été bichonnés, et autant de cadres restaurés pendant les deux années de fermeture.
Une trentaine d’œuvres sont ainsi montrées pour la première fois ou à nouveau exposées. «Le fait de pouvoir les présenter convenablement d’un point de vue matériel, alors même que des restaurations avaient été réalisées depuis de nombreuses 
années sans que leur installation n’ait pu évoluer, permet de rattraper cela et d’afficher la volonté de la ville de rénover, au-delà de cette seule galerie, l’ensemble de l’établissement», explique Éric Blanchegorge, conservateur en chef et directeur des musées de Troyes. La municipalité s’est en effet lancée dans un vaste projet de rénovation de ces derniers pour un coût de 17 M€. Fermé depuis l’an dernier, le musée d’art moderne rouvrira ses portes en 2020, tout comme l’ancienne apothicairerie : ce lieu évocateur de l’ancien hôtel-Dieu accueillera la Cité du vitrail. Quant aux collections du Muséum d’histoire naturelle, jusqu’alors présentées dans l’ancienne abbaye Saint-Loup, elles partageront les murs d’une ancienne usine textile à proximité du centre-ville le Vouldy avec le musée de la Bonneterie. La ville, qui a mutualisé la gestion de ses établissements muséaux en 2013, s’apprête à investir également dans un vaste projet de réserves pour ses collections, et à engager un chantier de grande ampleur nouvelle entrée, accueil modernisé, nouveau parcours chronologique développé sur 1 650 mètres carrés, espace d’expositions temporaires pour son musée des beaux-arts et d’archéologie, qui devrait s’achever en 2023. Pour l’heure, ce sont 680 000 € qui ont été dépensés pour rénover les deux grandes salles de l’ancienne abbaye, abritant les galeries de peinture ancienne et XIXe. Rien de révolutionnaire donc, même si cela a permis de reconquérir des espaces, de moderniser l’éclairage, de faire dialoguer œuvres immenses et petits formats, de guider le visiteur dans un parcours lui permettant de disposer désormais de plusieurs niveaux de lecture, grâce à des cartels explicatifs, des fiches de salles et un catalogue retraçant six siècles de peinture. Initiée à la Révolution par des saisies dans des châteaux aubois, ceux de la Chapelle-Godefroy et de Pont-sur-Seine, la collection s’est enrichie de legs et de dons dont ceux d’un couple de mécènes natif de Troyes mais établi à Paris, les Audiffred et bien sûr, d’achats. Giotto et Jean Malouel ouvrent ce nouveau parcours par le biais d’un Calvaire avec saint François d’Assise et d’un Christ de pitié, montrant les deux courants de peinture italien et nordique venant nourrir l’art français des XVIIe et XVIIIe siècles, cœur de la collection du musée. À leurs côtés, une huile sur bois maniériste de Bartholomeus Spranger (1546-1611), Vénus et l’Amour, fait figure de chef-d’œuvre : seul le Louvre conserve en France une autre peinture de cet artiste entré au service du prince Rodolphe II à Prague. Clin d’œil à celle de Léonard de Vinci, une Joconde de la main d’un artiste contemporain du maître italien voisine avec une étonnante figure de Cléopâtre, sur ardoise, de Leonardo da Pistoia (1502-1548). Rien à voir en revanche avec les paysages néerlandais du XVIIe ou les œuvres monumentales de l’époque de la Contre-Réforme. La Réception d’Henri II d’Orléans, duc de Longueville, dans l’ordre du Saint-Esprit, par le roi Louis XIII, en 1633, de Philippe de Champaigne réplique du tableau du musée des Augustins de Toulouse , saisit par sa taille et par l’alignement de ses grands personnages, et la toile de Jacob Jordaens dépeignant Le Mariage mystique de Marie de Bourgogne avec Maximilien d’Autriche, celle-ci d’après les esquisses de Rubens, rappelle l’entrée solennelle à Anvers du nouveau gouverneur des Pays-Bas espagnols en 1635. De Rubens justement, un Homme au luth impose sa forte présence, tandis qu’une toile à la palette claire de Lubin Baugin, L’Enfance de Jupiter, étonne par son thème et ses dimensions. Autre surprise, les deux huiles sur cuivre de Jean Antoine Watteau, L’Enchanteur et L’Aventurière, offrant un bel exemple de dialogue muet entre deux scènes. Enfin, si le musée possède et donne à voir la plus importante collection française d’œuvres de Charles Joseph Natoire, il recèle aussi un fonds de peinture anglaise, emmené par deux portraits de Thomas Hudson et l’un de Joséphine de Baussancourt par Élisabeth Vigée Le Brun, légué par le modèle. Quant aux artistes du XIXe, à l’exception de quelques toiles de Camille Corot, Gustave Doré, Eugène Le Poittevin ou Eugène Isabey, ils n’ont pas encore retrouvé la place qui leur est due.

 

À voir
Musée des beaux-arts et d’archéologie, rue de la Cité, Troyes, tél. : 03 25 42 20 09,
www.musees-troyes.com
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