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La marquise de Galliffet par le peintre Édouard-Louis Dubufe

Publié le , par Anne Doridou-Heim
Vente le 13 octobre 2022 - 14:00 (CEST) - Salle 15 - Hôtel Drouot - 75009

Les beaux yeux de la marquise de Galliffet, figure élégante du Second Empire, ont séduit le peintre Édouard-Louis Dubufe, il lui a donné une pose ingresque.

Édouard-Louis Dubufe (1819-1883), Portrait de la marquise de Galliffet, née Florence... La marquise de Galliffet par le peintre Édouard-Louis Dubufe
Édouard-Louis Dubufe (1819-1883), Portrait de la marquise de Galliffet, née Florence Georgina Laffitte, de face en robe noire, 1861, 128,5 90 cm. 
Estimation : 15 000/20 000 

Dans l’allure de cette belle marquise, on retrouve à la fois un peu de la majesté des figures en pied de l’impératrice Eugénie et quelque chose de la présence particulière des icônes féminines d’Ingres. Avec son regard aussi noir que l’étoffe de sa robe et le fond sombre devant lequel elle est campée, tout juste éclairée par l’éclat d’un collier de boules d’or, la dame ne manque pas de dignité. Le geste de la main soutenant délicatement le visage est inspiré de celui des portraits de madame Moitessier de 1851 (National Gallery, Londres), de la baronne James de Rothschild (collection privée) ou encore de la comtesse d’Haussonville (Louvre). Mais alors que, chez Ingres, cette pose donne une expression pensive au modèle, chez Édouard-Louis Dubufe, elle affirme son caractère. Dubufe appartient à une dynastie de peintres que le musée des Avelines avait joliment remis à leur juste place au printemps 2018. Son père, Claude-Marie (1790-1864), portraitiste d’apparat à la mode sous la Restauration puis sous la monarchie de Juillet, en est le fondateur. Les tableaux de celui-ci ont un style des plus néoclassiques, proche d’Ingres, et font montre de sa brio dans le rendu des étoffes et des gazes. Édouard-Louis épouse en 1842 la fille du compositeur Pierre-Joseph Zimmerman, Juliette, devenant ainsi le beau-frère de Charles Gounod.
Une famille bien en vue
Le couple est bien introduit dans le Paris mondain et intellectuel de la seconde moitié du XIX
e et les commandes affluent. Dubufe marche dans les pas paternels, se situant à la fois dans la lignée d’Ingres et dans celle de Chassériau. L’héritage est entre de bonnes mains – son fils Guillaume (1853-1909) prendra pour sa part de la hauteur en devenant peintre décorateur. Édouard-Louis se plaît à portraiturer les belles dames de la bonne société, les montrant silencieuses et conciliantes dans des intérieurs aux couleurs du temps et dans des robes affirmant sa virtuosité, comme celle des couturières de l’époque. Ses talents le mènent au plus près de la cour où, rival de Franz Xaver Winterhalter, il réalise les portraits officiels de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie. Les critiques ne l’épargnent pas, qui dénoncent les «poupées maquillées de M. Dubufe». Pour faire taire ses détracteurs, il s’autorise des portraits d’hommes des arts à la facture plus solide. Avec la marquise de Galliffet, l’artiste reste dans le beau monde. Née Florence Georgina Laffite, elle est la fille de Charles Laffitte, qui, non content d’être le neveu du célèbre banquier, est aussi l’un des principaux artisans de la construction du chemin de fer Paris-Rouen et l’un des membres fondateurs du Jockey Club. Deux ans avant la réalisation de cette grande toile, la jeune femme épouse un militaire, Gaston, marquis de Galliffet et prince de Martigues, promis à un grand avenir et dont Nadar fixera la haute stature en tenue d’apparat. Sa belle-famille choisit le fils pour fixer les traits décidés de Florence, vingt ans après avoir confié au père ceux d’une autre marquise de Galliffet, Victoire Baude de la Vieuville. D’Édouard-Louis, la maison de ventes accrochera également le Portrait de la comtesse Louise d’Imécourt, née Marguerite de Galliffet, lisant sur un canapé (110 134 cm). Exécutée en 1853 – soit la même année que le Portrait de l’impératrice Eugénie conservé au château de Compiègne – et représentant la belle-sœur de notre marquise, la toile est annoncée entre 6 000 et 8 000 €.

jeudi 13 octobre 2022 - 14:00 (CEST) - Live
Salle 15 - Hôtel Drouot - 75009
Yann Le Mouel
Gazette Drouot
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