La galerie RX entre dans la cour des grands

Le 08 décembre 2016, par Stéphanie Pioda

À l’heure où certaines ENSEIGNES souffrent, la galerie RX lance un signal fort au marché parisien en inaugurant un somptueux espace au cœur du Marais.
Entretien avec son directeur, Éric Dereumaux.

Éric Dereumaux, directeur de la galerie RX.
PHOTO JUAN CRUZ IBANEZ

Comment s’inscrivent l’ouverture de cet espace et ce changement de dimensions dans le parcours de la galerie ?
Justement, il n’y a pas de changement ! Beaucoup ne comprennent pas que cette nouvelle galerie ne représente pas une révolution, mais plus une restructuration des outils que nous avions, à savoir 200 mètres carrés avenue Matignon, sur deux numéros, et 1 500 mètres carrés à Ivry-sur-Seine, qui étaient à la fois un lieu d’exposition, une résidence d’artistes, un show-room et des réserves. Nous réunissons les mêmes outils, sans la résidence, sur 640 mètres carrés : tout est très bien structuré et sans perte d’espace.
Vous insistez sur le fait qu’il ne soit pas question de bouleversement, mais il est incontestable concernant l’image de la galerie…
Oui, il y a une valorisation de notre image, car nous sommes perçus d’un seul coup comme faisant partie des plus grosses galeries parisiennes. Effectivement, on peut attendre de nous des évolutions, et il y en aura bien sûr, nous avons déjà commencé. Cet espace au cœur du quartier de l’art contemporain parisien devient un atout pour faire venir de nouveaux artistes internationaux.
Avez-vous mis beaucoup de temps pour trouver ce nouveau lieu ?
En effet, nous recherchions depuis deux ans. Au total, nous avons visité quatre-vingts locaux, et en étions à la cinquième négociation. Cette adresse était la dernière que je visitais avant de remettre en question mon activité de galeriste ! Cela fait quinze ans que nous sommes actifs, et il était nécessaire de nous renouveler à travers un projet excitant pour les dix prochaines années. Il faut savoir être heureux de ce que l’on a accompli et passer à autre chose. Nous avons eu cette chance de pouvoir continuer avec un outil que nous avons tant cherché et espéré. Quelle chance !
Y aura-t-il une évolution dans le positionnement de la galerie avec ses nouveaux artistes ?
Non, car ils s’intègrent dans la lignée déjà définie, et oui, par un positionnement plus international : Joël Andrianomearisoa, un artiste malgache vivant entre Paris et Tananarive, est déjà apparu lors du finissage de notre espace à Ivry-sur-Seine. Il est soutenu par Simon Njami, qui l’a présenté à « Africa Remix » au Centre Pompidou en 2008, et il est représenté par André Magnin ; nous poursuivrons d’ailleurs ce travail en duo en bonne intelligence. Un photographe allemand nous a également rejoints : Elger Esser, représenté par Thaddaeus Ropac, qui reste la maison mère et avec laquelle nous entamons une collaboration pour le représenter en France.


 

Vue de l’exposition Bae Bien-U.© JUAN CRUZ IBANEZ
Vue de l’exposition Bae Bien-U.
© JUAN CRUZ IBANEZ

Comment pourrez-vous défendre cet artiste sur un même territoire sans être concurrents ?
Chacun amène des outils différents, mais notre apport se situe essentiellement sur une démarche institutionnelle, un peu sur le modèle que nous avons construit ces quatre dernières années avec Bae Bien-U. Nous ne sommes pas concurrents, car nous n’avons pas la force de frappe ni la notoriété internationale d’un Ropac, mais, avec une structure plus petite, nous irons plus vite sur certains terrains. Rappelons que nous avons quinze ans d’expérience, et que nous ne sommes donc pas nouveaux sur la place.
Les nouveaux entrants tirent-ils les prix vers le haut ?
Nous sommes sur les mêmes prix pour Elger Esser et Bae Bien-U, soit 40 000 € la photographie. Et pour un artiste comme Joël Andrianomearisoa, il faut compter de 8 000 à 14 000 €. Il y a une frange plus âgée, plus internationale et plus chère, mais cela reste encore abordable par rapport aux 100 000-200 000 € d’un Hiroshi Sugimoto. 
Vous séparez-vous de certains artistes ?
Avant même de savoir quel type de galerie nous voulions, il fallait savoir avec quels artistes les projets n’avançaient pas. Ce n’est ni la faute de l’artiste ni celle de la galerie, c’est juste un constat. Nous avons arrêté les collaborations avec six d’entre eux. Cela nous permet d’en représenter douze, et de voir un avenir ouvert à de nouvelles collaborations.
Ouvrir une galerie de ce niveau, c’est également une manière de donner un signal fort au marché de l’art parisien, qui souffre actuellement…
Nous avons souffert également ces dernières années, car nous étions en périphérie et ces dix-huit derniers mois, hors de Paris. Malgré cela, nous avions réussi à travailler. On peut donc imaginer qu’en investissant la même énergie avec moins de contraintes, cela ne sera pas plus difficile !

Cet espace au cœur du quartier de l’art contemporain parisien devient un atout pour faire venir de nouveaux artistes internationaux.

Avez-vous dû intégrer de nouveaux partenaires financiers pour ce projet ?
J’ai toujours le même associé, Éric Rodrigue, avec qui nous discutons aussi bien de la direction artistique que de la stratégie de développement, et nous avons eu cette chance de faire une belle opération sur Ivry-sur-Seine, qui nous permet financièrement de nous développer dans le Marais. Tout cela a du sens… Cela fait presque dix-sept ans que je connais mon associé, et voilà le quatrième espace que nous ouvrons. Nous avons toujours bien mesuré les enjeux financiers et pallié tout risque de coup de froid. Notre chiffre d’affaires atteint aujourd’hui les 800 000 €. Sachant qu’il a déjà grimpé à 1,2 M€ certaines années, nous imaginons retrouver ce niveau dans ce nouveau contexte. En moyenne, on compte entre 400 000 € et 5 M€ pour les galeries parisiennes.

Depuis l’ouverture de la galerie, le 20 octobre, de nouveaux collectionneurs sont-ils venus ?
Oui ! Dès le lendemain du vernissage, nous avons vu un couple d’Anglais venu de Londres suite à un portrait publié dans un journal qu’ils avaient à la main, un conservateur de Düsseldorf intéressé par les œuvres de Bae Bien-U, et le samedi, plus de cent personnes ont défilé dans la journée, contre trois à sept visiteurs avenue Matignon !
Beaucoup de vos confrères posent la question de la réinvention du modèle de la galerie. Votre choix s’inscrit-il plutôt dans la poursuite du modèle classique ?
Oui, mais nous essayons d’ouvrir des pistes, comme nous l’avions fait à Matignon en invitant des commissaires d’exposition, une pratique courante aujourd’hui mais que nous avons initiée il y a quatorze ans, et en créant des résidences d’artistes à Ivry-sur-Seine. À chaque fois, le lieu amène le projet. Ici, la programmation sera liée pour 80 % à la galerie, le reste constituant des ouvertures sur l’extérieur : des invitations à des confrères étrangers, à des étudiants de la Kunstakademie de Düsseldorf en dialogue avec Robert Fleck, des collaborations institutionnelles ou avec des collections d’entreprise, l’accueil d’une remise de prix, des conférences… J’aimerais bousculer les lignes et présenter des choses inattendues, que ce soit un lieu vivant. Tout doit rester ouvert en bonne intelligence et cohérence !
Cette nouvelle galerie a-t-elle été également un moteur pour autre chose?
Elle nous en effet a permis de créer des œuvres pérennes pour certains artistes comme Fabien Verschaere, Joël Andrianomearisoa et peut-être George Rousse, avec un projet en cours. Cela offre aussi une nouvelle perspective pour les collectionneurs également, car ils peuvent s’approprier cette idée, et cela déclenche des envies. Si l’on peut amener les amateurs à vivre l’art autrement, c’est fantastique !

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