La police des Lumières aux Archives nationales

Le 27 octobre 2020, par Marie-Laure Castelnau
Procession avec l’échevinage et le maire, 1729, tiré de Description des réjouissances qui se sont faites
en la ville de Lille, le 29 septembre et jours suivants pour la naissance de Monsieur le Dauphin
.
© Bibliothèque municipale de Lille

Mais que fait la police ? Cette exposition en propose un panorama complet dans la France du XVIIIe siècle, à cette époque charnière où la mission se professionnalise et devient un vrai métier. Outre le maintien de l’ordre et la sûreté de l’État, son rôle était de veiller à la propreté des rues, surveiller l’opinion et la santé publique, contrôler le monde du travail. Partout en France, des gardes sont recrutés parmi d’anciens soldats. Seul Paris possède une organisation particulière, avec un magistrat nommé par le Conseil royal. Des centaines de rapports de police, dépositions, lettres, plaintes, la plupart en provenance des Archives nationales, ont été réunis ici pour illustrer la nouvelle organisation de ces hommes chargés «du bon ordre». Parmi ces documents, on remarque un amusant procès-verbal dans lequel Jean-Jacques Rousseau se plaint d’avoir été volé de vingt-deux chemises ou une fiche d’inspecteur, chargé de la surveillance des opinions, décrivant Diderot comme «un garçon plein d’esprit mais dangereux» ou Voltaire, «grand, sec, et l’air d’un satyre, […] un aigle pour l’esprit et un fort mauvais sujet pour les sentiments». Les accompagnent aussi bien l’acte de protestation du marquis de Sade contre son transfert à la prison de Charenton que ce rapport lapidaire sur les allées et venues dans une maison close : «Meusnier a baisé pour un louis la nièce de la Perini»… Pour animer ces documents d’archives, l’équipe scénographique a imaginé une rue centrale avec des façades d’immeubles placardées d’affiches et une fresque sonore restituant les bruits de la rue : chiens, carrioles, bousculades ou sifflet de policier. L’exposition s’achève avec la Révolution, durant laquelle l’arbitraire et le despotisme des forces de l’ordre leur étaient reprochés. «Ce gouvernement, je le caractérise d’un mot : la police partout, la justice nulle part», conclut Victor Hugo en 1851. On perçoit quelque résonance avec notre temps…

Archives nationales,
60, rue des Francs-Bourgeois, Paris 
IIIe, tél. : 01 75 47 20 06.
Jusqu’au 18 janvier 2021.
www.archives-nationales.culture.gouv.fr
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne