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La lumière dans la nuit de Ferdinand Loyen du Puigaudeau

Publié le , par Caroline Legrand

Artiste inclassable, breton d’origine et de cœur, immortalise les beautés de notre monde avec simplicité et guidé par une obsession, la lumière.

Ferdinand Loyen du Puigaudeau (1864-1930), Le Pouldu, le feu sur la plage, huile... La lumière dans la nuit de Ferdinand Loyen du Puigaudeau
Ferdinand Loyen du Puigaudeau (1864-1930), Le Pouldu, le feu sur la plage, huile sur toile, 60 81 cm (détail).
Estimation : 25 000/30 000 

En plein milieu de la toile, la lune se reflète dans la mer et irradie ce ciel de nuit aux nuances de tons bleus, qui occupent les deux tiers de l’œuvre s’opposant aux couleurs chaudes du sable. Si l’astre attire irrémédiablement notre regard, les femmes assises sur cette plage du Pouldu avec leurs enfants fixent quant à elles le feu qu’elles ont allumé pour se réchauffer. Ainsi, deux sources de lumière – l’une naturelle, l’autre artificielle – animent cette composition de Ferdinand Loyen du Puigaudeau. Artiste autodidacte, ayant pour tout bagage des études classiques, ce dernier a su développer son propre style, reconnaissable entre tous. Ses références en la matière sont certainement à rechercher dans la grande tradition picturale, auprès de Georges de La Tour, artiste non encore identifié à l’époque de Puigaudeau mais dont les compositions aux chandelles étaient déjà connues, ainsi que de l’Italien Caravage dont le ténébrisme fut diffusé dans toute l’Europe par plusieurs générations d’artistes. Les romantiques – Joseph Wright of Derby au XVIIIe, Petrus Van Schendel au siècle suivant –, relaieront cette thématique du clair-obscur. Puigaudeau mérite sa place dans cette filiation. Au gré de ses voyages, dans les premières années de sa carrière, il découvre ces maîtres : en Italie, dès 1883, mais aussi en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suède… Puis en Belgique, en 1889, il se rapproche du groupe des XX, prônant la modernité. Pour certains d’entre eux, notamment Théo Van Rysselberghe et James Ensor, la lumière est une préoccupation majeure : ils créeront d’ailleurs en 1904, sous l’impulsion d’Émile Claus, un nouveau groupe baptisé « Vie et lumière ».

Le berceau de la modernité
Difficile à étiqueter, Ferdinand du Puigaudeau est, selon Antoine Laurentin – spécialiste de l’artiste, auteur d’un premier volume du catalogue raisonné en 1989 (éditions Thierry Salvador) et dont le second, dans lequel figurera cette toile, est à paraître à la rentrée –, « un postimpressionniste qui peut être à rapprocher du courant de peinture américain des luministes de la fin du XIXe siècle ». De l’impressionniste, Puigaudeau conserve l’habitude de travailler en série. Ainsi, on connaît à ce jour trois autres variantes de Le Pouldu, le feu sur la plage. Provenant d’une collection particulière et présentée en 2018 au musée de Pont-Aven lors de l’exposition « L’École de Pont-Aven berceau de la modernité », notre toile pourrait être datée, toujours selon Antoine Laurentin, vers 1910-1915. Plaide pour cela la technique pointilliste marquée, que développe particulièrement le peintre après 1904, et un nouveau voyage à Venise. Finalement, de son passage à Pont-Aven, très tôt, en 1886, l’artiste d’origine nantaise aura surtout conservé une belle amitié avec Charles Laval et un surnom, attribué par Gauguin : le « Picolo ». Ses œuvres, elles, ne se révèlent que peu influencées par l’avant-gardisme des adeptes de cette école. À moins de considérer que cet esprit symboliste qui semble flotter au-dessus de ses paysages nocturnes magnifiant le pays breton et ses habitants n’en soit un héritage…

samedi 23 juillet 2022 - 14:00 (CEST) - Live
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