La Chine, trompettes et pieds d'argile

Le 15 septembre 2017, par Vincent Noce
 

En 2011, la Chine étonnait le monde en prenant la tête du marché de l’art. Parallèlement, la cote de ses antiquités et de sa (mauvaise) peinture contemporaine explosait aux États-Unis. Nous en serions bien revenus, à en croire une étude d’Artnet réalisée avec l’Association nationale des maisons de ventes. S’étant effondré de moitié en 2012, le commerce de l’art chinois serait en recul continu depuis quatre ans. La bulle spéculative autour d’une peinture fabriquée pour la circonstance a éclaté, sa valeur en ventes publiques baissant encore de 40 % l’année dernière. Rapportant 6,7 milliards de dollars, les biens culturels issus de Chine mobiliseraient quand même autour du tiers des ventes aux enchères d’art dans le monde. Le pessimisme de l’étude mériterait ainsi d’être nuancé par les bons résultats obtenus par les œuvres classiques à Hongkong et ailleurs  sans parler des excursions des nouveaux riches hors de leur patrimoine national. L’avenir du yen peut se montrer incertain, la campagne anti-corruption battre son plein et les sorties de devises être rendues plus difficiles, 40 % des ventes impressionnistes et modernes chez Christie’s à Londres, en février, ont été remportées par des Chinois. Depuis le début de l’année, ils doivent bien accaparer autour de 30 % de la totalité des achats chez Sotheby’s et Christie’s. Cette étude est «la seule validée par un organisme indépendant», proclame Artnet. C’est dire combien la confiance règne en ce continent ténébreux.

Plus de 13 000 sociétés de vente sont enregistrées en Chine, la plupart affichant une activité si faible que leur suivie tiendrait du miracle.

Nous ne pensons pas tant à la Chine qu’à celui, non moins obscur, des plates-formes interprétant les statistiques pour produire des constats sur le marché de l’art dont la diversité ne manque pas d’étonner. Le souvenir facétieux d’Artprice annonçant seul au monde, en 2016, que la Chine aurait repris le leadership planétaire n’est pas si loin. Plus sérieusement, le rapport d’Artnet signale un fort recul de l’intérêt en Occident pour les antiquités chinoises, partiellement compensé par une reprise des adjudications en Chine continentale, de 7 %, à 4,8 milliards de dollars. Cette économie reste cependant fragilisée par une anarchie chronique. Plus de 13 000 sociétés de ventes sont enregistrées dans le pays, la plupart affichant une activité si faible que leur survie tiendrait du miracle. Certaines vendent péniblement moins de 5 % des lots qu’elles proposent. Sur 451 des compagnies interrogées par Artnet, 200 n’ont pas rendu de comptes ou affichent un chiffre d’affaires égal à zéro. La fréquence des invendus fait pâlir : sur 574 000 objets chinois mis à l’encan, 300 000 seulement auraient été adjugés. Plus grave encore, les défauts de paiement auraient repris, augmentant de 7 %. La moitié des adjudications, l’année dernière, n’a tout simplement pas été payée. Les petits malins tentent de revendre leur lot au plus vite, et, faute d’y parvenir, ils manquent de régler leur facture. Les grandes maisons réclament désormais des dépôts, mais ce mal semble se disséminer. Il est considérablement aggravé par la profusion des faux, les acquéreurs refusant de payer après s’être aperçu qu’ils ont été dupés un phénomène que cette étude omet pudiquement de signaler. Dans tous les cas, quand les médias annoncent à grands coups de trompette que le marché chinois approche les 10 milliards de dollars, pensez bien à lire «5 milliards» dans la vraie vie.

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