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La liste de leurs envies

Le 20 décembre 2018, par Anne Doridou-Heim

Poupées, trains électriques, voitures hippomobiles, bateaux mécaniques et autres jeux fantastiques constituent une hotte idéale que les enchères proposent tout au long de l’année, mais uniquement pour le bonheur des grands !

La liste de leurs envies
Maltete et Parent, 1880-1890, «Le Marceau», canonnière à éperon, une cheminée et deux mâts, mécanisme d’horlogerie, tôle peinte bleu et rouge avec arabesques, pont avec marins en plomb, rambarde ajourée indépendante à l’arrière, deux chaloupes de sauvetage, l. 70 cm.
Adjugé : 26 250 €

Noël étant une affaire sérieuse, il se prépare activement. Les enfants prévoyants ont depuis longtemps déjà fait partir leur «lettre au Père Noël». Comme chaque année, celui-ci, aidé de ses lutins et de ses rennes, va tout mettre en œuvre pour réaliser leurs désirs les plus chers et les déposer au matin du 25 décembre au pied des sapins. Cependant, il va se trouver parfois devant des équations difficiles à résoudre, certains jouets stars risquant d’être en rupture de stock. On parle là de jeux de société déclinant des émissions de télévision, de poupées tout droit sorties des planches de mangas, folies des cours de récré, ou de circuits interactifs… On est bien loin de l’univers des premières lettres, lorsque trains électriques, jeux mécaniques, bébés et poupées fragiles jouaient les têtes de liste. Les temps changent et, en la matière, les adultes se sont substitués aux plus jeunes. Cependant, c’est avec la ferveur de l’enfance qu’ils maintiennent la cote des jouets anciens. Démonstration animée.

Märklin III, rame mécanique, dite du «Kaiser», avec locomotive peinte du type 020, deux voitures de première classe à intérieur aménageable. Paris, Dr
Märklin III, rame mécanique, dite du «Kaiser», avec locomotive peinte du type 020, deux voitures de première classe à intérieur aménageable. Paris, Drouot, 27 novembre 2013. Kahn & Associés OVV. M. Cazenave.
Adjugé : 87 500 €

Cher convoi…
De fait, le jouet ancien nous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Tout au plus le regardent-ils avec amusement, et ils se trouveraient bien marris de le découvrir emballé et accroché à la cheminée ! Les adultes ont pris le relais, avec un brin de nostalgie assumé : ils le collectionnent amoureusement, s’attachant à étudier très minutieusement son état. L’objet convoité doit être doté de sa couleur d’origine ; s’il fonctionne encore, c’est évidemment un plus, et s’il se rattache à un moment historique, c’est encore mieux. Dans ce cas, les enchères grimpent facilement jusqu’à cinq voire six chiffres. Le train électrique se situe au premier rang des envies. Il faut dire que des collections formidables se sont constituées au XXe siècle, notamment celle du passionné d’estampes Henri Marie Petiet (1894-1980). En octobre 2017, Xavier Wattebled dispersait l’ensemble réuni par un autre ferrovipathe, le Dr Joseph Dubois (1943-2014), par ailleurs grand collectionneur de photographies du Japon. Une rame de plancher constituée d’une locotender, d’une planche à six roues, d’un fourgon rouge avec porte coulissante et de trois voitures à essieux y faisait la course en tête, à 106 650 €. Son fabricant ? Märklin ou Lutz, deux firmes allemandes renommées, la première distribuant la seconde et finissant même par la racheter, ce qui rend très difficile l’attribution à l’une ou à l’autre. Le nom de Märklin, qui débuta en 1859 dans la région du Bade-Wurtemberg, est mondialement connu pour ses jouets exécutés à la perfection… et leurs résultats sur le marché ! Ainsi des 87 500 €, en novembre 2013 chez Kahn-Dumousset, pour une rame mécanique, dite du «Kaiser», avec locomotive et deux voitures de première classe. Les trains devancent de peu les bateaux, eux aussi en tôle peinte. En novembre 2010, Boisgirard - Antonini vendait un modèle du cuirassier Le Bayern, inscrit au catalogue de la même maison en 1907. Avec sa peinture d’origine, il partait pour 43 000 €. Ce navire a bel et bien existé, et son histoire est connue. Il supportait les plus gros canons jamais utilisés sur ce type de porteurs : malheureusement pour la Prusse, il n’était pas opérationnel lors de la bataille du Jutland, en 1916, et finit par se saborder face à la Grande-Bretagne en 1918. Le 21 octobre 2014, c’est un transatlantique datant des années 1930 qui sillonnait les océans, à 21 170 €, chez Fraysse & Associés. En France, les plus beaux bateaux à aubes, voitures hippomobiles, tramways et chemins de fer de la fin du XIXe siècle sont produits par le duo Charles Maltete et Georges Parent, associés en 1876. Le Marceau, une grande canonnière à éperon, à deux mâts et cheminée, réputée avoir appartenu à Jules Verne, fendait les flots à 26 250 € le 14 octobre 2018, chez Osenat à Fontainebleau. Elle sortait tout droit de la collection de Louis-Roland Neil, connue de tous les spécialistes.

 

Allemagne (Rock & Gränner ?). Attelage impérial, avec landau en tôle peinte portant la couronne impériale sur ses portes latérales et deux passagères
Allemagne (Rock & Gränner ?). Attelage impérial, avec landau en tôle peinte portant la couronne impériale sur ses portes latérales et deux passagères à tête en porcelaine, l. 56 cm. Chartres, 10 novembre 2018. Ivoire - Galerie de Chartres OVV.
Adjugé : 7 200 €

Lorsque la voiture était à la mode
Le marché est donc solide, et soutenu par les vacations régulièrement orchestrées par quelques maisons de ventes, au premiers rangs desquelles Ivoire - Galerie de Chartres et Lombrail Teucquam à Paris, ainsi que par le sérieux des experts, régulièrement consultés, François Theimer et Jean-Claude Cazenave. Il convient néanmoins de rassurer les aspirants collectionneurs : il n’est jamais trop tard pour retrouver son âme d’enfant, et acquérir de belles pièces à des prix plus raisonnables est toujours possible. Les enchères évoquées ci-dessus concernent la crème des jouets, la majorité des autres se situant entre quelques centaines et quelques milliers d’euros, à l’exemple des véhicules de pompiers. Tout de rouge auréolés, ils dressent leur grande échelle à des hauteurs plus accessibles : 750 € pour un modèle de la manufacture Charles Rossignol, chez Fraysse & Associés en 2014, 630 € pour celui avec dévidoir tournant et conducteur, chez Christophe Joron Derem en juin 2015, ou encore 875 € pour un modèle «Premier secours» de 1932, réalisé dans les ateliers des jouets André Citroën et réapparu à Fontainebleau le 14 octobre dernier. Un point important, qui ne vous aura pas échappé : les jouets, hier comme aujourd’hui, suivent les innovations du monde moderne. À la fin du XIXe siècle, la voiture en était une, et pendant que leurs parents se préparaient pour des pique-niques campagnards, embarquant toute la famille dans la Torpédo dernier cri, les enfants jouaient aux adultes avec leurs modèles réduits, plus vrais que nature. Un exemplaire de voiture de route type Torpédo couverte, à quatre places, en tôle peinte, à roues en caoutchouc, siège en moleskine et bâche en toile, roulait à 3 402 € chez Crait + Müller, le 13 avril 2018. En octobre, à nouveau chez Osenat, une voiture à carrosserie tonneau du début du XXe et à moteur mécanique dirigé par une cheville ouvrière, emmenait ses passagères à destination pour 3 125 €. Toute une époque, représentée aussi par ses travailleurs de la route. «La voiture à bitume» hippomobile du fabricant Martin, créée en 1904, déversait en décembre 2017 son revêtement à 5 040 €, de nouveau à Drouot et chez Crait + Müller.

 

Manufacture de jouets C.R. (Charles Rossignol), véhicule de pompiers à double échelle en tôle, avec trois pompiers, l. 37 cm. Paris, Drouot, 21 octobr
Manufacture de jouets C.R. (Charles Rossignol), véhicule de pompiers à double échelle en tôle, avec trois pompiers, l. 37 cm. Paris, Drouot, 21 octobre 2014. Fraysse & Associés OVV. M. Cazenave.
Adjugé : 750 €

De beaux bébés
Les petits garçons ont été particulièrement gâtés jusqu’à présent, la mixité n’étant guère de mise dans ce domaine ancien. Il faut désormais rétablir la parité et s’ouvrir aux demoiselles avec les poupées, qui mériteraient un sujet à elles toutes seules. Alors, plutôt que de simplement énumérer les nombreuses marques en la matière, on s’attachera au père de la poupée de porcelaine : Pierre-François Jumeau, créateur de la fabrique du même nom, en 1845. Les corps, initialement en peau d’agneau ou en bois recouvert de cuir, s’articulent, les premières têtes en papier mâché étant remplacées par celles en porcelaine, qui leur apporteront célébrité et beauté. Sa maison est récompensée par une médaille d’argent à l’Exposition universelle de Paris de 1867 ; en 1878, son fils Émile-Louis le rejoint. La poupée, proposée de la taille 1 à 16, devient alors une véritable industrie… de luxe ! On mande Albert-Ernest Carrier-Belleuse – le sculpteur de Napoléon III – pour dessiner l’un de ses visages. Il émane de ses modèles une douceur rêveuse, largement récompensée : 12 276 €, samedi 24 novembre chez Lombrail, Teucquam, pour un modèle en taille 13 réalisé vers 1887, 23 000 € le 2 février 2013 par la même maison pour celui en taille 16, dans sa robe d’origine en soie carmin dessinée par Mme Jumeau. Car bien sûr, ces coquettes disposent de leur propre trousseau, qui suit l’évolution de la mode. Innovation et commercialisation s’alliant pour atteindre la perfection, dans le dernier quart du XIXe siècle, le nom de Jumeau est synonyme de bébé français. À partir de la fin des années 1880, la concurrence avec les poupées allemandes produites à moindre coût s’intensifie, pour devenir très rude. Les différents fabricants décident de se réunir pour échapper à la faillite et créent un consortium, la SFBJ (Société française de bébés et jouets), le 20 avril 1899. D’autres jouets suscitant l’envie manquent assurément ici à l’appel : comme sur une vraie liste de Noël, il est difficile de s’arrêter…

1962
C’est l’année d’ouverture du premier secrétariat du Père Noël, tenu par la grande Françoise Dolto, sur une idée de son frère ministre des Postes de l’époque. En 2017, il a reçu plus d’un million de lettres d’enfants en provenance de 132 pays. 

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