La fabrique des contes au musée d'ethnographie de Genève

Le 19 septembre 2019, par Bertrand Galimard Flavigny
Lorenzo Mattotti (né en 1954), La Mort marraine, (pl. 2/7), 2018, encre de Chine sur papier. Réalisé pour le MEG à l’occasion de l’exposition.
Photo: © MEG, J. Watts

«Les contes ne sont ni forcément destinés à la jeunesse, ni porteurs d’une morale univoque issue de la culture traditionnelle», rappelle Federica Tamarozzi, commissaire de l’exposition. Plutôt que de s’appuyer sur les livres, elle a choisi de privilégier essentiellement les objets de son musée et ceux de la fondation Bodmer, qui a prêté des éditions originales d’Histoires ou contes du temps passé, avec des moralitez (1697) de Charles Perrault, d’Alice’s Adventures in Wonderland (1865) de Lewis Carroll, et des Eventyr fortalt for Børn [Contes racontés aux enfants] de 1837. Si Charles Perrault a détourné l’oral vers l’écrit, Andersen et Carroll ont puisé dans leur propre imagination, tandis que les frères Grimm se sont penchés sur les contes populaires et ont inauguré la notion de collecte. Enfin, Paul Sébillot est sans doute celui qui a permis de rassembler le plus grand nombre de textes dans sa collection «Littérature populaire de toutes les nations», inaugurée en 1881. L’exposition s’appuie sur huit de ces contes, des récits imprégnés de croyances archaïques christianisées. Dommage qu’il ait été fait appel à Fabrice Melquiot, auteur et metteur en scène de théâtre, qui les a réécrits en les modernisant  il n’aurait sans doute pas osé reprendre Andersen ni Carroll. C’est méconnaître l’essence même de ces récits, la magie de leurs mots spécifiques et leur interaction avec l’évolution narrative. Grâce à une mise en scène originale et curieuse, l’exposition déambule entre Le Pêcheur, sa femme et le poisson d’or, illustré par des objets, L’Ours amoureux, seul conte érotique connu (quoique !), La Mort marraine, et encore Le Pain de Marie, qui relève davantage de la légende. Nous aura été épargnée  un peu  la psychanalyse de Bruno Bettelheim, qui avait fait tant de dégâts en son temps. À eux seuls, La Poupée Loup et Le Petit Chaperon rouge de Kiki Smith, comme les découpages de Camille Garoche, permettent de pénétrer à l’intérieur de ces contes qui ne cessent de nous habiter.

Musée d’ethnographie,
65-67, bd Carl-Vogt, Genève, tél. 
: +41 (0)22 418 45 50.
Jusqu'au 5 janvier 2020.

www.meg-geneve.ch
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne