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La force expressive de Mattia Preti

Publié le , par Caroline Legrand

Ce spectaculaire Saint Sébastien témoignera une nouvelle fois du dynamisme de la peinture ancienne en régions. Une scène de martyre, comme si vous y étiez.

La force expressive de Mattia Preti
Mattia Preti (1613-1699) Saint Sébastien, toile, 127 101 cm.
Estimation : 80 000/120 000 


Les yeux implorant le ciel, les mains entravées d’une corde attachée à un arbre, le torse musculeux et meurtri offert de face à la vue du spectateur, saint Sébastien est encore vaillant. Il ne subit pas son sort. Il tente de lutter contre son destin. Mattia Preti nous offre une formidable interprétation de ce sujet qu’il aime tant. Cette œuvre pourrait d’ailleurs être l’une de ses premières sur le martyre de Sébastien. D’après le spécialiste John T. Spike, on peut la dater vers 1650-1652, durant la période romaine de l’artiste, grâce à la comparaison avec les pendentifs de la coupole de l’église San Biagio, à Modène, dans lesquels les quatre évangélistes sont nus et présentent un traitement du corps similaire, mêlant adroitement naturalisme et idéalisation. Mattia Preti était particulièrement sensible à l’histoire de ce saint qui était le patron de sa ville natale de Taverna, en Calabre.
Une fougue caravagesque
Ayant vécu, selon Jacques de Voragine, au IIIe siècle, Sébastien, Gaulois d’origine, était centurion à Milan et fut exécuté par Dioclétien pour avoir réalisé plusieurs miracles et soutenu les adeptes du christianisme. Il est condamné à être transpercé de flèches, mais, ayant miraculeusement guéri, il est finalement tué à coups de verges. Après la réalisation de ce tableau de dévotion privée, Preti a repris ce thème à plusieurs reprises jusqu’à la fin d’une carrière qui l’a mené plus au sud du pays, passant par Naples de 1653 à 1661, pour se conclure à Malte… Un parcours qui n’est pas sans rappeler celui de l’un de ses grands modèles, Caravage. L’artiste aime varier les positions  debout ou assis, en pied ou à mi-corps , tantôt revenant à un académisme assagi, tantôt appuyant l’aspect spectaculaire, comme le saint présentant son corps écartelé dans le tableau de 1657 pour l’église San Sebastiano de Naples (musée Capodimonte). Si le séjour napolitain marque l’apogée de son style baroque, notamment sous l’influence de Luca Giordano, la période romaine, à laquelle appartient ce tableau découvert dans une collection particulière de la région de Carcassonne, l’inscrit à la frontière entre plusieurs influences. Né dans le sud de l’Italie, Preti est marqué dès sa formation à Naples par la manière de Caravage, dont il subit à nouveau l’influence à Rome, où il rejoint son frère, également peintre, en 1630. Mais un passage à Venise l’initiera par la suite à la grande peinture de décoration. Deux styles en opposition, qui fut atténuée par la découverte à Rome, entre 1650 et 1652, de l’art des peintres émiliens Lanfranco et le Guerchin. Ce saint Sébastien est ainsi l’héritage de ces influences, le résultat d’une peinture mûrement réfléchie et parfaitement maîtrisée, alliant le clair-obscur et le réalisme de Caravage  visible notamment dans les mains attachées, d’une grande force expressive, mais aussi dans le bronzage du cou, caractéristique des modèles issus du peuple , à un traitement plus idéalisé du torse et du visage, servi par une utilisation judicieuse de la lumière. Marque de fabrique de Mattia Preti, le cadrage serré et par dessous accentue la théâtralité de cette scène. Le spectacle d’un corps torturé, mais d’une sensualité non dissimulée.

tableaux anciens, sculptures, bronzes, horlogerie
samedi 27 avril 2019 - 14:30 (CEST)
30-32, avenue Franklin-Roosevelt - 11000 Carcassonne
Carcassonne Enchères
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