La passion Van Gogh : entrez dans la toile !

Le 13 octobre 2017, par Camille Larbey

Dans ce film retraçant les derniers mois du peintre, les techniques d’animation inédites permettent aux toiles du maître de prendre vie.

Sur l’écran, les ciels tourmentés du peintre s’animent et transportent le spectateur au cœur des toiles. © La Belle Company

Filmer la peinture, serait-ce impossible ? Dans son article fondateur «Peinture et cinéma», André Bazin expliquait qu’en filmant des tableaux, le cinéaste «détruit l’unité et opère une synthèse nouvelle qui n’est pas celle voulue par le peintre». En résumé, le 7e  art «trahit» la peinture, d’après l’expression du célèbre critique. Dont acte. Heureusement, le cinéma nous propose régulièrement de nouveaux théorèmes pour résoudre cette équation a priori insoluble. Celui de La Passion Van Gogh ne manque pas de charme. Car, pour une fois, les toiles à l’image ne sont pas uniquement décoratives. Au contraire, elles expriment l’histoire.
Tableaux animés
Au lieu de se demander «Que raconter sur Vincent Van Gogh qui n’a pas été déjà dit par Minnelli, Altman, Kurosawa ou Piala ?», la question à se poser serait plutôt la suivante : «Comment le raconter ?». Pour cela, les réalisateurs Dorota Kobiela et Hugh Welchman ont inventé un format inédit : la «peinture animée». Les scènes sont d’abord tournées avec des acteurs de chair et d’os filmés sur fond vert. Puis, chacun des 62 450 plans que comporte ce long-métrage est entièrement repeint à l’huile dans l’univers visuel de Van Gogh. Les comédiens deviennent également des personnages picturaux, bien que leurs traits et leurs mimiques soient reconnaissables. La Passion Van Gogh est ainsi le mélange du jeu des acteurs et des compositions des 90 peintres-animateurs mobilisés sur ce projet.
Sept ans de travail
94 toiles de Van Gogh choisies par les réalisateurs apparaissent quasiment à l’identique. À cela, s’ajoutent 31 autres partiellement reproduites. Les défis techniques ont été nombreux. Dans un premier temps, les peintres-animateurs ont truqué les gabarits originaux des tableaux afin de les faire tous entrer dans le format du film ; un format 4/3 dont le rétrécissement de l’image appuie la claustration mentale du peintre. Souvent, un personnage se retrouve dans un tableau réalisé à une autre époque. Les équipes ont dû lisser le style pictural de Van Gogh afin de fluidifier le déroulé de l’action. Pour une seconde à l’écran, 12 cadres, soit 12 peintures, ont été nécessaires. Si la réalisation a exigé sept années de labeur, le résultat est à la hauteur du travail, même s’il surprend, voire déstabilise. Puis, on se laisse entraîner dans les toiles du maître néerlandais, les mouvements de caméra accentuant l’immersion. Traits de pinceau, couleurs et textures deviennent presque palpables. La Passion Van Gogh a fait sensation au dernier Festival du film d’animation d’Annecy, d’où il est reparti avec le prix du Public.

 

«On ne peut s’exprimer que par nos tableaux» : la réalisatrice Dorota Kobiela a fait sienne la citation de Van Gogh. © La Belle Company
«On ne peut s’exprimer que par nos tableaux» : la réalisatrice Dorota Kobiela a fait sienne la citation de Van Gogh.
© La Belle Company

Citizen Vincent
Quant à l’histoire, les réalisateurs ont eu la bonne idée d’aborder Van Gogh à travers un personnage éloigné : Armand Roulin, fils du facteur Joseph Roulin, qui fut l’ami du peintre. Nous sommes à l’été 1881, Van Gogh vient de se suicider. Armand est chargé par son père de remettre en main propre une lettre destinée à son frère Théo. Le jeune homme rechigne avant d’accepter la mission. Découvrant que Théo n’a pas survécu à la mort de son frère, il se rend à Auvers-sur-Oise, où le peintre a passé ses derniers mois. Sa rencontre avec ceux qui l’ont connu est l’occasion de flash-back éclairant la personnalité de l’artiste. La Passion Van Gogh fonctionne alors comme un film-enquête à la Citizen Kane.
La Van Gogh Mania
Le Zouave, Portrait de Paul-Eugène Milliet, Mademoiselle Gachet au piano, Jeune homme avec bleuet : les spectateurs s’amuseront à relever les toiles visibles à l’écran. Que les moins «Van Goghophiles» se rassurent, le générique final donne quelques exemples des tableaux cités. Si le film vous donne envie de vous immerger davantage dans l’univers de Van Gogh, sachez qu’il est désormais possible de dormir dans l’un de ses tableaux : l’hôtel Riche Boxmeer, aux Pays-Bas, a eu l’idée de reproduire à l’identique et dans ses moindres détails La Chambre de Van Gogh à Arles pour y passer la nuit. Et, depuis quelques mois, le visiteur de la National Gallery à Londres peut admirer les cinq toiles de la série «Tournesol» réunies pour la première fois au monde… grâce à la réalité virtuelle et un casque 3D. La Van Gogh mania est décidément sans limite.

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