Un appareil photo inspiré par le revolver de Samuel Colt

Le 17 septembre 2020, par Claire Papon

Conservé depuis plus d’un siècle dans la même famille, cet étonnant appareil photo est une invention américaine inspirée du revolver de Samuel Colt. Parfaitement inoffensive, toutefois…

Appareil photo-revolver, n° 17, fabriqué vers 1862 par A. Briois Paris et breveté par Warren Thompson, laiton, manche en bois, 13 8,5 16 cm.
Estimation : 25 000/30 000 

Contrairement aux apparences, aucune inquiétude à avoir… L’inventeur de cet objet est un certain Thompson – Warren de son prénom. Originaire de Philadelphie, installé à Paris en 1845, il dépose plusieurs brevets dans les domaines de la colorisation des daguerréotypes par galvanoplastie et de la télégraphie. De retour aux États-Unis en 1860, il mandate un certain Le Blanc pour déposer celui de notre «revolver photographique, destiné à obtenir des épreuves dites instantanées». C’est chose faite le 20 janvier 1862. «On tient à la main cet appareil par la crosse et, comme un pistolet ordinaire, pour mettre la plaque sensible dans la boîte, il suffit de tirer le verrou et de rabattre la plaque, de placer la plaque sensible et de refermer la boîte qui sera complètement privée de lumière… » À l’heure où les appareils sont encore lourds et peu maniables, un tel modèle «offre de grands avantages dans une foule de circonstances», explique Thompson.
Il est, d’après lui, «transportable, facile à régler pour la mise au point et pouvant fonctionner dans n’importe quel sens, sans qu’il soit nécessaire d’établir un pied ou support destiné.» Pas de balles bien sûr, contrairement à l’arme de Samuel Colt dont il s’inspire, mais un cylindre en laiton pour boîtier équipé d’une plaque de verre circulaire permettant de faire «quatre petits portraits médaillons positifs instantanés» –selon la terminologie du bulletin de la Société française de photographie de 1862 
–, mesurant 23 mm de diamètre et sans recharger l’appareil. «Ainsi disposé, ce petit appareil obturateur fonctionne avec facilité et sécurité», ajoute le bulletin.
Drôle de dégaine
En dépit d’une construction a priori simple et peu onéreuse, et d’images d’une grande finesse, seule une petite centaine d’exemplaires seront fabriqués par le chimiste parisien Charles Alfred Briois. Un échec commercial que l’on peut attribuer au prix, malgré tout élevé pour l’époque et probablement aussi à son apparence. Difficile d’être détendu et souriant quand on braque sur vous ce qui ressemble à un revolver, le public étant alors plus habitué aux volumineuses chambres photographiques qu’aux modèles de poche. L’Anglais Thomas Skaife (1806-1876) en fait les frais qui, en 1856, alors qu’il pointe son Pistolgraph sur la reine Victoria pour l’immortaliser, est arrêté par la police londonienne… Notre appareil est en tout cas l’un des plus anciens, originaux et ingénieux de ce type. Exceptions faites de ceux visibles au National Science and Media Museum de Bradford, en Angleterre, et à la George Eastman House de Rochester, aux États-Unis, notre numéro 17 est l’un des très rares exemplaires conservés. Il a été acheté dans les années 1910-1920 par le grand-père (ou l’arrière-grand-père) des propriétaires : un médecin parisien ayant travaillé avec Marie Curie, passionné de photographie et de «nouvelles technologies», ami et mécène de Kiki de Montparnasse, André Salmon, Max Jacob, Ossip Zadkine… C’est en octobre 2005 qu’a été vendu aux enchères pour la dernière fois, chez Breker, à Cologne, pour 63 640 €, un tel objet. Le nôtre pourrait donc déclencher une belle bataille d’enchères, entre institutions – musées d’Orsay ou des Arts et Métiers – et collectionneurs français, allemands, autrichiens, russes, australiens, chinois, japonais ou coréens.

samedi 03 octobre 2020 - 14:00 - Live
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Lasseron & Associés
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