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La côte espagnole par Marie Vassilieff

Publié le , par Philippe Dufour

Protéiforme et généreuse, l’œuvre de l’artiste d’origine russe use à ses débuts du vocabulaire cubiste, mais avec une fraîcheur très slave. De cette période de jeunesse date un Paysage, bientôt à l’affiche à Bayeux.

Marie Vassilieff (1884-1957), Paysage (arbre, maison, tour), vers 1915, huile sur... La côte espagnole par Marie Vassilieff
Marie Vassilieff (1884-1957), Paysage (arbre, maison, tour), vers 1915, huile sur toile, 72 x 52,5 cm. Certificat de M. Claude Bernès.
Estimation : 15 000/25 000 €

La scène se passe au bord de la mer : il y a des rochers, des criques aux eaux turquoise, des pins, quelques nuages poussés par le vent et une maison au toit très rouge. Au centre, en évidence, se dresse une construction énigmatique, aux allures d’obélisque noir et blanc et qui pourrait tout aussi bien se révéler phare, cheminée plutôt que tour. Mais rien ne sert d’enquêter, car nous sommes dans le monde poétique et imaginaire de Marie Vassilieff. En pleine révolution cubiste, l’artiste d’origine russe a construit ce paysage maritime, cédant pour un certain temps à l’attrait des formes géométriques élaborées en 1908 par Pablo Picasso et Georges Braque. Elle-même appartient à la jeune génération des peintres des années 1910, tels les frères Duchamp, Fernand Léger, Albert Gleizes, ou encore Robert Delaunay. Comme eux, elle s’empare des outils élaborés par le cubisme avant de créer son propre langage pictural, plus proche d’une figuration archaïsante inspirée des icônes. Notre œuvre date des alentours de 1915 : cette année-là, l’artiste entreprend un périple en Espagne, emmenant avec elle certains des élèves fréquentant l’école d’art qu’elle a fondée trois ans plus tôt à Montparnasse, l’académie Vassilieff. La toile a probablement été peinte dans le nord de la péninsule ibérique, comme un Port d’Espagne, adjugé 182 295 € le 1er février 2009 par Goxe-Belaisch-Hôtel des ventes d’Enghien OVV. Quant à l’énigmatique lettre «G»  avec son apostrophe et un point  apposée sur la tour noire, on la retrouve sur son tableau intitulé Scipion l’Africain (collection particulière).
Une grande prêtresse de Montparnasse
Malgré la guerre qui fait rage, Marie Vassilieff peint et voyage ; mais c’est aussi une femme généreuse, à la hauteur de la légende d’un Montparnasse qui va devenir bientôt le centre cosmopolite et scintillant de l’art européen. Ainsi, entre 1915 et 1917, elle dirige d’une main ferme sa fameuse cantine, destinée à nourrir les artistes qui, ayant perdu leur clientèle, ont bien du mal à ne pas mourir de faim. On y croise les habitués de son académie, les Picabia, Valadon, Modigliani, Zadkine, mais aussi Diaghilev et Poulenc. Arrivée en France en 1905, en provenance de son Saint-Pétersbourg natal, la peintre russe est très vite devenue l’une des figures de la bohème parisienne. Dans les années 1920, aussi célèbre que les muses Kiki et Youki Desnos qui hantent la Coupole  dont elle peindra deux des plus beaux piliers , l’extravagante Marie Vassilieff débute sa série des «poupées-portraits», d’après les personnalités du Tout-Paris artistique. Elle-même n’hésite pas à prendre la pose pour les photographes, coiffée d’une tiare traditionnelle, avec une fantaisie toute slave qui n’est pas sans évoquer les Ballets russes et le personnage de Petrouchka... En guise d’épilogue, signalons que notre Paysage (arbre, maison, tour), inédit sur le marché, sera reproduit dans l’ouvrage consacré par Claude Bernès et Benoît Noël à Marie Vassilieff : l’œuvre artistique - L’Académie de peinture -, La cantine de Montparnasse, annoncé (éd. BVR) pour la fin de ce mois de novembre.

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