La peinture américaine de la collection Terra à Giverny

Le 22 septembre 2020, par Christophe Averty

Avec son exposition «L’Atelier de la nature», le musée explore l’empreinte de l’impressionnisme sur la peinture américaine des années 1860 à 1910.

John Leslie Breck (1859-1899), Études d’un jour d’automne, nº 2, 1891, huile sur toile, 32,7 41,1 cm (détail),
Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra.

© Terra Foundation for American Art, Chicago

Comme aimantés par un regard neuf, attirés par la touche libérée de Claude Monet, nombre de peintres américains se sont lancés dans l’expérience impressionniste. Une trentaine d’entre eux, présentés à Giverny, vont délaisser une imitation minutieuse de la nature pour en saisir la quintessence et l’émotion. De cet élan conjuguant évolutions et ruptures, l’exposition révèle le basculement progressif d’une vision romantique et réaliste du paysage vers son expression subjective.
En inaugurant son parcours par de vastes panoramas, comme un
Crépuscule sur le mont Hunter, par Sanford Robinson Gifford, ou un Iceberg luminescent et rougeoyant sous le soleil, de Frederic Edwin Church, elle atteste également du regard émerveillé autant que conquérant qui anime des peintres déterminés à bâtir et affirmer une identité américaine. Une même intention semble sous-tendre les clichés des chutes du Niagara et du parc de Yellowstone signés Timothy O’Sullivan et George Barker, qui disent, au-delà de l’attrait des sites, les liens qui unissent l’homme à une terre grandiose mais fragile, et instillent, dans leur approche, l’éveil d’une conscience de la nature. Dans cette quête d’harmonie et d’unité, la colonie d’artistes qui se forme à Giverny, deux ans après l’installation de Monet, ne cherche plus à embrasser un paysage dans sa symbolique et sa topographie, mais à en traquer les effets de lumière, les reflets mouvants et les transparences sensuelles. L’évolution du regard et l’influence de leur aîné sont omniprésentes dans les toiles de Theodore Robinson et de John Leslie Breck. Le premier, qui sera l’une des principales figures du mouvement aux États-Unis, puise dans leur amitié et ses campagnes sur le motif à ses côtés, la diversité et la souplesse de sa touche, dont les arbres en fleurs à Giverny conjuguent les prouesses. Quant au second, sa variation chromatique sur les meules – saisissant les variations du jour – célèbre la vivacité aérienne du maître français. Menant pourtant le cortège de ceux que Monet a inspirés, James Abbott McNeill Whistler demeure à part. Synthétisant les apports de l’impressionnisme et du japonisme, celui-ci invente une esthétique nouvelle et délicate dans des œuvres graphiques réalisées à Venise, traduisant la pierre et l’humeur de la ville dans la beauté de sa grandeur déchue. Et s’il tient ici une place de choix –peu représentative de la réalité –, ses œuvres, toiles et gravures renvoient à l’éclosion d’une modernité qui ouvre le propos de l’exposition. Dès lors s’exercent les influences directes et celles qui le sont moins, subies par ceux qui n’ont pas quitté l’Amérique. L’Oliveraie de William Merritt Chase ou la Nuit d’été de Winslow Homer, aux accents symbolistes, témoignent d’une transmission et d’une appropriation sensible et pensée de l’esprit impressionniste. Ainsi ce parcours – constitué majoritairement d’œuvres de la Terra Foundation for American Art – offre-t-il dans son déroulement une constante navigation entre les deux pays, déclinant de leurs cultures une vision commune de la nature : un propos servi par une composition en gigogne permettant d’apprécier dans chacune de ses sections, de pistes en découvertes, autant de variations lumineuses du mouvement.

«L’atelier de la nature, 1860-1910. Invitation à la Collection Terra»,
musée des impressionnismes Giverny, 99, rue Claude-Monet, Giverny (27), tél. 
: 02 32 51 94 65.
Jusqu’au 3 janvier 2021.
www.mdig.fr
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