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La Passion selon le Maître des Cortèges

Publié le , par Philippe Dufour
Vente le 08 octobre 2022 - 14:00 (CEST) - 12-14, rue Peyronnet - 33800 Bordeaux

La redécouverte d’une peinture sur cuivre vient enrichir le corpus grandissant de cet artiste talentueux, dont l’œuvre fut longtemps attribuée aux frères Le Nain.

Le Maître des Cortèges (vers 1640-1660), La Flagellation du Christ, peinture sur... La Passion selon le Maître des Cortèges
Le Maître des Cortèges (vers 1640-1660), La Flagellation du Christ, peinture sur cuivre, portant l’inscription «Legeay», 32 26 cm (détail). 
Estimation : 15 000/20 000 

Les auteurs des Évangiles – Jean, Luc, Matthieu et Marc – rapportent tous cet épisode de la Passion : Jésus, condamné à mort par Ponce Pilate, est attaché à une colonne puis flagellé par les soldats du préfet romain de Judée, avant de recevoir un couronne d’épines et d’être moqué par la foule. Si la scène sanglante a été maintes fois traitée dans l’art occidental, de Piero della Francesca à Rubens en passant par Caravage, la version qu’en livre le Maître des Cortèges dépeint le drame avec une plus grande retenue et une certaine humilité. Deux qualités qui prévalent toujours dans les œuvres du peintre à qui l’on a pu attribuer cette plaque de cuivre de petites dimensions, issue d’une collection bordelaise. Sous son appellation des plus poétiques se cache un artiste encore non identifié, mais dont on sait avec certitude qu’il travailla à Paris entre 1640 et 1660, se montrant tout aussi à l’aise dans la peinture religieuse que dans les scènes de genre. Dans la première catégorie se rangent d’autres compositions tirées des Évangiles –thématique qui lui est chère semble-t-il – et presque toutes exécutées sur cuivre. Ainsi, au sein de ce corpus qui ne cesse de grandir, on relève un Couronnement d’épines, exposé au musée du Louvre, une Crucifixion avec sainte Marie Madeleine au pied de la Croix (collection privée) ou encore L’Assomption de la Vierge (musée des beaux- arts de Rennes). Toutes ces œuvres ont en commun un même cadrage très architecturé –  s’appuyant ici sur la base de la colonne – et de semblables visages ronds aux longs nez… D’évidentes caractéristiques qui ont décidé de l’attribution de cette Flagellation au maître – qui a été par ailleurs confirmée par le grand spécialiste du XVIIe siècle Jean-Pierre Cuzin.
Un contemporain des Le Nain
Du côté des scènes de genre se détachent deux chefs-d’œuvre, qui ont valu son nom d’emprunt à notre mystérieux peintre : Le Cortège du bœuf gras –  qui appartint à Picasso et qui est aujourd’hui conservé au musée qui lui est dédié à Paris –, et Le Cortège du bélier, propriété du musée de Philadelphie. Véritable point de départ de la reconnaissance et de la reconstitution de l’œuvre de l’artiste, cet ensemble a été longtemps attribué aux frères Le Nain ; mais dès 1935, l’historien de l’art Roberto Longhi émit des doutes sur cette paternité. Il faudra cependant attendre 1978 pour qu’un autre chercheur illustre, Jacques Thuillier, à l’occasion de la rétrospective consacrée à la fratrie au Grand Palais, retire les deux toiles du corpus et forge cette appellation. Quant à Pierre Rosenberg, dans son catalogue raisonné des Le Nain paru en 1993, il publiera dix-sept tableaux réattribués au Maître des Cortèges, dont le fameux Repas des paysans, aujourd’hui au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Cependant, l’identité géographique de cet homme, au travail trop longtemps confondu avec celui des trois frères, demeure floue. Français sous influence italienne pour les uns, ou Flamand passé par Rome pour les autres… La question reste ouverte !

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