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La femme, icône moderne de Foujita

Le 15 novembre 2018, par Anne Doridou-Heim

Lorsque le plus parisien des peintres japonais effectue une escale à Alger, cela ne passe pas inaperçu.

La femme, icône moderne de Foujita
Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968), Jeune femme nouant son châle, 1951, huile et encre sur toile marouflée sur carton. 32,5 23,5 cm
Estimation : 80 000/100 000 €

© fondation foujita/adagp, paris 2018

1950, le retour à Paris. La guerre paraît déjà loin, mais dans les esprits, elle est toute proche encore. Bien qu’il soit le plus parisien des artistes japonais, Léonard Tsuguharu Foujita est contraint de repartir dans son pays en 1940, où il est nommé «Peintre officiel de la grande guerre d’Asie». À la fin du conflit, grâce au soutien du général Mac Arthur, il parvient à obtenir un visa pour les États-Unis. Dix longues années, souvent difficiles, avant de retrouver Montparnasse. Le lieu et le peintre se sont manqués, les critiques célèbrent son retour, à l’instar d’André Warnod qui s’exclame dans Le Figaro : «C’est en vain que Foujita est allé vivre au bout du monde, au Japon, aux États-Unis, jamais il n’a pu rompre le charme qui l’attachait à Paris.» Sa vivacité et l’envie de créer sont intactes, mais les blessures ont laissé des cicatrices. En réaction aux temps de violences subis par le monde, Foujita peuple ses œuvres de femmes, de fillettes et de marionnettes, un univers de douceur hors du temps, inscrit dans l’admiration pour les maîtres du Quattrocento. De ces derniers, il retient la mise en scène, le cadrage devant une fenêtre ouverte et la position à mi-corps. Il développe un style unique qui, une nouvelle fois, va séduire le public. Cette année 1950, à peine arrivé, il expose chez Pétridès, avant d’être invité par André Romanet à venir l’année suivante, présenter ses peintures à Alger, dans son élégante galerie de la rue d’Isly, haut lieu de la vie culturelle algéroise. Il débarque avec un «matelas» de toiles de différentes tailles, non montées sur châssis. Plus de quatre-vingts œuvres seront accrochées… et vendues ! Outre le succès, le séjour est idyllique. Accueilli par ses amis, le député Victor Berger-Vachon et les peintres Simon Mondzain et Alfred Figueras, il découvre la douce vie des colons dans la capitale et visite les oasis du Sud. La belle société se bouscule dans son atelier pour se faire tirer le portrait et ressembler aux modèles peints sur les œuvres apportées ; les fillettes posent avec leurs chats et leurs poupées, tandis que les femmes exhibent de savants déshabillés qui montrent plus qu’ils ne cachent. Comme cette Jeune femme nouant son châle, exécutée à Paris en 1951. Acquise par un collectionneur local, maître P., et conservée par sa famille, ainsi qu’une Jeune femme au turban et une Petite fille aux marionnettes de même facture, elle raconte le parcours d’un artiste sur trois continents. En cette période de célébration des relations franco-japonaises, avant que la maison de la culture du Japon ne consacre à Foujita une rétrospective à partir du 16 janvier 2019, cette peinture donne à voir un art imprégné de la culture occidentale sans jamais renier sa nature première.

tableaux modernes, japonisme et école de Paris
lundi 26 novembre 2018 - 14:00 (CET) - Live
Salle 1 - Hôtel Drouot - 75009
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